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Bassam revit

Samedi 19 Mars, une marche organisée par les autorités de la ville de Bassam se tient dans la ville historique. A ces personnalités politiques, des artistes de renom ont tenu à prendre part à l’évènement : la reggae star Alpha Blondy, Asalfo du groupe MAGIC Systeem, le producteur télé Georges Tailly Benson (fils de Bassam), la chanteuse Bétika (également fille de Bassam), Noel Dourey et bien d’autres font partie des marcheurs. Des 8 h30, de longues processions s’ébranlent dans la ville. Le soleil est au rendez-vous. Parmi la multitude qui s’est invitée à la marche, de nombreux Européens. Notamment des Français venus en masse participer à cet élan de solidariste. Cette marche a pour point d’orgue ‘’l’Etoile du Sud’’, située dans la partie sud de ville. Nos équipes sur place suivent la manifestation de bout en bout.

 

Resté en arrière-plan, depuis Abidjan, nous décidons de prendre la route des 12 h 30, ce samedi. Traditionnellement à cette heure de la journée, des bolides ou des cars bondés de passagers se lancent sur l’axe menant à Grand-Bassam. Le week-end pour beaucoup d’Ivoiriens et les habitants de la ville d’Abidjan, rime avec une escapade sur Bassam, Assinie et toute autre station balnéaire de proximité. Lancé à toute vapeur, nous avalons la quinzaine de kilomètres qui séparent le 43e BIMA (le camp militaire français de Port-Bouet) et les premières enseignes situées sur l’ancienne voie menant à Bassam. Constat : la fluidité du trafic. Quand bien même la nouvelle autoroute explique en partie la facilité avec laquelle l’automobiliste rallie parti d’Abidjan, relie désormais Bassam, on est tout de même frappé par l’absence du moindre petit bouchon. Qu’à cela ne tienne, nous décidons de marquer un arrêt au village d’Anani, porte d’entrée des plages et autres espaces de divertissement.

 

Fait notable, aucune voiture ou de bus n’est visible dans les parkings attenants à ces lieux. Traditionnellement à  cette heure de la journée, les samedis et dimanche, les véhicules d’excursion et autres se disputent ces espaces. L’effet de la psychose ? Arsène, l’un des jeunes managers qui hèlent les  véhicules aux portes d’entrées d’un des plages confirme : « Vous-même vous voyez, monsieur le journaliste il n’y pas encore de véhicule chez nous. Or le samedi à cette heure, il y’a des centaines de clients ici. » Même son de cloche au « Boulgou », autre plage situé au cœur de l’axe  des plages situées entre le village d’Anani et Modeste. «On n’a pas encore de clients. Il est presque 13 h. D’habitude à cette heure précise, nos clients passent à table, après s’être baigné. Et c’est en ce moment que nous recevons les retardataires jusqu’à 14 h, 15 h. Vous-même vous êtes témoins. Il n’ya personne. » Nous dit un jeune homme, lui aussi, pressé d’aller se mettre sur la route pour continuer de héler ses clients.

 

Apres ces escales, nous décidons de continuer notre route vers Bassam. Tout au long du parcours, nous jetons de temps un œil sur le bord des plages. Le constat est frappant : ces endroits souvent engorgés les week-ends sont presque vides.

 

Une fois à Bassam, direction la Mairie, point focal de la marche entamée, depuis le matin. Nous arrivons pile poil à l’heure des allocutions. Fait notable : Le collectif des français résidents en Côte d’Ivoire y est remarquablement représenté. Un euphémisme ? Le quartier France de Grand Bassam, est un des vestiges du colonialisme français.  Ce quartier situé à quelques centaines de mètres de la plage et des lieux des événements dramatiques, abrite aussi la Mairie. Avec l’ambassadeur de France, Georges Serre, cette communauté est venue manifester sa solidarité aux populations de l’ancienne capitale de Côte d’ Ivoire. Nous avons tendu notre micro a certains parmi eux. Le discours était le même : montrer au monde entier cette solidarité et manifester leur  amour pour Grand-Bassam qui au-delà de l’histoire, reste une ville attachante, ouverte et où il fait bon vivre. Tous, en chœur ont emboité le pas à l’ambassadeur de France pour inviter le monde entier à tuer la peur de se rendre à Grand-Bassam.

 

Apres la Mairie, nous mettons le cap sur les théâtres des opérations. Première escale le couloir menant à l’Etoile du Sud. Remarque : le lieu est « infesté’ des forces de l’ordre. Il faut montrer patte blanche. Tout véhicule pour accéder à ces lieux se soumet à une fouille systématique. Un agent de sécurité, arme au poing, avec qui nous échangeons se veut clair : « Nous faisons notre travail, monsieur le journaliste. Souffrez que nous passons au peigne le coffre de votre voiture et votre matériel de travail.  Vous pouvez écrire que nous avons reçu des consignes fermes de nos responsables ». Même son de cloche au «Wharf», du propriétaire Alassane Ouattara (à ne pas confondre avec qui vous savez). Nous sommes fouillé, là  également, avant d’accéder à ce lieu. Mon collègue Athanase Konan, déjà présent quelques heures auparavant, avec l’équipe technique composée de photographes et du cameraman avait déjà filmé et interviewé Noel Dourey et la bande d’artistes chanteurs  et de comédiens à cette plage. Il faut dire que le «Wharf» a échappé de justesse à la folie meurtrière des assaillants de ceux qui ont endeuillé dimanche, la ville classée patrimoine de l’Unesco. « Il faut saluer la promptitude avec laquelle notre patron a géré la situation », explique  un des assistants de proprio, Ouattara, qui s’était quelque peu  absenté des lieux. «Comme c’est un ancien gendarme, avec son calme, il a fait évacuer la plage et ceux qui se baignaient dans la piscine, au moment où les tirs des terroristes se rapprochaient. Il a mis à l’ abri  tout le monde dans les chambres.  C’est ainsi quand les assaillants sont arrivés à notre niveau, ils ont trouvé le coin vide. Juste derrière nous, après ce mur que vous voyez, il y’a eu 8 personnes tuées. Et même, le mardi, la mer a rejeté un corps qui s’est échoué non loin de notre place » fini-t-il se s’expliquer.

