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Mme Lièvre-Badou Assamoi Rose, Ivoirienne

« Comment je suis devenue député en Suisse »

Mme Lièvre née Badou Assamoi Rose native d’Agnibilékrou, députée en suisse nous a reçus chez elle à Yopougon, où elle a séjourné pour les vacances. Et les activités de son Ong.
– C’est ici que Madame la députée habite ?
– Oui mais la sonnerie ne marche pas…
Qu’à cela ne tienne. A Yopougon, l’absence de sonnerie dans une maison n’a jamais posé problème. Le traditionnel ‘’kôkô’’ fonctionne bien. On tape donc à la porte. Une dame, taille moyenne, en tenue de ménage ouvre.
– Madame la députée est là ?
– Entrez. Je suis madame la députée.
Elle nous installe et fonce à la cuisine. Chercher des verres à boire.
– S’il vous plait madame, on peut vous suivre ?
– Venez si ça ne vous gêne pas. Tout est en vrac ici. Je viens d’arriver et rien n’est encore rangé.
La débauche d’énergie nous a fascinés, mon photographe et moi. L’interview s’est finalement déroulé là. Parce qu’entre temps, madame la députée était en train de faire la cuisine.

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Bonne arrivée Madame la députée

Ce n’est pas parce que j’ai été élue que je suis venue en Côte d’Ivoire. Je suis là chaque année parce que j’ai une Ong, Salubrité Plus. Je viens pour l’évaluation, pour faire un compte rendu des actions menées et établir un nouveau programme. Notre siège se trouve à Adjamé au quartier habitat extension. C’est là que nos activités sont concentrées.

Nous brûlons d’envie de connaitre son histoire mais elle trop lancée dans son affaire d’environnement. Véritable passion.

Assainir le cadre de vie est fondamental. Quand je vois des saletés, mon cœur saigne. Ce n’est pas facile de supporter tout cela. J’ai monté mon Ong depuis 2001. Les problèmes environnementaux me tiennent beaucoup à cœur. Cela fait un bon moment que nous sensibilisons. Maintenant nous sommes dans l’éducation environnementale.

Ça avance ?

On fait tout ce qu’on peut pour faire avancer un tout petit peu. Il y a des organisations qu’on peut toucher en Suisse et qui peuvent donner quelque chose pour faire avancer la cause en Côte d’Ivoire. Pour cela, on prend notre temps pour monter des dossiers de plusieurs pages avec toutes les exigences qu’ils demandent. On n’est pas payé mais, on le fait parce qu’on aime le pays.

Madame la députée, l’interview porte sur votre parcours…

Oui vous me l’aviez signifié au téléphone mais les problèmes environnementaux, c’est essentiel. Et mon Ong veut vraiment s’y attaquer. Si vous pouvez être un peu attentifs…

Ok, parlez-nous de votre ONG. Le micro est ouvert

L’Ong s’appelle Salubrité Plus ; nous luttons contre l’insalubrité en côte d’Ivoire. Concrètement, nous faisons Beaucoup de sensibilisation, on nettoie des caniveaux, on pose des poubelles et on plante des arbres.

Depuis que nous avons construit une maison du quartier Habitat à Adjamé qui en sert de siège, les populations nous accordent plus d’attention. Les habitants sont plus sensibles à nos messages et donc à leur l’environnement.  On a recruté des jeunes et des femmes qui passent de cour en cour pour la sensibilisation, l’éducation environnementale.

On a aussi constaté qu’au niveau des enfants, il y a souvent des carences alimentaires. On a ainsi initié un l’atelier de cuisine pour sensibiliser les mamans à pouvoir cuisiner équilibré pour la santé de leur famille.

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Le problème de l’insalubrité et de l’environnement c’est sur un long terme, il faut donc faire beaucoup de sensibilisation et être patient parce qu’on ne peut pas du jour au lendemain avoir une ville qui est hyper propre comme en suisse.

Mais, on ne se lasse pas (NDLR. Nous non plus à vous écouter madame la députée),  on ne se décourage pas parce que l’Ivoirien n’est pas sale ( NDLR. C’est intéressant de l’entendre dire).  Mais, il faut que de part et d’autre chacun fasse un effort.  On va y arriver.

Dans les quartiers ou on travaille, on a vu des résultats au bout de dix ans.

Vous en parlez avec beaucoup de passion

Bien sûr, Quand c’est vert et propre c’est beau. L’arbre c’est l’oxygène, c’est la vie.

Vous travaillez spécifiquement sur Adjamé

Pour le moment oui, mais pas dans les 19 quartiers d’Adjamé.  Nous avons  commencé dans cette commune parce que qu’Adjamé c’est comme mon village.

Ouf, on a trouvé une occasion. Où avez-vous fait vos études ?

J’ai commencé à Adjamé puis à Yopougon dans un collège privé.  Après la classe de 3e  j’ai fait une formation en sanitaire et social puis j’ai fait un apprentissage dans une infirmerie avant de travailler dans un cabinet médical comme aide infirmière pendant trois ans.  Après, j’ai rencontré mon mari et nous sommes partis en suisse.

Vous quittez Adjamé pour être députée en Suisse ?

Non ! Je suis arrivée en suisse en 1998, J’avais 28 ans. Mon fiancé de l’époque devenu mon mari est Suisse. J’ai suivi mon mari c’est tout. Je n’avais pas de projet politique.  Je ne pouvais même pas en avoir.

Et pourtant…

A cette époque, cette intention ne pouvait pas traverser mon esprit. Il fallait régler les problèmes d’intégration. Ce n’est pas facile pour un Africain en Europe. Quand on arrive on est dépaysé.  On est dans une prison de confort. Un changement de comportement (la chaleur humaine ; le style vestimentaire ; le langage). Les suisses sont très gentils mais quand ils ne savent pas qui tu es, il est difficile pour eux de s’ouvrir.

