Chili: première journée chargée pour le pape François à Santiago

Le Pape François vient d’entamer une visite de trois jours au Chili, voyage qui se poursuivra au Pérou à la fin de la semaine. Il a atterri à Santiago lundi 14 janvier au soir et a été acclamé par des milliers de personnes sur son passage à la sortie de l’aéroport. Il s’agit du sixième voyage du souverain pontife en Amérique latine et son programme est chargé.

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Premier bain de foule pour le pape François à son arrivée à Santiago du Chili le 15 janvier 2018 pour une visite qui le conduira aussi à Temuco, dans le Sud mapuche et à Iquique, au Nord, grand port sur le Pacifique. 

Le Pape François va aux devants d’une Eglise chilienne en crise, à cause de scandales de pédophilie et du déclin du catholicisme. Il a tout de même été accueilli par des milliers de personnes réunies le long de la principale avenue de Santiago lundi soir, rapporte notre correspondante à Santiago, Justine Fontaine. Une ferveur toutefois peu comparable à celle suscitée par Jean-Paul II, le premier Pape à avoir visité le pays, en 1987.

A l’église San Cayetano, de la Legua, un quartier de Santiago connu de tous les Chiliens en raison du trafic de drogue. Le prêtre de la paroisse est Gérard Ouisse, un Français originaire de Nantes. « Je suis au Chili depuis 32 ans », nous explique t-il. Il venait d’arriver lorsque Jean-Paul II est venu au Chili en 1987, sous la dictature du général Pinochet. Cela « a a été un moment extraordinaire, c’était la première fois qu’un pape visitait le Chili et il est arrivé dans un contexte très difficile. Je crois que ça a été un réveil, pour aboutir deux ou trois ans plus tard à la démocratie. »

Grand messe dans un parc de Santiago

Le pays a beaucoup changé depuis. Il est aujourd’hui divisé concernant l’Eglise. Le nombre de croyants a beaucoup baissé, et la ferveur lors de la grande messe de François à Santiago, ce mardi, ne sera probablement pas la même. Cette messe est le point d’orgue de la visite du pape, dans une journée au programme chargé: elle sera célébrée dans un parc de Santiago, où s’était aussi rendu Jean-Paul II. Jusqu’à 400 000 personnes sont attendues pour écouter François et prier avec lui.

Avant cela il sera reçu au palais de la Moneda, par la présidente sortante, la socialiste Michelle Bachelet. Le président Sebastián Piñera, élu le mois dernier, participera aussi à cette rencontre.

Visite à la prison des femmes

Dans l’après-midi, François se rendra dans la plus grande prison pour femmes du pays, conformément à sa volonté d’aller à la rencontre des « pauvres parmi les pauvres ». Pour Gérard Ouisse, cette visite à la prison est importante. «Le fait qu’il aille à la prison des femmes, c’est quand même un geste fort, nous explique le prêtre. Et qui est ici très apprécié parce que dans notre quartier, il y aurait autour de 600 personnes en prison, ce qui fait quand même beaucoup de monde. » Le prêtre intervient régulièrement dans cette prison, où dit-il les femmes attendent cette visite avec impatience, même celles qui sont évangéliques et non catholiques.

Les victimes d’abus sexuel aussi au programme ?

Enfin le Pape argentin n’oublie pas son passage chez les jésuites chiliens, chez qui il a vécu et étudié quelques mois, jusqu’en 1960. Il se réunira avec certains d’entre eux après s’être rendu à la cathédrale de Santiago.

Une question demeure concernant ce programme: le Pape ajoutera-t-il à la dernière minute une rencontre privée avec des victimes d’agressions sexuelles ou de viols commis par des prêtres chiliens ? Une rencontre qui n’est pas prévue pour l’instant.

Trois messages pour trois leiux: le programme de la visite du Pape François, détaillé par le père Felipe Herrera, porte-parole de la commission chilienne en charge de cette visite

« A Santiago, il verra surtout la société civile, des habitants de zones urbaines, le centre de décision politique du pays, et une grande partie de l’Eglise chilienne et de sa hiérarchie. La paix et la justice sont deux thèmes très importants qu’il développera à Santiago.

A Temuco, l’objet sera la rencontre avec les habitants et la messe qui sera célébrée pour le progrès des peuples. Il a choisi en particulier cette région où il y a un conflit avec l’ethnie Mapuche. L’Etat, le gouvernement, a une dette historique envers cette ethnie pour s’être approprié ses terres. Et il n’y a pas que ça, il y a des problèmes de pauvreté, etc. Le Pape a pour habitude de voir de ses propres yeux les lieux où les plaies sont encore ouvertes.

Il finira par Iquique, la ville qui compte le plus d’immigrants, un autre thème qui intéresse tout particulièrement le Pape au niveau mondial en plus des pratiques religieuses locales, traditionnelles et populaires. Ce sera une rencontre très festive, très colorée avec un message très fort pour encourager l’accueil des migrants. »

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Le pape François a été accueilli par la présidente Michelle Bachelet, qui achève son mandat. Santiago le 15 janvier 2018.
Rfi.fr