Brexit: l’épineux problème des ressortissants européens

Les citoyens européens installés au Royaume-Uni sont de plus en plus victimes de discrimination quand il s’agit de trouver un emploi, un logement, ou même de réserver des vacances. Récemment alerté de ces dérives, le gouvernement a promis de mener une enquête sur un phénomène engendré par le Brexit et qui affecte ces ressortissants à plusieurs niveaux.

Le principal quartier d’affaires de Londres, la City. Royaume-Uni, juin 2016.  

Cette discrimination totalement illégale se retrouve notamment dans des offres d’emploi qui spécifient désormais que le candidat doit disposer d’un passeport britannique et aussi prouver qu’il a obtenu le droit de résidence permanente au Royaume-Uni. Même exigence dans les annonces immobilières de location ou de vente, mais aussi au sein d’organismes d’offres de crédit et jusque dans les agences de voyages qui refusent de réserver des séjours ou bien les annulent lorsque les vacanciers ont le malheur de ne pas être de nationalité britannique ou irlandaise.

Ces restrictions sont de plus en plus courantes. C’est l’association de défense des droits des expatriés européens en Grande-Bretagne, intitulée The3Million, qui a révélé ce phénomène et alerté l’opposition travailliste ainsi que le gouvernement conservateur de Theresa May.

Prudence

Selon le fondateur de The3Million, Nicolas Hatton, c’est un état d’esprit exacerbé par le vote du Brexit et l’incertitude qui entoure cette décision : le choix de sortir de l’UE a déjà changé la psychologie des employeurs et des propriétaires britanniques à qui le gouvernement demande désormais de s’assurer de la légalité du statut des immigrés auxquels ils ont affaire. Pour l’association c’est plus une réaction de prudence que de la xénophobie. Notamment de la part de compagnies qui ne veulent pas prendre le risque de recruter quelqu’un qui pourrait ne plus avoir le droit de rester dans le pays après 2019. Une attitude timorée pas vraiment explicite, mais qui complique de plus en plus le quotidien des expatriés européens en leur faisant subir tout un tas de vexations de façon diffuse et qui installe aussi un climat tendu, voire délétère.

Pas d’optimisme

Le ministère en charge du Brexit doit être conscient du problème et promet de faire cesser ces discriminations. Mais pour l’opposition travailliste, c’est le manque de clarté sur l’avenir des droits des citoyens européens qui contribue à ce climat hostile. Le gouvernement a beau assurer que le sort des expatriés de chaque côté de la Manche est une de ses priorités absolues dans les négociations en cours, Londres et Bruxelles ne sont toujours pas parvenus à un accord sur la question et l’heure n’est pas à l’optimisme malgré un grand discours annoncé par Theresa May sur le Brexit la semaine prochaine et une nouvelle session de négociations à Bruxelles le 25 septembre.

Par Muriel Delcroix
Rfi.fr