Chili: la présidente Bachelet met la pression sur les tortionnaires de l’ère Pinochet

Il y a tout juste une semaine, le Chili commémorait le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973, date du début de la dictature du général Pinochet, et de la mort du président socialiste Salvador Allende. La présidente Michelle Bachelet, qui laissera son poste en mars prochain, a choisi ce moment pour demander au Sénat d’examiner en urgence un projet de loi. Ce texte permettrait de fournir à la justice chilienne des informations sur près de 30 000 cas de torture perpétrés entre 1973 et 1990, et en particulier des détails sur les tortionnaires.

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Un homme avec le portrait d’une personne disparue durant la dictature du général Pinochet. Le 11 septembre 2017.

De notre correspondante au Chili

L’action de la présidente Bachelet doit permettre aux tribunaux d’accéder à l’intégralité des témoignages recueillis dans le cadre de la commission Valech I, chargée d’établir la vérité sur les crimes du régime du général Pinochet. La commission avait bien publié un rapport en 2004, après avoir entendu des dizaines de milliers de personnes. Mais de nombreuses informations devaient rester secrètes pendant 50 ans, y compris les détails concernant les tortionnaires et les agents de l’Etat qui ont participé aux violations des droits de l’homme sous la dictature.

Aujourd’hui, plus de mille cas de torture, d’assassinats, ou de disparitions sont encore en attente dans les tribunaux chiliens. La présidente, tout comme de nombreuses associations de défense des droits de l’homme, espère pouvoir faire avancer ces dossiers en permettant à la justice d’accéder à l’intégralité des témoignages recueillis dans le cadre de cette commission.

Elle a donc demandé au Sénat d’examiner en urgence un projet de loi déposé l’an dernier en ce sens. Le texte a finalement été approuvé en commission sénatoriale il y a quelques jours, et doit être examiné en séance plénière d’ici environ deux semaines. 

Le rôle de l’ancien président Lagos

En 2004, moins de 48 heures après la publication du rapport de la Commission, l’exécutif de l’époque a fait adopter par le Parlement une loi qui impose de garder secrets les détails des témoignages recueillis, et ce pour une durée de 50 ans, y compris pour la justice. Cette semaine encore, le président de l’époque, Ricardo Lagos, de centre-gauche, a expliqué que le secret a été promis aux victimes pour protéger leur vie privée, leur dignité, par exemple pour les personnes ayant subi des viols.

Pourtant des victimes ont dénoncé cette déclaration de l’ancien président. Elles expliquent qu’on ne leur a jamais dit, quand ils ont témoigné devant la commission, que leur témoignage ne serait pas transmis à la justice ni rendu public. Une ancienne prisonnière politique l’a réaffirmé cette semaine dans la presse chilienne. Une déclaration confirmée par plusieurs associations, ou encore par une avocate connue pour son travail de défense des droits de l’homme, Carmen Hertz.

Peu de condamnations de tortionnaires

Aujourd’hui Hertz, candidate communiste aux élections législatives, affirme que le silence ne sert que l’impunité des tortionnaires, et souligne que le caractère secret de ces témoignages va à l’encontre des engagements internationaux du Chili en matière de respect des droits de l’homme. Elle espère donc que ce projet de loi sera validé par le Sénat, et permettra à la justice d’avancer dans des dossiers de torture de d’arrestations politiques.

Au Chili, plus de 25 ans après la fin de la dictature, les défenseurs des droits de l’homme soulignent qu’il y a eu peu de condamnations de tortionnaires. Le plus souvent, ils ont été condamnés à de courtes peines.

Par Justine Fontaine
Rfi.fr