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Chine. Pékin veut des expatriés plus qualifiés

Afin d’attirer des travailleurs étrangers plus qualifiés, Pékin teste un nouveau système de visas. Les futurs expatriés y seront classés par niveau de compétence. Une initiative qui provoque des réactions mitigées.

16 janvier 2016 Photo jackmac34 / Pixabay / CC

Lorsque son avocat l’a appelé pour lui exposer la nouvelle politique du gouvernement, qui classe les étrangers travaillant en Chine en fonction de leur expertise, la première réaction de Carl Robert Setzer, le créateur et PDG de Great Leap Brewing, à Pékin, a été un sentiment d’inquiétude :

Cette politique va sans aucun doute affecter mon activité iciNotre entreprise appartenant au secteur des services, elle sera impactée de plein fouet. J’ai huit employés expatriés, qui possèdent des permis de travail et de résidence ; j’ai peur que cela ne devienne difficile pour eux de continuer à travailler en Chine.

La nouvelle politique a été conçue pour attirer en Chine un plus grand nombre d’étrangers hautement qualifiés. Selon un document publié en septembre par la State Administration of Foreign Experts Affairs (Safea), une expérience pilote a été mise en place depuis le 1er octobre à Pékin, Tianjin et Shanghai, dans la région autonome de Ningxia Hui, ainsi que dans les provinces du Hebei, Anhui, Shandong, Guangdong et Sichuan. La nouvelle politique devrait être étendue à l’ensemble du pays à partir du 1er avril 2017. Pourtant, même si son déploiement ne doit avoir lieu que dans six mois, certains étrangers résidant en Chine redoutent déjà que la nouvelle politique ne désavantage certaines catégories d’employés.

Trois catégories

D’après le document, les employés étrangers ont été classés en trois catégories : A, B et C. Les employés de type A sont ceux qui occupent des postes de responsabilité importants dans les entreprises, les scientifiques et les personnalités de l’industrie des sciences et de la technologie. Les employés de type B sont les professionnels titulaires d’au moins une licence ou une maîtrise et possédant une expérience professionnelle de deux ans, tandis que les employés de type C exercent des emplois temporaires ou saisonniers dans le secteur des services.

Le Global Times annonçait dans son édition du 10 septembre que, selon la nouvelle politique, la Chine va prendre des mesures pour encourager la venue de personnes hautement qualifiées tout en limitant le nombre de celles appartenant aux catégories B et C, dont le pays a moins besoin, et une procédure accélérée va être mise en place à l’intention des personnes hautement qualifiées sollicitant un permis de travail.

Réactions mitigées des expatriés

La mise en place programmée de la nouvelle politique agite la communauté des expatriés. Certains d’entre eux, notamment ceux travaillant dans les secteurs des services ou de l’éducation, craignent qu’il leur soit plus difficile de rester en Chine en raison de la nouvelle classification. D’autres au contraire considèrent que cette politique constitue un progrès par rapport à la politique actuelle parce qu’elle rationalise le processus de demande, le rend plus facile à comprendre et désigne clairement quel type de travailleur étranger est désormais le bienvenu en Chine.

Au début, M. Setzer craignait que ses employés étrangers puissent être classés en catégorie C et, par conséquent, aient des difficultés à obtenir leur permis de travail. Toutefois, une fois mieux informé des détails de la nouvelle politique, il s’est senti rassuré car il apparaît qu’il sera en mesure de garder l’ensemble de son personnel.

Un système par points

Dans le cadre de la nouvelle politique, les catégories A, B et C seront régies par un système de points. Les expats seront classés en fonction de leur salaire, de leur niveau d’éducation, de la durée de leur travail en Chine, de leur niveau de maîtrise du chinois, de leur âge et de leur localisation géographique. Les étrangers vivant dans des zones peu développées obtiendront plus de points que ceux résidant en ville. Si les points d’un individu excèdent 85, il ou elle sera considéré comme un expat de catégorie A. Ceux qui auront plus de 60 points obtiendront un classement en catégorie B, et ceux ayant 60 points ou moins seront rangés dans la catégorie C. “Quatre de mes employés ont des diplômes supérieurs et possèdent une solide expérience technique, et les quatre autres parlent couramment le chinois, explique M. Setzer. Ce sont là des plus au regard de la nouvelle politique, donc tout devrait bien se passer.”

Mais M. Setzer ajoute que s’il devait embaucher des employés anglophones tels que des serveurs ou des barmans, il aurait du mal car la nouvelle réglementation va affecter un grand nombre de détenteurs de passeports étrangers travaillant dans l’industrie des services. D’après lui, si à l’avenir il y a moins de personnel étranger disponible sur le marché du travail, son entreprise pourrait être contrainte d’embaucher du personnel chinois, ce qui pourrait modifier son type de clientèle. “Cela pourrait s’avérer problématique car nos clients, qui sont pour la plupart étrangers, s’attendent à être servis par du personnel anglophone”, souligne M. Setzer.

Un personnel de meilleure qualité

Andrew Perry, le directeur de l’éducation de China HHS, un établissement d’enseignement bilingue de Pékin, remarque qu’en dépit du fait que lui-même devrait être classé en catégorie B, la nouvelle politique est bonne d’un point de vue de l’évaluation des capacités. “Elle me permettra de sélectionner mon personnel parmi un réservoir d’enseignants de meilleure qualité, ajoute-t-il, car les normes ont été rehaussées. Mais cela signifie aussi que les salaires vont augmenter, et que beaucoup de jeunes professeurs renonceront à venir en Chine.”

Perry remarque que la nouvelle politique ne fera pas de la Chine un pays plus accueillant, car elle limite les possibilités. “Cela dit, si elle est correctement appliquée et que les entreprises s’y conforment, elle sera plus efficace, ou, en tout cas, devrait être plus efficace pour faire venir les talents dont le pays a besoin.”

Selon Liang Yucheng, un sociologue de l’université Sun Yatsen de Guangzhou (province de Guangdong), qui étudie la façon dont les étrangers s’intègrent à la société chinoise, même s’il peut paraître sévère de catégoriser les employés étrangers, la Chine doit mieux gérer les travailleurs étrangers qui se trouvent sur son territoire et attirer un plus grand nombre de personnes qualifiées.

Shanghai facilite les formalités pour les étudiants

Jusqu’à présent, un étranger devait impérativement justifier d’une expérience professionnelle de deux ans pour espérer décrocher un emploi à Shanghai. Désormais, un étudiant étranger diplômé d’une université locale, et sans expérience professionnelle, pourra rester travailler à Shanghai à l’issue de ses études.

Tatiana Skuratova, une étudiante russe de l’université de Tongji, se réjouit dans les colonnes du Shanghai Daily : “Le réseau, les compétences professionnelles et l’enrichissement culturel acquis en Chine sont inutiles si on quitte le pays […] La nouvelle loi est une vraie bonne nouvelle. Je pense sincèrement que les règles à destination des étrangers sont en train de s’assouplir.”

courrierinternational.com
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