A Rome, les tribus libyennes de Toubou et d’Ouled Slimane signent pour la paix

A Rome, le ministre de l’Intérieur Marco Minniti a confirmé dimanche 2 avril la signature d’un accord de paix entre les tribus de Toubou et d’Ouled Slimane. Cet accord est signé grâce à une médiation italienne. L’Italie cherche par tous les moyens à endiguer les flux de migrants fuyant le Sahel et transitant par la Libye vers l’Europe. Il a fallu 72 heures de négociations pour arriver à cet accord de 12 points qui vise à composer une force pour contrôler les frontières de 5 000 km au Sud libyen.

Le ministre italien de l’Intérieur, Marco Minniti, lors d’une conférence de presse à Tripoli en Libye, le 9 janvier 2017.

Même du temps de Mouammar Kadhafi, il était très difficile de contrôler ces frontières de quelque 5 000 km situés en plein désert, au sud de la Libye, et qu’elle partage avec cinq autres pays africains. Elles ont toujours constitué un terrain propice à toutes sortes de trafics. C’est donc un accord à double but qui a été signé à Rome et qui vise à diminuer le passage de milliers de migrants vers l’Europe.

Pour que les tribus fassent la paix, l’Italie s’est engagée à dédommager les deux tribus qui se sont affrontées, celles de Toubou et de Ouled Sliman. Elle s’occupera également de soigner des blessés. Elle doit aussi former des jeunes libyens du sud et garantir l’équité de l’emploi dans la fonction publique, sans plus de détails. En échange, l’Italie demande le retrait des milices issues de ces tribus et qui sont derrière les trafics dans cette zone. Ces miliciens seront remplacés par des gardes-frontière et par une force composée de ces mêmes tribus.

Selon la presse italienne, l’accord vise à combattre « une économie basée sur les trafics illicites » et surtout le trafic d’êtres humains, mais l’absence d’un Etat libyen viable et la persistance du chaos rend difficile l’application de tout accord.

Voie du trafic de migrants vers l’Europe

Depuis 2011, la Libye est progressivement devenue la voie la plus importante du trafic clandestin de migrants vers l’Europe. La situation s’est nettement aggravée après la signature d’un accord entre l’Union européenne et la Turquie, en mars 2016, fermant la route de la Méditerranée orientale.

En février dernier, l’Italie signe un accord similaire avec Tripoli visant à limiter la migration illégale vers l’Europe par la Méditerranée centrale. Mais le chaos libyen empêche toujours l’application de cet accord.

Au vu de cette situation, plusieurs voix se sont élevées au sein de l’UE, afin de lutter contre la migration illégale dans les pays sources de migrants. Mais la migration illégale enregistre une forte augmentation depuis début 2017. Les Italiens, en première ligne, cherchent par tous les moyens à enrayer ce problème. Et pour eux, la signature de cet accord avec les tribus du sud libyen en est un.

Cependant, comme à Tripoli avec l’absence d’Etat dans le sud libyen, il existe une alliance d’intérêts entre les trafiquants et les tribus, ce qui risque de rendre caduque la signature de tout accord.

Houda Ibrahim
Rfi.fr