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Abidjan célèbre Bob Marley

Il a quitté le monde des vivants il y a précisément 35 ans. Robert Nesta Marley est mort le 11 mai 1981. Mais Bob Marley reste toujours d’actualité à travers le monde entier, surtout à cette date. Dépassant le seul cadre musical, il est devenu une référence culturelle interplanétaire. Et Abidjan, troisième capitale mondiale du reggae, après Kingston et Londres, ne peut que perpétuer elle aussi le culte de cette légende.

Bob Marley continue de graver son nom et sa musique dans les mémoires collectives de la planète comme un ‘’Natural Mystic’’ qui souffle quasiment sur tous les pays des quatre continents. Et pour cause, l’artiste a fait découvrir au monde le reggae. Cette musique riche, dérivée du blues qui, a considérablement influencé la musique populaire occidentale. Robert Nesta Marley est né le 6 février 1945 en Jamaïque, d’un père blanc et d’une mère noire. Chanteur et guitariste de cantiques, de soul, de ska, de rock steady et de reggae, réalisateur artistique, il a été une icône jusqu’à sa mort à cette désormais célèbre date du 11 mai 1981 à Miami, en Floride, aux Etats-Unis. Il a succombé à un cancer en pleine gloire à trente-six ans, mais son mythe lui survit et s’amplifie depuis, hors de toutes proportions. Bob Marley est la première véritable superstar venue d’un pays pauvre. Sa musique, le reggae jamaïcain, un proche dérivé du Rhythm & Blues et de la Soul américaine, est la voix de tous les peuples opprimés de la terre, au nom desquels il s’exprime. Brillant et prolifique chanteur, auteur-compositeur, sa carrière internationale ne dure que huit années intenses. Outre ses merveilleuses créations, sa dimension sociale et spirituelle lui donne vite l’aura d’un exemple et, pour beaucoup, d’un prophète. Sa musique a touché tous les publics, transcendant les genres.

Un artiste prolifique…

La dimension de Bob est bien plus large que celle du simple chanteur capable de produire des succès populaires comme Is This Love ou Could You Be Loved. Exprimant à l’origine l’affirmation de la dignité et la valorisation d’une identité noire pour son peuple, bafoué par des siècles d’esclavage (Slave Driver, Redemption Song), de colonialisme (Music Lesson, Crazy Baldhead) et d’oppression économique (Revolution), il incarne, avec le mouvement rastafarien (Positive Vibration, War), l’éveil de son peuple à une révolution spirituelle contre un oppresseur qu’il décrit d’abord comme étant le fruit d’une imposture chrétienne (Get Up, Stand Up), voire païenne (Heathen), capitaliste (Rat Race), corrompu, raciste et hypocrite (Who the Cap Fit) à la fois. Parolier remarquable, capable de s’approprier avec naturel des formules du langage populaire, n’hésitant pas à aborder les thèmes les plus universels, Bob Marley reste d’abord un symbole d’émancipation et de liberté. Il est aussi devenu l’un des symboles universels de la contestation (Soul Rebel), voire de la légitime défense (I Shot the Sheriff). Il a dénoncé la négation de la personne noire, la falsification des cultures africaine et afro-américaine par le pouvoir et les religions de l’Occident, le travail des historiens à la solde de ces régimes (Zion Train, Music Lesson). Grâce au mouvement rasta (Forever Loving Jah, Rastaman Chant), Bob Marley a ouvert une voie qui ne se limite pas à la protestation d’ordre colonial et post-colonial. Il a souhaité montrer à l’humanité, la falsification de l’histoire des peuples noirs. Il a aussi une approche de la Bible, jusque là essentiellement inédite et de plus en plus largement étudiée et reprise depuis. Son approche théologique rastafarienne, relayée par sa célébrité, fait ainsi de Marley l’objet d’un certain nombre de réflexions de nature hagiographique. Bob Marley a vendu plus de 200 millions de disques à travers le monde.

Vu la dimension de l’homme, la Côte d’Ivoire, véritable plate-forme culturelle, ne pouvait que surfer sur ses vibrations et la célébration de sa légende. Qui plus est, depuis toujours le reggae fait partie de l’univers culturel des Ivoiriens. En effet, de grandes stars de cette musique dont Alpha Blondy, Tiken Jah et autres Ismaël Isaac sont au firmament de la planète rasta. Par ailleurs, c’est bien souvent que les artistes ivoiriens, dits de variété, ouvrent une lucarne dans leurs albums à ce genre musical. Ce d’autant plus que le reggae se chante aisément dans pratiquement toutes les langues du pays. Tout cela a contribué à son enracinement et à sa vulgarisation en Côte d’Ivoire. Alors, quoi de plus normal que celui qui incarne la légende du reggae, Bob Marley, soit vénéré sur la troisième terre de la musique venue de la Jamaïque. Et cette année encore, Abidjan, considérée comme la 3ème plaque mondiale du reggae après Kingston (Jamaïque) et Londres (Angleterre) où les sonorités de cette légende continuent d’être adulées, va à l’instar du monde entier commémorer le 11 mai, à travers des spectacles dans de nombreux espaces dédiés au reggae, et des plages spéciales sur les antennes de plusieurs médias tant publics que privés.

