Corée du Nord: les efforts du régime pour développer son multimédia

La Corée du Nord vient de sortir une tablette baptisée «iPad». Cette contrefaçon d’une marque déposée par le géant Apple lui a valu de nombreuses moqueries sur Internet. Mais les récents efforts du régime pour développer ses gadgets connectés, son intranet et ses propres sites sont néanmoins le signe d’une évolution intéressante, au sein d’un pays considéré comme le plus fermé au monde.

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un devant un ordinateur (image illustration).

Depuis quelques années, les tablettes et les smartphones fabriqués en Corée du Nord se multiplient, même si en réalité tous les composants viennent de Chine.

Si le régime continue d’interdire complètement à sa population tout accès à Internet, il développe néanmoins un intranet : un réseau interne, étanche et isolé du reste du monde. Des sites de commerce en ligne, comme « Manmulsang », une sorte d’Amazon nord-coréen, y sont apparus. Il existe aussi un site de visionnage de films en ligne, une version nord-coréenne de Netflix.

Des applications pour smartphone fleurissent aussi, comme une appli fitness ou une autre pour l’agriculture. Aujourd’hui, 3 millions de Nord-Coréens – soit un dixième de la population – ont un téléphone portable. Certains voient dans ce nombre le signe de l’émergence d’une protoclasse moyenne au Nord.

Un développement économique, mais pas une libéralisation politique 

Ces développements sont clairement le signe d’une évolution économique : les marchés et une économie de type capitaliste se développent au Nord, de façon de moins en moins souterraine. L’« Amazon nord-coréen » permet par exemple aux entreprises du pays de trouver de nouveaux clients pour leurs produits.

Le régime a même mis en place des systèmes de paiement en ligne ! Cependant, il est difficile de dire pour le moment à quel point ils sont utilisés par la population.

Cette « modernisation en ligne » était justement le sujet d’une conférence donnée à Séoul la semaine dernière. Chad O’Caroll, le directeur de NK News, un site d’information spécialisé sur la Corée du Nord, y expliquait que le régime cherche sans doute à développer son économie tout en contrôlant et surtout en taxant ces échanges en ligne.

Un outil de propagande

Chad O’Caroll considère même qu’en développant ces réseaux, le gouvernement nord-coréen peut mieux surveiller sa population. Notamment les classes les plus aisées, celles qui ont les moyens d’utiliser ces technologies.

Cela lui permet aussi de renforcer sa propagande et de projeter l’image d’un pays moderne et développé. Cette démarche remporte un certain succès puisque les Nord-Coréens semblent être très friands de ces gadgets connectés.

Mais cet essor des réseaux nord-coréen a des limites : la sécurité reste la priorité absolue du régime, qui s’assure que ces technologies ne permettront pas à la population de discuter librement et de s’organiser hors de son contrôle.

Frédéric Ojardias
Rfi.fr