Comment dans ce monde hermétique ; on peut réussir à entrer ; se faire admettre et se faire aimer ensuite ?

C’est un parcours du combattant ; quand tu arrives et que tu as tous tes diplômes, on te dit qu’on ne reconnait pas  ton CV parce que ce n’est pas le même programme. Donc tu reprends à zéro ou tu trouves des équivalences. Imaginez une personne comme moi qui n’avait pas fait le plein de diplômes au pays…

Pour t’intégrer sur le plan professionnel, tu dois reprendre les études.  Avec le diplôme que j’ai obtenu plus tard, j’ai fait des postulations dans des homes (maisons de personnes âgées), à l’hôpital puis dans des structures de soins à domicile. Je me suis même inscrite à la croix rouge pour le bénévolat.

J’ai finalement opté pour les soins à domicile. C’est quelque chose qui répondait à mes valeurs ; j’ai fait des formations dans ce sens c’est comme cela de manière professionnelle j’ai pu m’intégrer. Par ce travail j’ai pu connaitre la ville, parce que tu vas de maison en maison. Cela m’a aussi permis de connaitre le Suisse car, je vais dans son intimité, c’est-à-dire, je vais le laver, lui donner ses médicaments, lui prendre sa pression.

Au départ il ne s’ouvre pas mais pour le mettre en confiance, il faut être soi-même assez calme, assez douce, attentionnée et faire ton travail correctement.  Au fur et à mesure qu’il le remarque, petit à petit il commence à s’ouvrir.

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L’intégration a commencé par-là ?

Une fois que tu travailles c’est un bon point d’intégration et le reste suit. Mon mari est suisse, cela m’a beaucoup aidé, cela m’a surtout permis de savoir ce que les Suisses aiment ou n’aiment pas. Mon mari m’a beaucoup aidé à m’intégrer. Il m’a appris beaucoup de chose. Il m’a beaucoup introduit. J’ai commencé à vivre dès lors comme une suisse. A aimer ce qu’ils aiment. Par exemple la marche.

En Suisse, ils font beaucoup de marche. Il y a des sentiers qui sont bien délimités et aménagés pour la marche. J’y allais régulièrement avec mon mari et d’autres habitants. Marcher en pleine forêt pour l’Ivoirienne pur-sang, ce n’est rien d’extraordinaire. La tradition là-bas, c’est aussi aller cueillir des champignons en pleine brousse. Ça aussi c’est chose aisée pour moi. Je le faisais naturellement et mon entourage appréciait beaucoup. On va dans la forêt rien que pour chercher des champignons.

A quel moment vous avez franchi le portail politique ?

En réalité je n’ai pas particulièrement décidé de basculer, de faire la politique.

Quand je suis arrivé je me suis renseigné on m’a dit qu’il y avait une association d’ivoiriens qui ne fonctionne plus. Moi j’ai contacté deux autres personnes nous sommes allés voir le président nous lui avons dit qu’on veut redynamiser la chose. C’est ainsi que cela été remis sur pieds. On a fait des fêtes on a appris à se connaitre on a même ouvert un centre culturel ivoirien dans ma ville. L’association existe toujours c’est vrai qu’on est plus active mais je m’intéresse toujours.  Nous avons d’autres associations au niveau Africain, j’ai ai créé une qui s’appelle Cœur d’Afrique. On fait beaucoup de projet d’intégration entre les suisses et les communautés africaines. J’estime que quand je suis dans un pays je dois m’y intéresser. Je ne dois pas chercher que l’argent. Je m’intéresse un peu à tout. Lorsqu’il  il y a une fête une association ou une réunion, que je sois invité ou pas je m’y rends.

 Du social à la politique comment c’est possible ?

Moi-même je ne m’y attendais pas. La politique m’intéressait peu, mais lorsqu’il y a les votations j’essaie de lire les programmes des différents partis politiques et je vote pour le parti dont le programme de société est le plus proche de mes valeurs. Jusqu’au jour où je m’inscris au parti socialiste.

Je sais un peu comment tout ça fonctionne parce que la politique  est très complexe.  Première tentative j’ai été élue.  Il faut à présent qu’on bosse. Il faut que l’africaine que je suis apporte ses idées.

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Avec quel score avez-vous gagné ?

J’ai été élue avec  2.078 voix pour un mandat de 4 ans. J’ai des idées donc dès que je rentre,  je vais le proposer à mon parti puis on verra dans quelle mesure cela est faisable. Parce que dans notre canton, le gouvernement dit qu’on n’a pas assez de sou, il faut faire des petits projets proches de la population efficace et moins cher.

Comptez-vous aller à l’échelle régionale ?

On verra. Pour l’instant,  je suis au niveau communal, il y a le niveau cantonal  l’an prochain.  Déjà on m’approche, donc j’ai dit je vais à Abidjan je réfléchis puis je vous donne une réponse, il y en a à tous les niveaux (communal  cantonal et fédéral). Je n’ai encore rien dit parce que j’aime ma ville. ça me dérange un peu d’aller au niveau cantonal.

L’appel que je peux lancer au gouvernement ivoirien, qu’ils essaient de faire un peu plus au niveau de l’environnement. Soutenir aussi les Ong sérieuses qui veulent faire des choses concrètes. Que la population aussi s’implique vraiment dans son environnement. C’est très important sinon on ne fera que respirer des gaz d’échappement des voitures et au bout de 10 ans on est mort. Si on pense vraiment au bien être de la population, il y a des choses à faire rien que pour son bien-être.

 Quel est votre choix entre le social et l’environnement ?

Il n’y a pas de choix ; les deux vont de pair. Le bien-être de la population et le développement de la ville sont indissociables.

BM

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