Burkina Faso : le parti de Compaoré dénonce une « justice des vainqueurs »

Achille Tapsoba, président par intérim du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, dénonce une «justice des vainqueurs» au Burkina Faso, où les cadres de l’ex-parti au pouvoir sont encore en détention et sans jugement depuis leur détention qui intervient après la démission de l’ex-chef d’Etat sous la pression de la rue, dans un entretien à RFI.

Selon lui, il a une « justice à double vitesse ». Il y a un an que l’ex-chef de la diplomatie Djibril Bassolé a été arrêté pour complicité présumée avec les militaires putschistes de septembre 2015, sans soupçons réels. Et l’ancien ministre des Affaires étrangères n’est pas le seul ancien compagnon de Blaise Compaoré en prison.

« A l’heure actuelle, nous avons au moins une douzaine de camarades en prison et d’autres en liberté provisoire dont le sort n’est pas du tout encore clarifié. Et nous avons également cette interpellation de l’ancien Premier ministre, Luc Tiao, qui vient d’intervenir et son incarcération, ce qui n’est pas de nature vraiment à assainir le climat », a-t-il déclaré.

Le fait que Compaoré ait fait vingt-sept ans de règne, cela « ne fait l’objet d’aucun doute. Mais ce qui est important pour nous c’est de savoir… A l’heure actuelle nous sommes dans un processus judiciaire où on interpelle les anciens ministres pour des raisons politiques », a-t-ajouté.

Concernant le chargement de la Constitution envisagée par l’ex-pouvoir à travers les réformes, il a soutenu « ce qui est démocratique, c’est ce qui est décidé par les populations ! Ce n’est pas ce qui est décidé par nous autres ».

Lors du soulèvement populaire d’octobre 2014, les militaires ont tiré et il y a eu des victimes, « mais il est normal qu’on réprime des responsables, mais il n’est pas du tout normal qu’on poursuive certains responsables et qu’on en laisse d’autres. Si on veut incriminer ceux qui ont été obligés de réagir à une manifestation de grande envergure, aussi on doit incriminer ceux qui ont poussé les gens à faire la manifestation ! C’est pour cette raison que je qualifie cette justice de justice à deux vitesses ».

A propos de la détention de Djibril Bassolé, il a dit ne pas être sûr que sa culpabilité puisse être démontrée, souhaitant qu’on fasse le procès pour clarifier cette affaire dans les meilleurs délais, plutôt que de maintenir arbitrairement des gens en détention et de prolonger cette détention sans raison.

Sur l’affaire de conversation téléphonique attribuée à Djibrill Bassolé et Guillaume Soro, il a estimé que « ce sont des écoutes téléphoniques qui n’ont pas été authentifiées », avant d’ajouter que « ces écoutes, telles que rendues, ça peut être des écoutes truquées ».

« Djibril Bassolé, comme nous autres, nous avons été victimes de la volonté de nous écarter de la course électorale », a-t-il poursuivi.

M. Tapsoba espère que son mentor, Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire, « rentrera un jour au Burkina Faso et la tête haute ».