A Hong Kong, une jeunesse désabusée et insensible aux appels de Pékin

Le président chinois Xi Jinping est arrivé à Hong Kong, ce jeudi pour une visite historique de trois jours, à l’occasion des vingt ans de la rétrocession de la cité à la Chine par le Royaume-Uni. Mais les jeunes hongkongais n’ont pas le cœur à la fête. Le principe «un pays, deux systèmes» qui accorde une semi-autonomie à la ville a déçu cette génération qui dénonce la mainmise de plus en plus musclée de Pékin. Ils réclament le droit de vote, mais aussi des perspectives d’avenir.

De notre envoyée spéciale à Hong Kong,

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Un militant pro-démocratie à Hong Kong, lors de son arrestation pendant une manifestation, le 28 juin 2017.R

Fergus Leung est né en 1997, trois mois avant la rétrocession de la colonie britannique à la Chine. Agé tout juste de 20 ans, cet étudiant en biologie est bien conscient que Hong Kong lui garantit des libertés que les Chinois, sous le règne du parti communiste, n’ont jamais connues. Un héritage britannique auquel il se dit très attaché : « Je suis imprégné de la culture, de l’histoire et des valeurs de Hong Kong. Pourquoi je ne me sens pas Chinois ? Ce n’est pas une question de race, de couleur de peau ou de couleur des yeux. C’est parce que je me reconnais dans certaines valeurs. Ce n’est pas la faute des Chinois, mais ils ont grandi avec les valeurs du régime communiste et ont une autre vision de la liberté et de la démocratie. Moi, je ne suis pas fier de tel ou tel succès chinois, car je me sens entièrement Hongkongais. »

Seuls 3 % des jeunes entre 18 et 29 ans se disent proches de la Chine. C’est le taux le plus bas depuis 20 ans. Un autre chiffre qui illustre ce même malaise : la jeunesse n’a jamais été aussi pessimiste.


Le président chinois Xi Jinping s’exprime dès son arrivée sur l’aéroport de Hong Kong, le 29 juin 2017.

« Actuellement, l’espace de vie d’un Hongkongais se résume à la taille d’une place de parking, poursuit Fergus Leung. Selon ce que m’ont raconté mes parents, il suffisait de travailler dur pour faire sa vie. A cette époque, il y avait encore des logements sociaux et une éducation gratuite. Les gens avaient un avenir à Hong Kong. C’est pourquoi ils étaient plus optimistes que nous aujourd’hui. »

Concurrence et « colonisation »

Cette frustration, Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’université baptiste de Hong Kong, la constate tous les jours parmi ses étudiants : « Les raisons du pessimisme ambiant et de la déprime sont dues au fait que c’est beaucoup plus difficile pour eux de trouver un travail rémunéré, de trouver un logement abordable. Ils se sentent de plus en plus concurrencés par ces élites de Chine continentale qui viennent s’installer à Hong Kong. »

Le manque de perspectives ne fait qu’amplifier le désamour entre les jeunes Hongkongais et la Chine. La « révolte des parapluies » en 2014 en est le meilleur exemple. Pour réclamer le suffrage universel, des centaines de milliers de jeunes avaient paralysé pendant plusieurs mois le cœur de la finance mondiale. Lam Chak Kong, 22 ans, a fait partie de ces frondeurs qui ont osé défier Pékin : « Nous n’avons que ce seul choix : vivre avec la colonisation chinoise. Nous n’avons jamais obtenu les libertés promises par les Britanniques et les Chinois. Il s’agit de la plus grande des escroqueries. Nous n’avons jamais été aussi pessimistes. L’augmentation des prix et le chômage auxquels nous sommes confrontés n’arrangent rien. Moi-même, j’espère garder mon optimisme et mes espoirs. Je veux malgré tout rester positif quant à mon avenir ici à Hongkong. »

La révolte des démocrates s’est soldée par un échec et l’inculpation de neuf militants. Mais Nathan Law, l’un des visages du mouvement, devenu le plus jeune député de Hongkong, en est convaincu : la mobilisation reste intacte. « La jeune génération, pour le moment, reste calme parce qu’elle est réprimée de façon massive. Mais leurs cœurs vont s’éloigner de plus en plus de la Chine. Le gouvernement hongkongais ne répond pas à leurs demandes. Je suis très confiant pour le peuple de Hong Kong et sa lutte pour la démocratie. A court terme, cela ne sera pas facile parce que le gouvernement chinois est fort comme toujours, mais à un moment donné, il va bien faire preuve de faiblesse. »

Pour l’heure, la Chine fait preuve de sa puissance. Des policiers anti-émeute ont interpellé Nathan Law alors qu’il protestait contre la visite du président chinois, Xi Jinping. Ce jeune député du parti radical Demosisto sait qu’il risque gros, mais il ne cède rien et compte bien gâcher l’anniversaire de la rétrocession que Pékin veut célébrer en grande pompe.

Heike Schmidt
Rfi.fr