Asie centrale: la montée de la radicalisation islamiste

Au lendemain de l’attentat du métro de Saint-Pétersbourg, qui a fait au moins 11 morts, les premiers éléments de l’enquête semblent confirmer que le kamikaze est originaire du Kirghizistan. Ce n’est pas la première fois qu’un ressortissant d’un pays d’Asie centrale est impliqué dans un attentat terroriste. C’était le cas par exemple lors des attentats d’Istanbul, dans une discothèque en janvier 2017 et à l’aéroport Atatürk en juin de l’année précédente.

Avec notre correspondant régional, Régis Genté

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Un homme dépose une bougie sur un autel à la mémoire des victimes de l’attentat du métro de Saint-Pétersbourg, le 4 avril 2017. 

Selon le FSB, les services de renseignements russes, au moins 7000 ressortissants de l’ex-URSS auraient rejoint les rangs des jihadistes en Irak et en Syrie et plus de la moitié d’entre eux proviendraient d’Asie centrale.

Le kamikaze présumé, Akbarjon Djalolov, serait lui né dans le sud du Kirghizistan, à Och, en 1995. Les services de sécurité kirghizes soulignent qu’il est probable qu’il a acquis la nationalité russe. Un détail distillé afin de dire que ce n’est pas au Kirghizistan qu’il a probablement été recruté, mais en Russie. Interrogé par RFI, David Gaüzère, président du centre d’observation des sociétés d’Asie centrale, explique que l’auteur présumé de l’attentat est « originaire du sud-ouest du Kirghizistan, qui est la vallée du Ferghana, une zone à peuplement majoritairement ouzbékophone ».

Beaucoup de djihadistes originaires d’Asie centrale que l’on retrouve dans les rangs du groupe Etat islamique, à Mossoul notamment, ou au sein de groupes affiliés à al-Qaïda sont en effet recrutés dans le milieu des migrants du travail en Russie. Plus de 5 millions de travailleurs étrangers y sont employés sur les chantiers de construction ou les marchés, souvent dans de mauvaises conditions et victimes de la précarité.

Certes, beaucoup de ces jihadistes ont pu se radicaliser dans leur pays d’origine. La pauvreté, la corruption, la nature autoritaire de ces ex-républiques soviétiques, l’expliquent en partie. Mais attention aux clichés : les jihadistes sont souvent plus éduqués que la moyenne et ne sont pas forcément les plus démunis. L’injustice qui règne dans la région ou envers les migrants en Russie est aussi à prendre en compte. Le tout sur fond de vide idéologique et d’islamisation de la société.

Rfi.fr