Attentat en Somalie: vague de solidarité alors que le décompte macabre continue

Le gouvernement somalien poursuivait ses efforts lundi 16 octobre pour aider les familles des victimes de l’attentat de samedi à Mogadiscio à retrouver la trace de leurs proches disparus. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la Somalie : de source médicale, plus de 300 personnes ont été tuées et 300 autres ont été blessées. Deux jours après, cet attentat entraîne une grande vague de solidarité.

Un blessé est évacué par avion vers la Turquie, le 16 octobre 2017.

Depuis longtemps, les attentats quasi quotidiens à Mogadiscio ne faisaient plus la une des médias internationaux. Mais l’attaque sans précédent du Kilomètre 5 a remis la Somalie au centre de l’attention.

Plusieurs pays ont montré une solidarité symbolique. A Paris, par exemple, la Tour Eiffel s’est éteinte à minuit. 

D’autres ont envoyé une aide matérielle. En première ligne, la Turquie (lire notre encadré). Lundi, un avion médicalisé a transporté 39 blessés à Istanbul. Djibouti a de son côté envoyé trente médecins.

Deux jours après l’explosion, Ahmed Mohamed est toujours choqué par les images de l’attentat du kilomètre 5.
Les Somaliens de Nairobi au Kenya horrifiés.

Les Etats-Unis, qui appuient les troupes somaliennes, se sont dits prêts à renforcer leur soutien. Certains ont néanmoins rappelé que depuis janvier, Washington restreint sévèrement l’obtention de visas pour les Somaliens.

A (RE)LIRE → Pourquoi l’attentat sans précédent à Mogadiscio n’est pas revendiqué ?

A Mogadiscio, la solidarité est également de mise. Les gens affluent dans les hôpitaux pour donner leur sang, comme Mukthar Robow, l’un des fondateurs des shebabs. Repenti depuis 2012, l’homme a fortement condamné l’attaque.

Des cadavres non identifiés enterrés

Des dizaines de corps ont été enterrés. 165 dépouilles non identifiées ont notamment été inhumées et le décompte macabre va continuer car les fouilles se poursuivent sur les lieux de l’attentat.

« Parfois on entend des cris sous les gravats et un survivant est sauvé. Mais la plupart du temps, les secouristes dégagent des cadavres », explique un habitant.

Certaines tragédies deviennent tristement célèbres, comme celle d’une étudiante en médecine qui devait être diplômée lundi. Son père, venu spécialement de Londres pour assister à la cérémonie, devra finalement assister à ses funérailles.

La Turquie, un soutien pas désintéressé

Avec notre correspondant à Istanbul, Alexandre Billette

Dès après l’attentat, un pays s’est empressé de fournir de l’aide humanitaire et des premiers secours : la Turquie de Recep Tayyip Erdogan.

Preuve de l’importance de l’opération menée par la Turquie, le ministre de la Santé s’est rendu à Mogadiscio lundi accompagné d’une trentaine d’humanitaires, de médecins et d’experts, de matériel de premiers secours et pour trouver des survivants.

Ankara a également initié un pont aérien pour soigner les blessés ; au moins quarante personnes ont ainsi été acheminées par avion vers des hôpitaux militaires en Turquie.

Cet empressement turc ne surprend pas lorsque l’on sait que Recep Tayyip Erdogan a fait de la Somalie la vitrine de la Turquie en Afrique : investissements commerciaux, aide humanitaire, visites diplomatiques, formation militaire…

Le président turc entend ainsi se poser en leader régional musulman, mais avec une arrière-pensée économique : en espérant que les géants des BTP, souvent proches du pouvoir, soient les premiers en Somalie lorsqu’il faudra reconstruire le pays.

Rfi.fr