Bénin : 14 prisonniers toujours dans le couloir de la mort, selon Amnesty International

Bien que la peine de mort ait été abolie au Bénin, quatorze personnes sont toujours détenues dans le « couloir de la mort » de la prison d’Akpro-Misséréké, près de Porto-Novo, selon l’ONG qui a publié un rapport ce lundi 16 janvier.

L’absurdité de leur situation pourrait prêter à sourire si l’enjeu n’était pas aussi grave. Lundi 16 janvier, l’ONG Amnesty International a publié un rapport attirant l’attention sur le sort de quatorze personnes détenues dans les prisons béninoises. Leur particularité ? Toutes ont été condamnées à la peine capitale et attendent donc dans un quartier spécial de la prison d’Akpro-Misséréké, non loin de Porto-Novo, dans des conditions qu’Amnesty qualifie de « mauvaises ».

Une jurisprudence qui interdit de fait les exécutions

Mauvaises, mais surtout inadaptées à la jurisprudence béninoise puisque après avoir adhéré au protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 2012, une première étape vers l’abolition de la peine de mort, celle-ci a été définitivement rejetée de la liste des sentences envisageables dans le pays en 2016. Depuis deux décisions de la Cour constitutionnelle béninoise, la peine capitale y est abolie de fait.

La conséquence logique de cette jurisprudence aurait été de voir commuer les peines des condamnés à mort, ce qui n’est pas encore le cas. C’est pourquoi Amnesty International dénonce « l’horrible incertitude qui pèse sur ces quatorze hommes », toujours officiellement condamnés à mort. « La crainte de la mort est souvent pire que la mort elle-même », témoigne ainsi Christophe Azonhito Yaovi, un détenu de 54 ans, condamné à mort en 1998, interrogé par l’ONG. Outre cette inquiétude, les conditions dans lesquelles sont détenues ces personnes, qui partagent la même cellule depuis leur incarcération il y a 17 ans, posent problème.

« Traitements cruels, inhumains ou dégradants »

Punitions collectives lorsque l’un d’entre eux enfreint le règlement, restrictions sur les visites, plages horaires restreintes pour les promenades, nourriture insuffisante… Les détails sur les mauvais traitements qui sont infligés aux détenus ne manquent pas dans le rapport. Trois de leurs camarades sont même morts par manque de soins après avoir contracté le paludisme et la tuberculose. Un traitement que l’ONG dénonce comme pouvant « s’apparenter à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »

Interpellé par Amnesty International, le ministre de la Justice béninois a assuré que les condamnés ne seraient pas exécutés, mais a précise également que le gouvernement n’a pas le pouvoir de commuer leurs peines. Pour les détenus, le seul espoir de se voir rétablir dans leurs droits repose soit sur la décision d’un juge, soit sur un vote à l’Assemblée Nationale.

Barthélémy Gaillard
Jeune Afrique