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Interview : Nestor David (Chantre) : ‘‘La souffrance a été une grâce pour moi’’

Le chantre de l’Eternel Nestor David fait partie des artistes bien appréciés de la musique ivoirienne. Révélé par son titre ‘‘Jésus est ressuscité’’, le bien nommé Ahondjon Kouassi Nestor à l’état civil, doit tout à la musique, que dis-je à Dieu.

Dans cet entretien il nous fait partager un peu de son histoire.

Vous vous appelez Ahondjon Kouassi Nestor. Pour les besoins de la cause, vous êtes devenu David Nestor. Vous faites de la musique chrétienne. A côté de vous, il y a le Coupé-Décalé, le Zouglou… qui permettent de rouler carrosse. Pourquoi avoir choisi ce chemin ?

David Nestor : On n’est pas chantre parce qu’on veut mais on est chantre par l’appel. Moi je suis chantre par appel. C’est ma mission et c’est mon sacerdoce. Depuis l’âge de 8 ans, je suis dans la musique chrétienne. C’est en 2006 que j’ai sorti mon premier album.

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Expliquez-nous ce parcours.

Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : J’étais dans un village où mes parents adoptifs chez qui j’étais, n’étaient pas chrétiens. Mais il y avait une église Pentecôtiste à côté de chez nous. Chaque fois que les gens chantaient et faisaient leur louange, j’appréciais. Souvent je me retrouvais là-bas.

Et quand j’ai quitté la maison, je me suis retrouvé dans cette église. C’est comme cela que j’ai appris à jouer le tam-tam, la batterie et autres. Quand je suis arrivé à Abidjan, j’ai intégré un groupe musical dans une église. J’y ai croisé un homme qui a décidé de me produire. Il m’a fait entrer en studio pour mon premier album intitulé ‘‘Qui va me sauver’’ qui est passé inaperçu. On est entré en studio en 2004 et l’album est sorti en 2006. C’est vraiment passé inaperçu, faute de promotion.

Aujourd’hui, vous avez beaucoup de succès. Combien d’œuvres musicales vous pesez ?

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Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : Quatre albums. Quand on a sorti le premier en 2006, je vous l’ai dit, ça n’a pas marché. En fin d’année 2007, j’ai sorti l’album ‘‘Jésus est ressuscité’’ qui m’a révélé en Côte d’Ivoire et partout dans le monde. Ça a été mon album de grâce.

Après, j’ai sorti en 2014 ‘‘Jésus m’a aimé’’ qui est un album de reconnaissance à l’Eternel. J’y ai expliqué un peu comment j’étais, comment je vivais, qu’est-ce que j’ai connu, qu’est-ce que j’ai traversé etc… C’est pour rendre gloire à Dieu et dire qu’on peut naitre pauvre ou connaitre des moments difficiles. Mais quand on a choisi Jésus, on ne mourra pas dans la honte. Et là, j’ai sorti cette année un ‘‘Best of’’ en live, intitulé ‘‘Miracles’’, où il y a trois inédits et des reprises.

Vous parliez de moments difficiles, en avez-vous eu ? Racontez-nous.

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Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : Je peux dire que c’est la grâce que Dieu m’a faite. Dès mon bas-âge j’ai commencé à connaitre la souffrance. La souffrance a été une grâce pour moi. J’ai perdu mon père à l’âge de 2 ans. Je ne l’ai pas connu. Je pense que mon témoignage est connu de tous, j’ai traversé des moments difficiles. Et quand je suis arrivé à Abidjan, j’ai vécu dans des quartiers précaires et dans des maisons en bois. J’ai dormi dans le salon des gens. J’ai été ‘‘boy’’ (garçon de ménage : NDLR) chez des gens. J’ai été vraiment humilié, mais c’est après j’ai compris que c’était la volonté de Dieu.

Il fallait que tout ça m’arrive pour que je comprenne combien de fois Dieu est important pour moi. Dieu a utilisé ma souffrance et les moments difficiles que je traversais pour me donner un message. Et c’est ce message là que j’ai livré. Quand je chantais ‘‘Jésus est ressuscité’’, je dormais dans une maison ‘‘Sicobois’’. Je louais ma maison à 2.500 F CFA. J’étais dans un quartier précaire où il y avait des drogués, il y avait un fumoir. Mais j’ai déclaré cette parole dans la chanson, sans moi-même comprendre réellement le sens. Elle a été inspirée par l’esprit de Dieu. « Je marquerai ma génération, je serai la tête et non la queue, il n’y aura jamais mon semblable… » C’étaient des paroles prophétiques. Les gens autour de moi disaient que j’étais fou. Mais j’étais en train de prophétiser sur ma vie.

