Colombie: après les FARC, l’ELN veut aussi son accord de paix

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Le représentant du gouvernement colombien Juan Camilo Restrepo (g), le ministre équatorien des Affaires
étrangères (c) et Pablo Beltran le négociateur de l’ELN (d), à Sangolqui, en Équateur, le 7 février 2017.

L’Armée de libération nationale a été fondée en 1964 par des syndicalistes et des étudiants formés à Cuba et qui s’inspiraient du Che Guevara. Ces membres, contrairement à ceux des FARC, provenaient plutôt des centres urbains, alors que les rangs de la guérilla marxiste étaient principalement formés par des paysans. En 1965, cette organisation s’associe au mouvement créé par Camilo Torres, lui-même associé à trois curés espagnols, tous étant partisans de la Théologie de la libération qui prône un rapprochement avec les pauvres. Cette guérilla a évolué au fil du temps, surtout depuis 1998 lorsque Rodriguez Bautista, alias « Gabino », en a pris le commandement. Son objectif : créer une démocratie directe et populaire. L’ELN rejette par exemple le système parlementaire, contrairement aux FARC.

Pour quelles raisons ces négociations débutent-elles aujourd’hui ?

Tant que le gouvernement négociait un accord de paix avec les FARC, il était compliqué pour les autorités colombiennes de lancer un autre chantier. Pour autant, même si le gouvernement était bien occupé avec les FARC, il discutait secrètement avec l’ELN depuis janvier 2014. En mars 2016, l’année dernière, les deux parties ont annoncé être prêtes à entamer des négociations officielles. Mais la date a été repoussée, car les guérilleros refusaient de libérer un otage : Odin Sanchez, un ancien député (les enlèvements sont la grande spécialité de l’ELN). Odin Sanchez a été libéré le 2 février dernier, alors que du côté des autorités, quatre guérilleros ont été relâchés, dont deux qui participeront à ces négociations, ce que réclamait l’ELN. Autre précision et preuve de bonne foi de la part de l’ELN, elle a libéré ce lundi 6 février un autre otage qu’elle détenait depuis peu, un militaire de carrière, un geste salué par le gouvernement colombien.

Comment vont se dérouler ces négociations ?

Ce mardi, à 17h, heure locale, une cérémonie a marqué officiellement l’ouverture de ces négociations de paix. Mais les discussions ne débuteront vraiment que mercredi 8 février, dans une « hacienda » située à 30 kilomètres de Quito, pour une première session prévue pour durer 45 jours. De nombreux acteurs seront présents en plus du gouvernement et des négociateurs de l’ELN dont la société civile, l’Eglise entre autres, ainsi que six pays garants, dont l’Equateur. Les négociations pourraient durer jusqu’à la fin du mandat de Juan Manuel Santos, c’est-à-dire environ un an et demi, voire plus si aucun accord n’est scellé d’ici là.

Faut-il s’attendre à un processus aussi long que celui avec les FARC (plus de quatre ans) ?

Comme pour les négociations avec les FARC, différents thèmes ont été inscrits à l’agenda : la participation de la société civile à la construction de la paix, la démocratie pour la paix, les transformations pour la paix, les victimes, la fin du conflit armé et l’application de l’accord final. Autant dire que ces négociations s’annoncent longues et compliquées. Surtout que contrairement aux FARC, l’ELN n’a pas de structure pyramidale, mais fonctionne comme une fédération où chaque groupe, chaque entité, doit donner son accord avant qu’une décision ne soit validée. Mais le fait que les FARC soient parvenues à sceller la paix va peut-être permettre d’accélérer un peu le processus.

De notre correspondant régional
«Signer un accord final pour mettre un terme au conflit armé et nous mettre d’accord sur les transformations nécessaires pour créer une Colombie en paix et égalitaire, c’est notre mission» 08/02/2017 – par Eric Samson Écouter

Romain Lemaresquier
Rfi