jeudi 29 octobre 2009 Mis à jour à 4h 38mn par

Haute couture l'ivoirienne

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Stylisme d'avant-garde et tissus locaux, les Africaines se ruent sur Abidjan.
Pantalon ample et liquette assortie, Patho, styliste burkinab install depuis quarante ans Abidjan, dsigne le rayon des chemises les plus demandes de son magasin: les Mandela, motifs dors sur fond turquoise, outremer ou violet. Le clbre Sud-Africain est un vieux client, tout comme le prsident ivoirien Laurent Gbagbo, qui tombe de plus en plus souvent le costume-cravate occidental pour la chemise-pagne africaine lors des audiences officielles.
Pagne au bureau. Le petit immigr devenu la star de la mode ivoirienne ne s'en rengorge pas. Les chefs d'Etat sont les porte-drapeaux de l'Afrique, les habiller est un devoir, pas une fiert, lance-t-il. Il y a pourtant une chose dont Patho est fier: En Cte-d'Ivoire, nous avons un mrite: avoir cr des vtements modernes dans les matires africaines. Au dbut, personne n'y croyait, aujourd'hui, tout le monde en porte. Avec ses chemises made in Cte-d'Ivoire, le prsident Gbagbo a fait des mules chez les fonctionnaires, qui enfilent dsormais le pagne au bureau. Depuis un an, je ne vends plus que a, raconte un jeune couturier, qui ralise 65 % de son chiffre d'affaires grce au talent du mannequin du numro un.

A Abidjan, l'lgance est une seconde nature, et les rues de Treicheville, le vieux quartier africain, grouillent de minuscules ateliers o les tailleurs copient bon prix les derniers modles des crateurs locaux ou pillent allgrement les magazines fminins. Super wax hollandais, java ou fanci, le pagne en coton imprim rgne ici en matre. Les riches Africaines viennent des quatre coins du continent pour un tailleur du cru, un maxi: jupe longue ajuste, camisole moulante et somptueusement chancre, serrant les fesses, tailles dans un pagne dernier cri. Du plus simple au plus extravagant, chaque Ivoirienne en porte selon ses gots et ses finances. Conclusion: Abidjan est la capitale de la mode africaine, c'est ici que naissent les ides, assure un professionnel.

Fabuleux rservoir. Depuis trente ans, les Ivoiriens s'enorgueillissent de leur style. Le prcurseur, Christ Seydou, tait pourtant malien. Dbarquant de chez Yves Saint Laurent, il osa, le premier, habiller les citadins aux couleurs de l'Afrique. Comble de l'audace il a mit au got du jour le bogolan, toffe traditionnelle jusqualors rserve aux ftes de village. Le pli tait pris. Ses successeurs puisrent dans le fabuleux rservoir des tissus africains pour revisiter la mode moderne. Chacun avec son art.

Alors que Patho brille dans le wax et les imprims, Angybell, grande dame de la mode abidjanaise et lieutenant-colonel des Douanes dans le civil, se passionne pour les tissages. Elle parcourt l'Afrique de l'ouest la recherche de pagnes tisss la main qu'elle coupe en tailleurs chic. Puis elle installe des mtiers dans sa villa pour crer son propre tissu: un mlange de coton ou de lin et de raphia, qui emporte un succs immdiat. Un grand magasin franais tait intress par mes crations, mais malheureusement, je n'ai pas la structure pour produire en grande quantit, soupire-t-elle.

Matriaux africains. Le problme, c'est que la filire n'est pas organise, regrette sa cadette Nawal El-Assad. Comme beaucoup de ses collgues, elle met un point d'honneur utiliser les matriaux africains dans ses modles, tenues de ville ou robes du soir habilles, mais n'hsite pas mlanger jean et lin avec tissage baoul, du centre de la Cte-d'Ivoire, et pagne kita, venu du Ghana, et elle se tient constamment au courant de la tendance internationale. Ce que je souhaite, c'est crer une marque, imposer une griffe, d'abord chez moi, avant de penser au march europen. C'est un norme travail, car je dois tout faire, dessiner, assister aux essayages, surveiller la confection, former les couturiers! 

Malgr sa renomme, la mode ivoirienne ne dpasse pas le stade artisanal et s'exporte  peu. Le plus gros atelier, celui du doyen Patho, compte une quarantaine de machines. La plupart n'en ont pas plus de dix. Au Sentier, ils peuvent sortir quinze mille chemises par jour. Moi je ne peux en faire que dix, et encore, pas impeccables, se dsole le benjamin Gilles Tour, ex-lve de Paco Rabanne. Si je fais un dfil en France, on me commande mille pices, je ne peux pas les fournir. Pour tre comptitifs, nous manquons de tout: les machines, les ouvriers qualifis, les usines et les investisseurs. Les hommes d'affaires africains nous ignorent, ils ne voient pas le ct export de notre activit.

Source de devises. Les professionnels abidjanais se plaignent aussi du peu d'intrt que les gouvernants accordent un secteur dynamique, source potentielle de devises. Productrice de coton qu'elle exporte en majorit brut, la Cte-d'Ivoire a pourtant des atouts pour dvelopper une industrie textile. Mais la confection en srie de prt--porter est inexistante. Il faut une volont politique, crer un tissu industriel, faire baisser les cots et amliorer la qualit, rclame Patho, car aujourd'hui nous sommes envahis par la fripe et les chemises fabriques Taiwan qui cotent deux fois moins cher que les ntres.

En attendant, la capitale ivoirienne, loin des soubresauts politiques retrouve les plaisirs de sa mode et vit nouveau au rythme envotant des dfils.

RUEFF Judith/liberation.fr










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