 Quand l’album est sorti, quelques mois après, tout ce que j’ai déclaré s’est réalisé dans ma vie. C’est pourquoi je vous ai dit que la souffrance était la volonté de Dieu pour moi. Si je n’avais pas perdu mon père, si je n’avais pas perdu ma mère adoptive, je serais auprès d’eux. J’allais compter sur eux. Mon espoir allait être basé sur eux. Mais au moment où je me suis rendu compte que je n’avais plus personne, j’ai fondé mon espoir en Dieu. C’est lui qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

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Tout compte fait, votre premier album est passé inaperçu, vous l’avez dit. Quelle a été la clé du succès de votre deuxième album ?

Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : La clé, c’est la persévérance, la patience et la foi. Quand mon premier album est sorti, celui qui m’a produit était ingénieur de son au Studio 50. C’est au même moment où il y avait la crise. Donc il a fermé le studio. C’était l’avènement aussi des pirates. Donc ça ne marchait plus.

Il s’est retrouvé au chômage, il n’avait plus les moyens de lancer l’album, ce qui a fait que l’album est passé inaperçu. Mais je n’ai pas été découragé. Je me suis mis au travail. Lui et moi on commençait à travailler, à chercher des producteurs à gauche à droite. Et quand le deuxième est sorti, Dieu a fait grâce et ça a marché.

Lors de vos spectacles il y avait des milliers de personnes qui tombaient. Qu’est ce qui explique cela ?

David Nestor : C’est l’onction de Dieu. L’onction, c’est la touche spéciale de Dieu dans quelque chose. Tu peux bien chanter, tu peux avoir une belle voix, mais quand vous voyez que je suis sur scène et que des gens tombent en transe ou pleurent, ce n’est pas parce que c’est Nestor David qui chante ni parce qu’il est joli ou qu’il a une belle voix, mais c’est le message qui est livré à travers ce chant. Il y a un pasteur qui m’a appelé. Pasteur Jacques. Il m’a dit qu’il venait d’écouter la dernière version … et qu’il a pleuré toute la nuit. Parce qu’il s’est souvenu de ses parents, son père et sa mère qu’il a perdu. Mais qu’est ce qui fait ça ? C’est la parole. La Bible dit ‘‘Ils l’ont vaincu par le sang de l’agneau et par la parole de leur témoignage’’. Donc la parole accompagnée de puissance d’onction, c’est cette parole qui fait que quand quelqu’un écoute, il est touché et ça produit un effet dans sa vie. Peut-être que la personne ne peut pas résister face à la puissance, face à l’onction qui descend sur elle pendant qu’elle écoute. C’est ce qui fait que les gens tombent en transe ou pleurent.

Quels sont vos rapports avec les autres chantres chrétiens ? Boniface, Constance, …

David Nestor : Je suis en parfaite harmonie avec tout le monde. Je peux dire plus ou moins que je suis le petit frère de tout le monde. J’ai eu la grâce de connaitre tous ces chantres-là avant d’être connu moi. Donc ce sont des chantres que j’ai côtoyé. On se fréquente et on se connait vraiment au-delà de l’aspect professionnel. Je n’ai pas de problème avec les autres chantes. Ça se passe très bien entre nous.

Vous avez beaucoup tourné, dans le cadre de spectacles. Lequel de vos spectacles vous a le plus marqué ?

Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : Je dirais mon premier concert au Palais de la Culture (Treichville). Comme vous le dites, j’ai fait beaucoup de spectacles. Que ce soit en Europe, aux Etats-Unis, en Afrique ou en Asie. Mais j’ai été touché particulièrement par mon premier concert. Quand on a lancé le concert, on était à Yamoussoukro avec l’évangéliste Kouamé Timothée et le docteur Koffi Diakilé.

On était à un programme de prière là-bas et je leur ai dit que je voulais faire un concert au palais de la Culture. Automatiquement le Pasteur Timothée m’a soutenu dans cette idée. En ce moment, je venais juste de sortir. On ne me connaissait pas. Et le pasteur Diakilé m’a demandé ‘‘vous avez besoin de combien ?’’ On a calculé et on a dit qu’on avait besoin de 6 millions de F CFA. Et il a dit, arrivé à Abidjan, je vous donne les 6 millions.

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  C’est comme ça qu’on a lancé le concert. Mais on a lancé le concert à un moment donné, j’ai commencé à avoir peur (il rit). Des doyens m’appelaient pour me dire : ‘‘Tu es en train d’aller au cimetière. Parce qu’au Palais de la Culture, si tu as raté, ta carrière est finie. Il faut commencer doucement, faire des concerts dans des petites églises d’abord. Tu vas prendre Anoumabo, la plus grande salle de spectacle en Côte d’Ivoire. Il faut avoir des ambitions et la foi, mais là…’’ Donc j’ai commencé à prendre peur. Je vous assure qu’à quelques jours du concert, je suis allé dire à l’Evangéliste Timothée que je voulais annuler le concert. Il a dit : ‘‘On va faire ce concert’’. Donc je l’ai appelé pour lui dire que si tu continues, c’est toi-même qui va aller jouer à ce concert (il rit). Moi je viendrai à la télé pour dire que moi je ne le ferai plus. Une nuit, je me rappelle, ils m’ont appelé et m’ont supplié jusqu’à minuit pour que je joue à mon propre concert (il rit).

