Allemagne: le chœur de Ratisbonne rattrapé par un vieux scandale de pédophilie

Un rapport d’enquête dévoilé ce mardi relance le scandale des violences physiques et sexuelles subies dans le passé par des enfants membres du chœur de Ratisbonne dans le sud de l‘Allemagne. Le document affirme que plus de 540 enfants, passés par le célèbre chœur catholique, ont été victimes de maltraitance pendant près de 50 ans. Certains d’entre eux – 47- auraient même été violés ou agressés sexuellement. Le chœur de Ratisbonne, un des meilleurs du monde, est une institution millénaire en Allemagne.

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Le scandale qui touche depuis 2010 le célèbre choeur catholique de Ratisbonne refait surface.

« La prison, l’enfer, un camp de concentration » Les termes utilisés par les anciens membres du chœur de Ratisbonne pour décrire leurs sévices témoignent du traumatisme subi par les victimes. Des victimes bien plus nombreuses qu’on ne le pensait. Le rapport présenté parle de 547 cas de violences corporelles et sexuelles depuis la fin de la guerre jusqu’au début des années 90. Un rapport intermédiaire présenté à la fin de l’année dernière faisait état de 231 enfants victimes de mauvais traitements. Depuis, leur nombre a donc plus que doublé. Le rapport remis ce mardi estime que le chiffre exact des victimes est sans doute supérieur et pourrait atteindre 700 personnes.

Des centaines d’anciens membres du chœur se sont manifestés après que les premiers cas ont été révélés. Des privations de repas jusqu’au viol en passant par de mauvais traitements physiques, la liste des sévices subis par les élèves de cette institution, victimes d’un règlement des plus stricts et de responsables parfois sadiques, est longue.

Pas de poursuites pénales

Les faits concernés par l’enquête confiée à un juriste extérieur à l’Eglise catholique sont prescrits et ne donneront pas lieu à des poursuites pénales contre les 49 auteurs présumés. Mais les victimes seront indemnisées par l’évêché de Ratisbonne qui versera entre 5 000 et 20 000 euros à chaque personne concernée. Des représentants des victimes font partie de l’instance chargée d’octroyer ses indemnisations. Trois cents dossiers ont été jusqu’à présent déposés.

L’évêque Rudolf Voderholzer s’était excusé l’an passé auprès des victimes. Son prédécesseur Gerhard Müller, jusqu’à il y a peu préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) au Vatican, s’est vu reprocher d’avoir empêché que toute la vérité soit faite sur ce scandale. Il avait initialement dénoncé « une affaire montée en épingle par les médias ».

Pas de dimension humaine

L’auteur du rapport estime que l’ancien responsable du chœur Georg Ratzinger qui l’a dirigé durant trente ans de 1964 à 1994 n’était pas au courant des agressions sexuelles subies par des membres du chœur mais avait fermé les yeux sur les violences physiques endurées par d’autres. Son successeur Roland Büchner estime aujourd’hui que le frère de l’ancien pape Benoit XVI ne pensait qu’à la prestation artistique du chœur, un des plus connus au monde, et ne s’intéressait que peu à la dimension humaine de l’institution. Et Hübner d’ajouter : « La qualité du chœur doit être à la hauteur, mais pas à n’importe quel prix ». Un responsable de l’évêché de Ratisbonne a reconnu que des erreurs avaient été faites après les révélations sur ces affaires. Il a plaidé pour une réaction plus proactive de l’Eglise à l’avenir.

Cette affaire fait écho à d’autres scandales de pédophilie au sein de l’Eglise catholique. En Allemagne, des révélations il y a quelques années sur des agressions sexuelles subies dans les années 70 et 80 dans un lycée jésuite très connu avaient, elles aussi, choqué.

Pascal Thibaut
Rfi.fr