19ème Congrès du Parti communiste: Xi Jinping déterminé à cimenter son pouvoir

Pékin déroule le tapis rouge pour accueillir, à partir du mercredi 18 octobre, les délégués du 19ème Congrès du Parti communiste chinois. Un moment crucial pour l’homme fort Xi Jinping qui doit être reconduit pour un deuxième mandat. Réussira-t-il à imposer ses protégés dans la nouvelle équipe dirigeante? L’opacité qui entoure ce grand rendez-vous politique est totale.

de notre correspondante à Pékin,

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19ème Congrès du Parti Communiste Chinois

Les «pékinologues» n’ont que leur boule de cristal pour deviner de quoi débatteront les 2287 délégués triés sur le volet qui se réunissent pendant une semaine derrière les portes closes de l’immense Palais du Peuple sur la place Tiananmen. Leur mission : désigner les 205 nouveaux membres du Comité central qui doivent à leur tour choisir les 25 membres du bureau politique et les sept membres du comité permanent du bureau politique, l’organe tout-puissant qui détient l’essentiel du pouvoir dans la deuxième puissance mondiale. 

Pour le secrétaire général, Xi Jinping, ce congrès est crucial, puisque pour la première fois depuis son ascension au pouvoir en 2012, l’occasion se présente de changer son équipe. Cinq des sept membres du comité permanent du bureau politique doivent partir à la retraite.

« Il consolidera d’avantage son pouvoir » 

Tout l’enjeu consiste alors pour Xi, 64 ans, à placer ses alliés, dans l’objectif de mettre fin à l’influence du clan de son prédécesseur Hu Jintao. « Il consolidera davantage son pouvoir en faisant entrer ses amis fidèles au comité permanent », estime le politologue Hu Xingdou de l’Institut de Technologie à l’université de Pékin, « Xi a appris de la politique de Mao et accumule autant de pouvoir que lui. Son prédécesseur Hu Jintao avait été de facto relégué au deuxième rang par l’équipe d’avant. Xi a donc tiré la leçon ».

Parmi les étoiles montantes du parti se trouve Chen Miner, 57 ans, qui a remplacé cet été Sun Zhengcai comme chef du parti à Chongqing, une mégalopole de 30 millions d’habitants, après que ce dernier soit tombé en disgrâce.

Autre question clé: Xi réussira-t-il à sauver son fidèle soldat Wang Qishan, 69 ans, qui devrait normalement partir à la retraite ? C’est grâce à ce compagnon de route de longue date que Xi Jinping a pu écarter ses rivaux, les fameux « tigres »: Bo Xilai, Zhou Yongkang, Ling Jihua, Xu Caihou et au moins 250 autres hauts dirigeants, tombés sous le couperet de la lutte anti-corruption. En cinq ans, la toute puissante Commission Centrale de Discipline présidée par Wang Qishan a sanctionné 1,4 millions de cadres du parti.

Mais, revers de la médaille: Xi a aujourd’hui un nombre incalculable d’ennemis. Pas question alors de baisser la garde, estime l’historien et fin connaisseur des arcanes du pouvoir, Zhang Lifan: « Il ne pourra pas faire marche arrière. Il a offensé toutes les factions, que ce soit les intellectuels libéraux ou les milieux d’affaires. Sa seule option est donc d’accumuler un maximum de pouvoir. Dès qu’il perd en autorité ou qu’il commence à réformer, le pays risquerait de chavirer. Il faut donc qu’il garde le contrôle et que le parti reste en place ».

« Xi a pu s’engouffrer dans la brèche laissée par le Brexit et Trump »

Renforcer davantage sa mainmise sur l’appareil du PCC semble alors être le meilleur moyen pour Xi Jinping de museler ses adversaires. Déjà aujourd’hui, le numéro 1 chinois accumule un nombre impressionnant de postes : chef du parti, président de la République et commandant en chef des forces armées, Xi est également auréolé du titre « noyau du parti » depuis l’an dernier, un titre auquel seul Mao et Deng Xiaoping ont eu droit avant lui.

Mais l’homme fort de la Chine ne s’arrêtera pas en si bon chemin : «Il ne se contentera pas de son titre ‘noyau du parti’. Nous allons entendre parler de la ‘pensée de Xi’ et peut-être même de sa ‘pensée sur la gouvernance d’une puissance majeure’ », prédit le politologue David Kelly de l’institut « China Policy », « cela fait référence à sa diplomatie très active ses deux ou trois années. Il a pu s’engouffrer dans la brèche laissée par le Brexit et l’élection de Donald Trump. La Chine a pu occuper la place vacante et revendique d’être le ‘sauveur du monde’ ».

Xi Jinping – maître du monde à la conquête de l’Occident ?

Xi Jinping, le nouveau maître du monde, à la conquête de l’Occident pour réaliser le « rêve chinois » d’une grandeur retrouvée ? Zhang Lifan partage cette analyse: « Mao Zedong voulait exporter la révolution. Mais aujourd’hui la Chine exporte son capital et Xi Jinping rêve d’un véritable empire rouge. Il veut être le leader de la mondialisation, et l’économie chinoise doit dominer le monde, grâce à la stratégie des Nouvelles Routes de la Soie ».

Certains observateurs pensent même que le numéro un chinois est tenté de poser les jalons d’un troisième terme à partir de 2022, mais pour cela il doit d’abord chambouler un règlement interne non-écrit qui interdit aux plus de 68 ans d’être élu ou réélu au bureau politique. « La charte du parti oblige Xi à se trouver un successeur mais il est ambitieux et tentera sans doute d’établir un régime dans lequel il pourra décider de tout, en tant que président du parti», estime le politologue Hu Xingdou, « il suivra les pas de Poutine et rusera pour changer les règles de la succession afin de renouveler son mandat ».

Par Heike Schmidt
Rfi.fr