 

Hommage aux victimes de Bassam (46)Les artistes réunis sur la plage ce samedi y étaient un peu pour conjurer cette barbarie perpétrée par les terroristes. Autour de Georges Benson, ces artistes ont répété sous nos yeux, les paroles de cette chanson en hommage aux victimes du 13 Mars. De Noel Dourey au comique Guei Veh, tous arboraient des t-shirt avec un message clair adressé à la face du monde : « GRAND-BASSAM DEBOUT! » ou « BASSAM BE DJOUAZO ! » en N’zima, la langue locale.

 

Pour prendre le pouls totale de la ville, encore groggy de cette attaque meurtrière, nous quittons la bande joyeuse d’artistes attablés autour de victuailles et de vin rares, pour nous déporter en ville. Notre escale s’arrête au maquis « QG du Zouglou », du promoteur Sery Didier il est 16 h 30, ce samedi. Les décibels de ce top maquis de la ville déchirent les airs. Nous sommes accueillis par des sons des Zouglou Makers. Le coin à cette heure, est bondé de noceurs. Ici exit les autres rythmes urbains. Le disc-joker ne sert que la musique inspirée par Didier Bilé et des Parents du Campus, qui pour info, est originaire de Grand-Bassam. Ça et là, quelqueqs petits groupes, sont attables dans ce lieux capables d’accueillir un demi-millier de personnes. Quelques jeunes rencontrés, habituées du maquis lancent unanimement : « Nous n’allons pas nous laisser faire par les assaillants. Ecrivez, monsieur le journaliste, que nous n’avons pas peur d’eux. Nous allons continuer de vivre comme par le passé. Les Ivoiriens sont formidables. Si vous venez ici la semaine prochaine, vous verrez que le maquis sera plein comme un œuf. »

 

Apres des heures au maquis « Le QG du Zouglou », notre randonnée se poursuit chez Gnizako, le gérant du complexe et night-club Ibiza. Ici la discothèque est contiguë à un restaurant situé au toit du bâtiment qui surplombe ce qui pourrait comparer à la « Rue Princesse » de Bassam.  Gnizako nous convie à un copieux diner. Sur le coup de 22 h, nous retournons au « Wharf Hôtel » où  des chambres nous ont été gracieusement offertes par notre ami, le propriétaire Alassane Ouattara. Malgré la présence des forces de l’ordre dans le secteur, à cette heure, une petite peur se lit sur les visages de certains membres de mon équipe. A cette heure évidemment point de flâneur sur la plage. De nos chambres, on pouvait entendre le rugissement de mer, dont le niveau la nuit, est différent de celui diurne. Coïncidence : ma chambre est mitoyenne à celle d’où les premières images de la tragédie ont été captées par un vacancier. Je me hasarde à sortir mon appareil photo pour reconstituer les angles du shooting  des premières images diffusées sur les écrans télé du monde. Chose exceptionnelle, le tourneur d’un jour était dans sa chambre, endormi.

Bassam revit (28)Juste après une heure de pause, retour en ville. Direction le club Ibiza. Il 23 h 40. La discothèque à cette heure ne connait pas encore l’affluence. Je retrouve Hervé, un vieil ami, perdu de vue depuis. Fils de Grand –Bassam, lui aussi a décidé ce soir-là de faire un tour en ville. Un peu pour défier les terroristes et autres barbares qui n’attendent plus rien de la vie. Par grappe, la discothèque se remplie progressivement. On décide de faire un tour dehors, histoire de jeter un œil a quelques maquis surchauffés de cette rue grouillante. En face de l’Ibiza, un spectacle s’offre à nous. Dans le maquis voisins, de jeunes gens font des cabrioles sur des airs de coupé décale. Leur show rameute des curieux. Les flashs des photographes et la vue de notre cameraman leur donne du tonus. Ils proposent même un ballet chorégraphique sur des airs de Debordo Leekumfa. « Ici, c’est comme ça les week-end. Ces jeunes viennent s’éclater pour leur propre plaisir, sans attendre une quelconque rétribution de la clientèle », nous confie le gérant.

Retour à l’Ibiza. L’ambiance est montée d’un cran, dans le club du gérant Gnizako. Ce n’est pas encore l’affluence des grands soirs. Un public respectable a néanmoins pris ses quartiers dans les grands salons du club. On note la présence quelques européens. Le team du comité Miss Côte d’Ivoire, avec son président Victor Yapobi en tête, est de la partie. Nous nous laissons gagner par l’ambiance, plus de deux heures durant dans discothèque, avant de quitter Bassam, aux environs de 1 h 30 du matin, avec la promesse de retourner sur cette station balnéaire restée debout, malgré la douleur des attaques terroristes.

 

Moses DJINKO

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