Brésil: la Cour suprême reconnaît les territoires des tribus indiennes

Les Indiens du Brésil viennent de remporter une victoire devant la justice. La Cour suprême a rejeté, mercredi 16 août, une demande d’indemnisation d’une collectivité locale pour l’occupation du parc du Xingu, en Amazonie.

Avec notre correspondant à São Paulo,  Martin Bernard

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Des représentants de tribus indiennes lors de leur arrivée à la Cour suprême de Brasilia, le 16 août 2017.

7 à 0. C’est sur un score sans appel que les juges de la Cour suprême ont mis fin à une querelle juridique qui a duré plus d’un quart de siècle. A l’origine, l’Etat de Mato Grosso, dans le sud-ouest du Brésil, réclamait des indemnités en raison de l’occupation par les Indiens du parc national de Xingu, un immense territoire de plus de 2,5 millions d’hectares, en région amazonienne.

La justice a reconnu que les origines de ce parc remontaient à la nuit des temps, ainsi que son occupation par des tribus d’Indiens, et qu’il n’était donc pas possible d’indemniser qui que ce soit.

Une décision qui vise également à protéger les Indiens qui y vivent, comme les Guaranis. Certains d’entre eux étaient d’ailleurs venus manifester depuis mardi soir 15 août devant la Cour suprême, à Brasilia, avant de se réjouir du verdict de la justice, qui reconnaît officiellement leur droit à occuper ces terres. 

Au-delà des limites de ce parc, deux autres tribus d’Indiens ont également reçu l’aval de la Cour pour rester sur leurs terres : les Nambikwaras et les Parecis.

Une autre session concernant le droit d’occupation de terres des descendants d’esclaves dans plusieurs régions du Brésil a par ailleurs été reportée sine die mercredi, en raison de l’absence d’un juge.


Le « seuil temporel » qui fait controverse

Le conflit oppose les tribus indigènes et le puissant lobby de l’agro-industrie. En 2009, la Cour suprême avait pour la première fois restreint la reconnaissance des territoires. Dans un jugement, la Cour statuait que les autochtones pouvaient seulement revendiquer leurs terres ancestrales s’ils les occupaient déjà en 1988 au moment de l’adoption de la Constitution.

Jusqu’à présent, cette décision n’a pas fait jurisprudence. Mais plusieurs tribunaux de première instance l’ont utilisée pour rendre des verdicts défavorables aux Indiens.

Le gouvernement et les grands propriétaires souhaitent que cette notion de « seuil temporel » soit définitivement adoptée et appliquée. L’ONU de son côté dénonce une violation des droits des peuples indigènes si les autorités obtiennent gain de cause.

Les Indiens, eux, manifestent depuis des mois contre ce qu’ils appellent une « offensive conservatrice » du président Michel Temer, arrivé au pouvoir il y a un an.

D’après l’ONG le Congrès missionnaire indien (Cimi), près de 900 Indiens ont été assassinésdepuis 2003. Des crimes commis notamment par des hommes de main liés à des propriétaires terriens qui restent dans la plupart des cas impunis.

Rfi.fr