Canada: la légalisation de la vente du cannabis rend euphoriques les mairies

Au Canada, la prochaine légalisation de la vente de cannabis l’été prochain fait saliver d’avance les municipalités, les provinces, et le gouvernement central. Depuis quelques semaines, les maires se mobilisent pour disposer de leur part du gâteau, lorsque les consommateurs auront légalement le droit de s’approvisionner en marijuana dans des commerces ayant pignon sur rue. À les entendre, les dépenses liées à la légalisation de cette drogue douce risquent même de dépasser les revenus tirés de la vente.

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Des plants de cannabis médical dans une serre, dans la province de l’Ontario au Canada. 

Selon des estimations, les frais liés à la légalisation de cette drogue pourraient tourner autour de 3 à 6 millions d’euros. C’est l’hypothèse que fait Montréal qui a commandé une étude à ce sujet. Cela concernerait essentiellement la police, le secteur de la prévention, et les pompiers. Pour bien comprendre, il faut savoir que le Canada fonctionne de façon décentralisée. C’est le gouvernement central qui décide que vendre du cannabis deviendra légal dans quelques mois, mais ce sont les provinces, comme le Québec, qui se chargent de l’application de cette législation.

Puis les municipalités vont devoir équiper et former les policiers à détecter si les automobilistes conduisent ou non sous l’effet de la drogue. Et c’est encore la police locale qui veille à ce que les fumeurs de marijuana respectent les zones dans la ville où l’on peut consommer ou non cette drogue.

Les pompiers, toujours payés par les municipalités, s’assurent de leur côté que les serres légales où pousse le cannabis ne partent pas en fumée si le chauffage y est trop intense, sans parler des frais liés aux campagnes de prévention pour informer le public des risques liés au cannabis. Tout cela fait dire aux responsables de Montréal que les dépenses liées à la légalisation risquent de dépasser largement les recettes.

La solution du gouvernement fédéral 

Le ministre des Finances a déjà prévu de céder aux provinces, comme le Québec et l’Ontario, les trois quarts des taxes perçues sur la vente du cannabis. Chacune des provinces et territoires qui forment le Canada doit ensuite s’entendre avec les municipalités pour se partager le gâteau. Au Québec, le gouvernement devrait annoncer quelle part il accorde aux villes lors de son prochain budget dans quelques jours. Des associations regroupant les municipalités exigent de recevoir environ un tiers des recettes perçues par Québec. Les coûts liés à la légalisation vont leur incomber.

Un marché potentiel de 4 milliards d’euros

Il semble qu’actuellement environ 4,9 millions de Canadiens âgés de 15 à 64 ans dépensent environ 4 milliards d’euros pour se procurer du cannabis. Une personne sur dix le fait pour des raisons médicales, ce qui est déjà autorisé, et les autres le font pour le plaisir. Les analystes évaluent à un tiers environ les ventes de cannabis qui pourraient se faire légalement, quand la loi canadienne va changer l’été prochain.

Au Québec, par exemple, le gouvernement a prévu d’ouvrir une quinzaine de magasins à cette fin, puis plus d’une centaine dans deux ans. Reste à savoir cependant si les malfaiteurs vont laisser échapper une si grosse part du gâteau. Ils pourraient baisser les prix pour garder la mainmise sur ce marché très lucratif.