Argentine: 700 bourreaux de la dictature pourraient voir leur peine réduite

En Argentine, la Cour suprême a octroyé pour la première fois à un responsable de crimes contre l’humanité le bénéfice d’une loi qui permet de réduire sa peine de prison. La loi connue sous le nom de « deux pour un », consiste à compter double chaque jour passé en prison préventive pour les détenus qui seraient restés dans cette situation pendant plus de deux ans. La loi avait été promulguée en 1994 puis remaniée en 2001, pour désengorger les prisons. Mais jusqu’à présent, elle n’avait jamais été appliquée aux personnes condamnées pour les crimes commis pendant la dictature. Les associations de droits de l’homme dénoncent un dangereux précédent qui pourrait faire jurisprudence et concerner plus de 700 militaires, paramilitaires et policiers condamnés pour crimes contre l’humanité.

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Les Mères de la Place de Mai s’élèvent contre une décision qui pourrait faire jurisprudence sur les peines de prisons de 700 personnes condamnées pour crime contre l’Humanité durant le dictature.

Le paramilitaire Luis Muiña avait été condamné en 2011 à 13 ans de prison pour tortures, enlèvements et autres crimes contre l’humanité pendant la dictature. Il avait à plusieurs reprises demandé à bénéficier de la loi dite « deux pour un », en vain. Cette fois, la Cour suprême a donc accédé à sa requête, ce qui a provoqué la colère des associations de défense des droits de l’homme.

« Selon cette décision, cette loi pourrait bénéficier à des centaines de responsables de la répression qui ont été en prison préventive et qui peuvent désormais obtenir des réductions de peines très importantes et même demander une remise en liberté après avoir purgé les deux tiers de leur condamnation, explique Estela de Carlotto, la fondatrice des Mères de la Place de Mai.

Pour le peuple, le message est très clair: cette décision ne nous touche pas directement car nous avons déjà subi le pire il y a quarante ans. En revanche, elle va nuire aux enfants, aux petits-enfants, et aux arrière-petits-enfants du peuple. Ce qui n’est pas jugé et pas condamné est amené à se répéter, d’une autre façon ! Mais celui qui pense autrement pourrait subir un jour ce que nos propres enfants ont subi : les 30 000 disparus » , s’emporte-t-elle.

Le ministre de la Justice German Garavano s’est montré prudent sur la décision de la Cour suprême. Mais selon lui, cette loi est l’une des pires de l’histoire du pays, et ne devrait en aucun cas être appliquée.

Rfi.fr