Brexit : Theresa May prône une rupture «claire et nette» avec l’UE

Dans un discours prononcé ce mardi 17 janvier à Londres, la Première ministre britannique Theresa May a défendu une rupture «claire et nette» avec l’Union européenne, en déclarant que le Brexit signifiait aussi la sortie du marché unique.

Theresa May veut trouver avec l’Union européenne un accord pour un partenariat permanent dans les deux ans qui viennent. Cet accord sera mis en œuvre par étapes pour éviter une sortie trop brutale. Mais pas question de rester un pied dedans, un pied dehors.

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Theresa May à sa sortie de Lancaster House, où elle a prononcé son discours sur le Brexit,
le 17 janvier 2017.
REUTERS/Leon Neal

La Première ministre britannique prône ainsi la sortie du marché unique et de la Cour européenne de Justice, car la priorité du pays est de reprendre le contrôle de ses frontières. A la place la Première ministre veut obtenir « l’accès le plus large possible au marché européen » et souhaite ainsi la signature d’un accord de libre-échange « global et ambitieux » avec Bruxelles, alors que 49 % des exportations britanniques sont allées vers le continent européen en 2016, rappelle notre correspondante à Londres, Muriel Delcroix.

Pour une immigration choisie

Quant à la libre circulation, c’est fini. Le Royaume-Uni veut une immigration choisie et continuer à attirer les meilleurs, qu’ils viennent d’Europe ou d’ailleurs. « Le Royaume-Uni est un pays ouvert et tolérant, mais le message du peuple a été très clair : le Brexit doit permettre de contrôler le nombre d’Européens qui viennent au Royaume-Uni, et c’est ce que nous allons faire », a-t-elle prévenu, sans rien dire sur le mécanisme à mettre en place pour y parvenir.

Même flou concernant l’union douanière européenne. Theresa May voudrait à la fois bénéficier de l’absence de droits de douane que permet cette union tout en souhaitant avoir la liberté de conclure ses propres accords avec d’autres pays. Elle demande donc un nouvel accord douanier.

Pour Theresa May, « mieux vaut pas d’accord qu’un mauvais accord ». Mais si les négociations n’aboutissent pas, la Première ministre menace : le Royaume-Uni pourrait bien devenir un paradis fiscal. Gare à ceux qui voudraient « punir » son pays, ils commettraient un « acte terrible d’automutilation » Une fois l’accord trouvé, celui-ci sera soumis à un vote des deux chambres du Parlement britannique avant qu’il n’entre en vigueur, a-t-elle promis.

Le Royaume-Uni va réduire considérablement sa contribution à l’Union européenne, en ne payant que pour les programmes auxquels il aura choisi de participer. Cela devrait représenter 10 milliards d’euros par an en moins dans le budget européen, estime l’institut de recherche Jacques Delors. L’Allemagne, pourrait ainsi verser 3,5 milliards d’euros de plus par an, la France 1,5 milliard d’euros. La Grèce et la plupart des pays d’Europe centrale seront les plus durement touchés par les coupes budgétaires.

« Enfin un peu de clarté »

Certains sont sur la défensive comme l’ancien Premier ministre suédois Carl Bildt qui se dit déçu. Il estime que Theresa May choisit un modèle selon lequel l’Union européenne aurait plus de liens avec l’Ukraine qu’avec le Royaume-Uni. Dans un message publié sur son compte Twitter, le président du Conseil européen Donald Tusk a, lui, qualifié le discours de Theresa May plus « réaliste » qu’auparavant. « Triste processus, des temps surréalistes, mais au moins une annonce plus réaliste sur #Brexit », a-t-il réagi, assurant que l’UE à 27 était « unie et prête à négocier » dès que l’article 50 aura été déclenché.

« Enfin un peu de clarté », s’est quant à lui félicité le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, appelant « à des relations aussi bonnes et étroites que possible » une fois le Brexit formalisé. Les commentaires sont aussi relativement positifs en Irlande où le gouvernement reconnaît les difficultés possibles mais espère des opportunités économiques.

Le seul qui se réjouisse vraiment est Nigel Farage, le fondateur de UKIP, qui a du mal à croire que la Première ministre britannique emploie désormais des propos que pendant des années on lui a reproché d’utiliser.

Je crois que nous sommes confrontés à des gouvernements qui sont sceptiques par rapport à cette première tentative dans l’histoire de l’humanité d’une démocratie transnationale.
par Anastasia Becchio
Rfi