Crise au Togo: les appels au dialogue se multiplient

La France a appelé mercredi 25 octobre l’opposition et le gouvernement togolais à « un dialogue immédiat » pour aboutir à des réformes politiques et a demandé à Lomé de respecter le droit de manifester, alors que les violences politiques ont fait en à peine deux mois au moins 10 morts, dont  2 militaires et 3 enfants, selon Amnesty international. Le departement d’Etat américain se dit pour sa part « profondément préoccupé par l’escalade de la violence et les atteintes à la liberté d’expression ». Mardi, lors d’un sommet de la Cédéao à Niamey, qui a réuni les présidents du Niger, de Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Ghana et du Togo, la crise togolaise a été évoquée.

De gauche à droite: les présidents Buhari (Nigeria), Gnassingbé (Togo), Issoufou (Niger), Ouattara (Côte d’Ivoire), Akufo Ado (Ghana), et le président de la Commission de la Cédéao Marcel De Souza, à Niamey, le 24 octobre 2017.

Respect du droit de manifester, arrêt des violences et appel au dialogue. Ce sont les trois points qui semblent faire consensus tant du côté des chefs d’Etat de la région que des partenaires internationaux.

« La France reste attentive à l’évolution de la situation au Togo. Nous sommes préoccupés par les rapports sur la présence d’hommes en civil aux côtés des forces de l’ordre, pouvant s’apparenter à des milices », a déclaré la porte-parole du Quai d’Orsay Agnès Romatet-Espagne. « Nous souhaitons que le gouvernement togolais respecte le droit de manifester. Les manifestations doivent s’exprimer de façon pacifique », a souligné Mme Romatet-Espagne. « La France appelle à l’ouverture d’un dialogue immédiat qui doit mener aux réformes politiques attendues, en particulier la révision de la constitution prévoyant la limitation à deux mandats présidentiels et l’instauration d’un scrutin présidentiel à deux tours », a-t-elle ajouté.

Le département d’Etat américain, dans un communiqué, se déclare « profondément préoccupé », et ce à triple titre, explique notre correspondant à Los Angeles, Eric de Salve. D’abord « par l’escalade de la violence, les restrictions à la liberté d’expression et de réunion au Togo », liées aux manifestations contre les réformes constitutionnelles. L’inquiétude, poursuit le département d’Etat américain, porte aussi sur « un recours excessif à la force par les forces de sécurité et les rapports selon lesquels des groupes de milices financés par le gouvernement ont recours à la force et à la menace pour perturber les manifestations et intimider les civils ». Les Etats-Unis se disent enfin préoccupés par la décision du gouvernement togolais de restreindre les manifestations en semaine et par l’arrestation d’un imam dans la ville Sokodé.

En conséquence, Washington appelle le gouvernement du Togo à défendre les droits de l’homme, notamment la liberté d’expression sur internet et de réunion pacifique, mais aussi à faire en sorte que toutes les personnes arrêtées le soient dans le cadre de la loi. En conclusion, les Etats-Unis exhortent toutes les parties à renoncer à la violence et à engager un dialogue sans condition, « seule solution à l’impasse actuelle ».

Quid de la question centrale de 2020 ?

Quant à la question centrale de 2020, la discrétion pour ne pas dire l’opacité semble de rigueur. Dans sa déclaration à l’issue du sommet de Niamey mardi 24 octobre, le président ivoirien Alassane Ouattara s’est contenté de cette formule sibylline : « Des propositions qui sont déjà faites permettent d’avancer vers plus de démocratie au Togo et nous soutenons cette initiative ». Est-ce à dire que le président ivoirien estime suffisantes les propositions de reformes du pouvoir de Lomé, à savoir le scrutin à deux tours et le rétablissement de la limitation des mandats qui permettrait à Faure Gnassignbé de se représenter en 2020 et 2025 ? Ou bien est-ce une simple formule diplomatique et Alassane Ouattara laisserait une porte ouverte ? Difficile de le savoir aujourd’hui.

Le président Faure Gnassingbé reste pour sa part silencieux. Selon un de ses proches, « il est sincère : les réformes qu’il veut faire passer, ce n’est pas un jeu de dupes, mais, ajoute cette source,  qu’on ne vienne pas lui parler de démissionner avant la fin de son mandat, ça c’est inacceptable ». Quant à ses intentions en 2020, « il s’exprimera en temps voulu ».

De son côté, l’opposition maintient son programme de meetings et de manifestations pour demander que soit réintroduit la formule « nul ne peut faire plus de deux mandats » et la démission du président Faure Gnassingbé. Cette revendication de la démission « ce serait ouvrir une boîte de pandore, explique une source africaine, et aucun chef d’Etat, même ceux qui sont bien élus, n’est prêt à l’accepter ».

Rfi.fr