Marley toujours vivant…

Les fanatiques, eux, seront parés aux couleurs jaune-or-vert-rouge-noir pour montrer leur attachement à la mémoire de leur icône. Le phénomène a pris une telle ampleur que les commerçants en ont fait une véritable aubaine. La plupart des rues de la capitale économique ivoirienne seront remplies de gadgets multicolores aux couleurs de la Jamaïque. Ils mettent à la disposition des mélomanes des chapeaux, des bracelets, des tee-shirts, des colliers… tous les articles parés aux couleurs du Reggae. Les points chauds de la ville d’Abidjan ne seront pas en reste. Comme à l’accoutumée le 11 mai, le village Rasta et autres Parker-Place seront plein à craquer. Même les petites buvettes de quartier vont suivre la tendance. Aucune autre musique n’a été jouée à côté du Reggae. Les artistes Reggae et les mélomanes y feront le show  pour rendre hommage à la légende ‘’vivante’’. L’atmosphère musicale sera pareille dans la plupart des autres grandes ville de la Côte d’Ivoire telle Bouaké, Yamoussoukro…où l’on écoutera en plus de la légende les chansons d’Alpha-Blondy, de Tiken Jah Fakoly, d’Ismael Issac, du Lucky Dube…Enfin que du reggae. Tous veulent montrer leur appartenance à la grande famille Rastafari. C’est clair, le « Pape » du Reggae demeure dans la conscience collective. La légende est bel et bien vivante en Côte d’Ivoire, à telle enseigne qu’elle a même suscitée un festival dédié à la musique née en Jamaïque : L’Abi-Reggae Festival. Il a vu défiler sur sa scène des pointures planétaires du reggae dont Morgan Heritage, les I-Threes, Mutabaruka, Ky-Mani Maley, Third World et Alpha Blondy. L’Abi-Reggae Festival ne réunit pas seulement que des artistes et des fanatiques, mais aussi des universitaires et autres spécialistes du reggae et du mouvement rastafari. Le festival n’a rien à envier aux plus grands festivals européens, tant au niveau de l’organisation que du contenu. Nous ne pouvons donc que tirer notre chapeau aux promoteurs de cet évènement Moussa Dosso, Ministre d’État, José Touré, businessman ivoirien installé aux États-Unis, et Azoumana Ouattara, professeur à l’Université de Bouaké.

Leurs avis

Alpha Blondy : « Bob a créé du boulot pour nous tous. C’est grâce à lui que vous connaissez Alpha qui n’est pas devenu un bandit. C’est grâce à Bob que j’ai pu exprimer mon message musical. C’est lui qui a montré que les enfants des ghettos peuvent aller conquérir le monde. Je suis un disciple de Bob Marley. Contrairement à ce que disent les journalistes qui parlent de moi comme le Bob Marley africain, il ne peut pas y avoir deux soleils dans le ciel, et Bob est ce soleil pour tous les enfants de la diaspora ».

Tiken Jah : « Le reggae est une musique militante, engagée. Le reggae est la musique des sans voix. Le reggae est la musique qui rime avec la politique, on l’a vu d’ailleurs en Jamaïque lors du One Love Peace Concert. Je me considère donc comme la voix des sans voix et je suis le porte-parole de ces sans voix face aux politiciens. Nous, les chanteurs de reggae, on dit très haut ce que cette majorité marginalisée et exploitée pense tout bas. Nous venons crier très haut les douleurs qu’ils connaissent, les malheurs qu’ils vivent au quotidien. Ça c’est le rôle du reggae, c’était le rôle de Bob Marley et en ce qui me concerne, je suis le chemin tracé par Bobo Marley. Le reggae est la musique de ceux qui sont victimes des injustices (…) La Côte d’Ivoire a eu la chance d’avoir une langue qui est le malinké ou dioula, une langue parlée en Guinée, au Liberia, au Sénégal, en Gambie, au Mali, au Burkina Faso, en Mauritanie… du coup, le reggae chanté dans cette langue-là a couvert tout cet espace et automatiquement  notre message a touché tous ces pays ».

Fadal dey : « C`est une fierté de voir que, malgré sa disparition, celui qui a propulsé la musique reggae n’est pas tombé dans l`oubli. Bob Marley ne vient pas d`un pays riche. La Jamaïque est un pays du tiers monde mais connu à cause de cette musique. C`est donc une fierté et je souhaite que chaque année la date anniversaire de la mort de Bob Marley soit célébrée… On pouvait même organiser un festival tous les 11 mai et détourner le regard du monde entier vers la Côte d`Ivoire ».

Rémi Coulibaly (journaliste) : «  Le 11 mai démontre la valeur universelle et intemporelle de la création artistique. En outre, 35 ans après sa mort, Bob Marley prouve que le talent, allié à une culture du travail bien fait et la quête de l’excellence, sont la clé du succès. Mais bien plus, au-delà des effets de mode, les musiques inspirées, comme le reggae par la force des textes, parlent à l’humanité en guise de repères et de sens à donner à notre existence ».

Encadré

La communauté rasta ivoirienne serait forte de 2500-3000 membres dans le pays. Et même si le reggae a du succès, « fous », « sales » mais surtout « drogués » sont des mots qu’on continue d’entendre, par-ci et par-là, pour qualifier les adeptes de la musique de Bob Marley. Et pour cause, il faut le reconnaître, l’occasion de l’hommage au ‘’Pape’’ du reggae est un ‘’laissez-passer’’ pour s’en fumer une ou si vous préférer pour se droguer. En effet, dans tous les espaces dédiés à cette célébration, la fumée blanche plane dans l’air. Hommes, femmes, tous fument des joints comme si le reggae et la drogue étaient intimement liés. Alors que c’est archifaux ! Il serait opportun pour les fanatiques de se remettre en cause, afin d’effacer cette étiquette de drogués qui leur est collée au corps. Car la philosophie reggae prône les valeurs de tout ce qui est sain pour le corps humain.

 Par Franck Jorim

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