Blocage de sites internet russes en Ukraine

Les actes de rupture entre l’Ukraine et la Russie se multiplient depuis le début de la guerre hybride entre les deux pays en 2014. Le président Petro Porochenko a signé un décret, le 16 mai, interdisant plusieurs sites russes dont 4 des 10 plus populaires en Ukraine. La raison invoquée  : mettre la pression sur la Russie, et lutter contre la guerre de l’information venue de Moscou. Mais en Ukraine même, la décision déclenche une vague de critiques.

Les logos des sites internet russe VKontakte et Odnoklassniki.

Ce sont plus de douze millions d’utilisateurs de VKontakte, le Facebook russe, et cinq millions d’abonnés de Odnoklassniki, l’équivalent de Copains d’avant, qui perdent accès à leurs comptes. Il y a aussi mail.ru un service de courriels qui compte des millions d’utilisateurs, et Yandex, un service de cartographie en ligne. Ce dernier, tous les chauffeurs de taxi de Kiev l’utilisent. En général, ce sont 468 sociétés, et 1 228 individus qui sont interdits en Ukraine par le décret présidentiel. Cela s’ajoute aux sanctions déjà préexistantes.

Le décret du président Porochenko s’inscrit dans le cadre d’une doctrine de la sécurité de l’information qu’il a signée en février. Une telle mesure était attendue, à un moment ou à un autre. Autant dire que les critiques étaient prêtes, et se sont déclenchées instantanément. Et d’abord sur la faisabilité d’une telle interdiction au XXIe siècle : il faudrait que l’Ukraine construise un nouveau « mur de Chine » de l’internet pour vraiment mettre en œuvre le décret. Cela nécessite investissements et compétences, dans un pays qui est connu comme l’un des premiers pays pirates au monde. Mais surtout, les internautes s’alarment de la perspective de vivre désormais sous un régime répressif.

Un décret qui prend pour cible les sites russes, mais aussi les utilisateurs ukrainiens

Pour l’exécutif, les réseaux sociaux venus de Russie sont des outils d’influence et de manipulation du Kremlin. Ils servent à créer des groupes de réflexion et de propagande qui aident les militants prorusses à coordonner leurs actions et cela a été prouvé en 2014, au début de la guerre.

Néanmoins pour la plupart des Ukrainiens, au-delà de la colère de perdre l’accès à leurs réseaux sociaux, l’interdiction est avant tout un aveu d’échec pour le gouvernement qui n’aura réussi trios ans après, à gagner la bataille de l’information contre la Russie et qui choisit la voie d’un « tout répressif ». Ce n’est pas la première fois qu’une telle interdiction voit le jour en Ukraine. En effet, un Ukrainien vient d’être condamné à deux ans et demi de prison pour avoir promu l’idéologie communiste sur internet. Il avait publié une photo du Capital, de Marx, avec un commentaire qui ne condamnait pas l’œuvre. Cette approche répressive pousse le chercheur Mikhaylo Minakov à affirmer que « l’Ukraine devient une nouvelle Russie. La seule exception, c’est que nous n’avons pas de pétrole ou de gaz ».

De l’urgence de l’interdiction à la pertinence de celle-ci

Pour bon nombre d’Ukrainiens, une interdiction totale indique que le gouvernement ne comprend pas internet. D’autres regrettent que l’Ukraine n’ait pas compris l’intérêt des réseaux sociaux. La militante des droits de l’homme Halyna Coynash explique que l’Ukraine gagnerait à se servir des réseaux russes pour prouver l’implication de la Fédération dans la guerre à l’est du pays.

De plus, que ce soit sur les réseaux sociaux nouvellement interdits ou sur d’autres plateformes, les idées des militants prorusses n’auront aucun mal à circuler.

Sébastien Gobert
Rfi.fr