A Johannesburg, la communauté nigériane ne veut plus être stigmatisée

L’ambassadeur sud-africain en poste à Abuja a été sommé de s’expliquer suite aux violences xénophobes à Johannesburg et Pretoria. La communauté nigériane, elle, en a assez d’être stigmatisée. Reportage à Yeoville, un quartier de Johannesburg où résident de nombreux Nigérians.

Scène de rue à Johannesburg.

Maisons incendiées, commerces pillés, depuis 10 jours, des incidents contre les étrangers se multiplient à Johannesburg et Pretoria. Tout a commencé quand des habitants d’un quartier sud de Johannesburg s’en sont pris à des Nigérians, qu’ils accusent d’être responsables de trafic de drogue et prostitution.

« Je ne vais pas essayer d’excuser les Nigérians qui sont des criminels. Dans une société, il y a toujours des pommes pourries. Mais la majorité des Nigérians ici travaille légalement et contribue positivement à la société, estime Emeka Johnson, représentant de la diaspora. Cibler les nigérians est une injustice et nous ne sommes pas contents. Surtout si on pense à tout ce qu’a fait le Nigeria pour l’Afrique du Sud. Nous avons aidé le pays financièrement, nous nous sommes distancés du gouvernement d’apartheid, nous avons coupé tous liens économiques avec les sociétés qui avaient des liens avec ce régime. Aujourd’hui nous avons l’impression que nos propres frères se sont retournés contre nous. »

Même son de cloche dans cette épicerie de Yeoville, où toutes les nationalités y font leur course. Le propriétaire, monsieur Baba, est un Nigérian qui vit dans le pays depuis 25 ans. « Au départ nous étions les bienvenus. Aujourd’hui, ça n’est plus le cas, regrette-t-il. Les Sud-africains ont oublié ce que nous avons fait pour eux et nous accusent de tous les maux. »

« Quand je suis arrivé ici, il y avait des Indiens, des Blancs, des Africains… C’était la nation arc-en-ciel. Tout le monde venait ici pour faire du business, raconte monsieur Baba. Aujourd’hui, ça n’est plus la même chose, les gens ont changé. Maintenant, ils disent que les étrangers vendent de la drogue, prennent leur travail. Mais moi je n’ai pris le travail de personne, j’ai au contraire créé du travail pour les Sud-Africains. »

Sa femme Chibuzo vit dans le pays depuis 13 ans. Elle a eu quatre enfants ici. Elle n’a jamais remis les pieds au Nigeria et s’inquiète de l’avenir de ses enfants. « Quand on voit les femmes jeter des pierres sur les étrangers, on se demande où tout cela va. Et le pire c’est que ces femmes transmettent ça à leur enfants qui ensuite à l’école demandent à nos enfants quand ils vont rentrer chez eux, s’indigne-t-elle. J’ai dit à ma fille de leur répondre qu’elle est Sud-Africaine, qu’elle n’a jamais mis les pieds au Nigeria. Je ne sais pas où ils veulent qu’on aille. »

Mais dans le quartier, de nombreux jeunes sont nettement moins conciliants. Comme Obi. Marié à une Sud-Africaine, il vit dans le quartier depuis quatre ans. « Je me rappelle quand j’étais à l’école, on envoyait beaucoup de choses en Afrique du Sud pour les aider pendant l’apartheid. Alors pourquoi est-ce qu’aujourd’hui ils se battent contre les étrangers ? La plupart des grosses boîtes au Nigeria, comme MTN ou Shopright, sont sud-africaines et on ne les attaque pas. Il ne faut pas qu’ils nous traitent comme des chiens, nous sommes tous des êtres humains. Mais s’ils veulent continuer comme ça, nous allons nous battre. Et s’ils veulent du sang, il y aura du sang », promet-il.

Rfi.fr