Alain Juppé tacle l’idée des référendums de Nicolas Sarkozy

L’ex-chef d’État a promis, s’il est élu, de consulter les Français sur la question du regroupement familial et sur l’internement des fichés S « les plus dangereux ».« Par le petit bout de la lorgnette ». C’est ainsi qu’Alain Juppé a qualifié lundi la manière dont Nicolas Sarkozy aborder les sujets, alors que l’ex-chef de l’État a proposé vendredi d’organiser s’il est élu deux référendums sur la sécurité et l’immigration. Dans un billet, publié lundi sur son blog et intitulé « Du bon usage du référendum », Alain Juppé estime que « les questions posées, telles qu’elles sont envisagées aujourd’hui, ne sont pas à la hauteur des enjeux ». « Je dirais même qu’elles abordent le problème par le petit bout de la lorgnette », ajoute-t-il.

« Veut-on faire la courte échelle au Front national en focalisant tout sur le regroupement familial, les fichés S… voire le rétablissement du cumul des mandats? » s’interroge le maire de Bordeaux, estimant que faire des référendums au moment des élections législatives va « créer de la confusion dans les choix de nos concitoyens« . « Les propositions qui se succèdent ces jours-ci ne me semblent pas s’inscrire dans cette belle idée » du référendum tel que le général de Gaulle l’envisageait, déplore l’ex-Premier ministre.

« Excessif » de suspendre le regroupement familial

Le regroupement familial, que Nicolas Sarkozy propose de suspendre et sur lequel l’ex-président veut consulter les Français, « concerne à peine plus de 10.000 personnes sur les 200.000 nouveaux arrivants sur notre sol », écrit Alain Juppé. « J’ai proposé de durcir les conditions de son application, mais il me semble qu’il serait excessif de le suspendre », redit le maire de Bordeaux.

Alain JuppéCrédit : SIPA.Alain Juppé

Concernant l’autre référendum récemment proposé par Nicolas Sarkozy sur les fichés S « les plus dangereux« , Alain Juppé estime, et répète, que « pour les fichés S considérés comme potentiellement dangereux, la justice peut engager des poursuites; l’état d’urgence permet des placements en résidence surveillée; il ne faut pas exclure le placement en centres de rétention, à la condition qu’il se fasse avec intervention du juge judiciaire ». Et de citer Montesquieu, un de ses auteurs fétiches: « Montesquieu écrivait que les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. Il en est de même des référendums. »