C’est pourquoi, durant toute mon existence, je serai reconnaissant envers cet homme de Dieu qu’est l’Evangéliste Timothée. Parce qu’il a posé un acte vraiment essentiel dans ma vie, avec le Docteur Koffi Diakilé. Le dimanche matin, le jour du concert, un chantre m’a appelé pour me dire qu’il a appris qu’on n’avait vendu que trois cent tickets. Mais ne faudrait pas que je me décourage.

A 14 heures, le chantre m’appelle et me dit que le Palais de la Culture est rempli et qu’il y a même du monde dehors en train de faire palabre. Je suis arrivé avec Pasteur Emmanuel Bouafo et l’Evangéliste Koné. Ce sont mes deux papas, mes deux conseillers. Quand je suis monté sur scène et que j’ai vu la foule, je vous assure que j’étais dépassé. Je ne croyais pas que tout ce monde-là se soit déplacé pour me voir. Jusqu’à la fin de ma vie, je n’oublierai jamais ce concert. C’est ce qui m’a révélé. Quand on a fini le concert, la presse écrite, la RTI, les différents organes, les gens ont commencé à publier, à faire le compte-rendu. C’était le meilleur concert de ma vie.

Quel est le regard  Ahondjon Kouassi Nestor a de Nestor David ?

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Résultat de recherche d'images pour "Nestor David"David Nestor : Je pense qu’Ahondjon doit beaucoup à Nestor David. Et Ahondjon est fier de Nestor David. Parce qu’Ahondjon c’est à l’état naturel, à l’état familial, à l’état païen. Mais Nestor David, c’est une autre personne. C’est un fils de Dieu. C’est un messager de l’Eternel.

Et quand je le regarde, je suis fier de lui parce qu’aujourd’hui, il porte la voix de l’Eternel, la voix de l’Evangile, à un niveau très élevé, de telle sorte que des musulmans écoutent Nestor David. Les gens du monde écoutent Nestor David. Nestor David est joué dans des boites de nuit, dans des maquis, dans des bistrots, dans les mariages, même de musulmans. Donc je pense qu’Ahondjon est fier de Nestor David. Mais Ahondjon en même temps demande à Nestor David de ne pas oublier d’où il vient.

Beaucoup veulent faire comme vous mais n’y arrivent pas. Quel est le conseil que vous leur donnez ?

Nestor David : Tous ces jeunes qui sortent, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas de talent. Ils sont très talentueux. La plupart d’entre eux ont l’esprit de Dieu. Ils sont très oints. Mais c’est l’environnement qui nous a été favorable nous autres, Guy Christ, Boniface, qui sommes venus plus tôt. Ce n’est plus la même chose. Vous voyez, nous sommes sortis dans un temps où il y avait la crise. Et tout le monde cherchait Dieu. Et ces messages qui sont sortis des chants réconfortaient les gens qui les utilisaient pour prier. Et puis, la Télévision ivoirienne jouait beaucoup de musique chrétienne. Quand il y avait des grands évènements, on invitait des chantres …  Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Donc nous autres, on a eu la chance. On a été vite connu. Mais ceux qui viennent d’arriver, ils n’ont pas d’espace pour s’exprimer. Si la télé, la RTI joue trop de musiques par semaine, peut-être c’est 10 clips ou 20 clips. Mais on est combien d’artistes en Côte d’Ivoire ? Donc vous-même vous voyez qu’en dehors des chantres, beaucoup d’artistes sont en train de mourir.

Donc ce n’est pas facile pour ceux qui viennent d’arriver surtout dans le milieu des chantres. Mais je leur demande, qu’ils persévèrent. Car même dans le trou, Dieu permettra qu’ils soient connus.

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Quelle image Nestor David voudrait qu’on retienne de lui ?

Nestor David : Je veux qu’on retienne l’image d’un chantre de l’Eternel, d’un messager, de quelqu’un qui porte le message de la foi pour montrer à la jeunesse, aux jeunes comme moi, que Dieu ne fait exception de personne. On peut naître d’une famille pauvre. On peut connaitre des situations difficiles. On peut ne pas être côté. Mais quand on a la foi en Dieu, quand on croit en soi-même, on peut réussir. On peut devenir quelqu’un.

Vous savez, Dieu nous a créé tous. Nous sommes tous ses enfants. Mais il fait comme il veut. Si Dieu t’a localisé, rien ne peut t’arrêter. Donc je veux qu’on retienne de moi que je suis un chantre, un messager de l’Eternel pour pouvoir livrer un message pour la gloire de Dieu.

Interview réalisée par 2A

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