Afrique du Sud: le bateau Zuma prend l’eau

En Afrique du Sud, une semaine difficile s’annonce pour le président Jacob Zuma et son parti l’ANC. La semaine dernière, le chef de l’Etat a remanié son gouvernement et a notamment limogé son ministre des Finances, Pravin Gordhan. Une décision qui a provoqué un tollé y compris au sein de son propre parti. La mise à l’écart de Gordhan est perçue comme une tentative de la part du président de mettre la main sur le Trésor sud-africain.

Manifestation à Pretoria en novembre 2016 réclamant la démission de Jacob Zuma.

C’est une semaine décisive pour le chef de l’Etat. Les opposants et les partisans du chef de l’Etat sont en train de se mobiliser. Ce lundi, il y avait une première petite manifestation, ce matin, de la société civile devant le siège du gouvernement à Pretoria. Environ 200 personnes étaient rassemblées pour demander la démission du chef de l’Etat. Une autre manifestation est prévue ce vendredi devant le siège de l’ANC.

Le principal parti d’opposition appelle les députés de l’ANC à soutenir la motion de défiance contre le président Zuma. L’opposition a en effet demandé à ce qu’une motion soit débattue au Parlement. La présidente de l’Assemblée, Baleka Mbete, qui est une proche du président, a indiqué qu’elle étudiait la question.

Selon Mmusi Maimane, de l’Alliance démocratique, des députés du parti au pouvoir pourraient se joindre à eux. « Personne n’appelle à un changement de régime. Nous sommes très clairs là dessus. Cette motion n’est pas pour se débarrasser de l’ANC. L’ANC a été élu par la majorité des gens de ce pays, et nous le respectons. Ce que nous voulons c’est se débarrasser de Jacob Zuma et élire à sa place quelqu’un qui est dévoué à ce pays », assure-t-il.

Il faudrait qu’environ 50 députés ANC ou du Parti communiste rejoignent l’opposition pour que cette motion passe. Certains députés ANC pourraient être tentés de voter en faveur. Mais il s’agit d’un vote ouvert. Et si la motion ne passe pas, les députés ANC qui ont voté pour pourraient avoir de sérieux problèmes.

Le PC appelle à la démission

Parallèlement, on sait que la direction de l’ANC, le NEC (National Executive Committee) se réunit ce lundi. Il s’agit des six cadres les plus importants du mouvement, dont fait partie Jacob Zuma. Ces six cadres sont divisés, puisque trois d’entre eux ont publiquement critiqué le remaniement ministériel de la semaine dernière.

Il y a dans le même temps une réunion au Parti communiste, l’allié historique de l’ANC. Ce week-end, le PC sud-africain a appelé Jacob Zuma à démissionner. C’est une première. La semaine dernière, le parti de Blade Nzimande avait fait savoir son opposition à ce remaniement ministériel drastique.

Enfin, dernier front : la commission d’intégrité de l’ANC devrait envoyer un courrier au chef de l’Etat lui demandant de démissionner. Cette commission est chargée de rappeler à l’ordre ceux qui contreviennent à l’éthique du parti. Mais elle n’a aucun pouvoir.

La semaine est donc décisive pour le président Jacob Zuma, dont on attend la contre-offensive. En Afrique du Sud, il est surnommé « le président aux neuf vies », car même quand il semble politiquement mort, il arrive toujours à rebondir.

Rfi.fr