Au Bénin, le maintien en détention de Sébastien Ajavon met Cotonou en ébullition

Le « roi du poulet », accusé de trafic de drogue, a passé une cinquième nuit en garde à vue. Ses partisans ne faiblissent pas alors l’enquête suscite des interrogations.

Mercredi matin 2 novembre, Sébastien Ajavon, « roi du poulet » et président du Patronat béninois, s’est réveillé d’une cinquième nuit de garde à vue à la gendarmerie Xwlacodji de Cotonou. Accusé de trafic de drogue, le millionnaire, arrivée troisième au premier tour de la présidentielle le 6 mars 2016, peut se consoler de n’avoir pas été oublié par ses partisans – bien au contraire. Ceux-ci n’ont pas quitté les abords de la gendarmerie ni ceux du tribunal de première instance, où leurs coups de sifflet, leurs battements de main et leurs slogans « Libérez Ajavon ! » ont rythmé l’attente, vaine pour l’instant.

A Cotonou, le 31 octobre 2016, des supporteurs de l’homme d’affaires béninois Sébastien Ajavon réclament la libération du « roi du poulet », en garde à vue depuis le 28 octobre pour un prétendu trafic de drogue.

« Nous sommes prêts à en découdre. Ils doivent libérer Ajavon », affirme avec véhémence Laurent, un instituteur venu manifester. Dans la journée de lundi, des partisans du riche homme d’affaires, plus gros importateur de volaille congelée dans le pays, ont même bloqué la route reliant Cotonou à Lomé, au Togo voisin, provoquant des embouteillages monstres.

Pendant ce temps, Badirou Lawani, le procureur de la République chargé du dossier, et le principal avocat de Sébastien Ajavon, Me Jacques Migan, ont apporté dans leurs conférences de presse respectives des versions contradictoires de la saisie effectuée vendredi matin 28 octobre d’un sac contenant 18 kg de cocaïne dans un conteneur destiné à COMON SA, la société d’importation du magnat, arrêté avec trois de ses employés. L’enquête a été confiée à une commission mixte mise en place par le parquet.

Pour le procureur, ce ne sont que deux conteneurs de gésiers de dinde congelés que COMON SA attendait du Brésil, à bord du navire MSC-Sophie, chargés à Las Palmas et arrivés au port de Cotonou après une escale à Lagos. Pour l’avocat, ce sont seize conteneurs qui arrivaient à bord du MSC-Sophie. Et surtout, a-t-il insisté, le conteneur ciblé d’emblée par les autorités aurait été scellé avec des plombs obsolètes, qui ne sont plus utilisés par les transporteurs maritimes depuis sept ans.

« Détention arbitraire »

Plusieurs juristes et professionnels de la logistique ont relevé des incohérences dans la procédure. Un expert juridique ayant requis l’anonymat évoque notamment la présence de l’Office central de répression de trafic illicite de drogues (Ocertid) dans la commission mixte d’enquête « alors que l’Office n’était pas associé à l’ouverture du conteneur et avait refusé de prendre en charge le dossier ». Le juriste s’étonne également que la question des scellés obsolètes n’a pas été abordée par le procureur et parle d’un « amateurisme déconcertant » dans la conduite de l’enquête.

Alors que la garde à vue de l’homme d’affaires a été prolongée jusqu’à mercredi 2 novembre, le Bénin retient son souffle. Les rois traditionnels du pays commencent à prendre position, à l’instar de sa majesté Kpodegbe Toyi Djigla, roi d’Allada, qui a fait le déplacement de Cotonou pour dénoncer une « détention arbitraire ». En France, c’est Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat sous Nicolas Sarkozy et candidate à la présidentielle française de 2017, qui vole au secours de Sébastien Ajavon sur son compte Twitter : « Trente ans sans la moindre casserole et soudain ? Il semble qu’on veut nuire à l’avenir du Bénin ! », écrit-elle.

Le camp Ajavon en est convaincu, il s’agit d’un coup monté de toute pièce par le gouvernement ou l’administration de Patrice Talon, à qui Sébastien Ajavon s’était pourtant rallié au second tour de la présidentielle. « Il n’est un secret pour personne que, au vu de tout ce qu’on a comme informations, il est ici question d’un complot politique », a déclaré MJacques Migan au Monde Afrique. Des théories du complot qui se multiplient à la faveur du silence du gouvernement et du président. Patrice Talon, qui était en visite en Europe lors de l’arrestation de Sébastien Ajavon, aurait d’ailleurs rejoint Cotonou sur le même vol que la famille du patron des patrons.