Crise au Venezuela: légère accalmie, les tensions restent vives

La crise politique qui secoue le Venezuela depuis des mois connaissait mercredi une légère accalmie même si les chances de succès du dialogue entre le pouvoir et une opposition divisée demeurent minces.

A la surprise générale, les antichavistes qui veulent faire partir Nicolas Maduro ont décidé mardi soir de suspendre le vote de défiance prévu au Parlement contre le président socialiste, ainsi que la marche à haut risque sur la présidence, afin de laisser une chance aux fragiles négociations qui viennent de débuter.

© AFP / Par Maria Isabel SANCHEZ | La garde nationale vénézuélienne devant le Parlement
lors d’une manifestation d’opposants au président Maduro le 1er novembre 2016 à Caracas

Mais la Table de l’unité démocratique (MUD), vaste coalition du centre à la droite qui réunit les opposants au chef de l’Etat, reste sur ses gardes et demande de nouveaux gestes au gouvernement concernant les prisonniers politiques.

Elle laisse donc à Nicolas Maduro jusqu’au 11 novembre, date de la prochaine réunion entre les deux camps, pour montrer de nouveaux signes de bonne volonté, après la libération lundi de cinq opposants au président.

« Dans à peine quelques jours, le monde va voir qui tient ou pas ses promesses. Le 11 novembre, nous revenons à la table (des négociations), ce sera le moment d’évaluer si des gestes ont été accomplis », a prévenu mercredi le porte-parole de la MUD, Jesus Torrealba.

Mais au-delà des prisonniers politiques, l’objectif de l’opposition reste la tenue d’élections présidentielles anticipées, a rappelé ce responsable lors d’un point presse.

« Il ne s’agit pas de tenter de résoudre cette catastrophe avec une aspirine mais de trouver une vraie solution. Le sujet des prisonniers politiques est important mais le retour aux urnes est vital », a jugé M. Torrealba.

Les antichavistes reprochent au président Maduro d’avoir plongé ce pays producteur de pétrole dans une grave crise économique en n’ayant pas su prévoir la chute des cours du brut, ni y réagir à temps.

L’inflation devrait atteindre 475% cette année, selon le FMI, puis 1.660% en 2017.

– Faire retomber le soutien de la rue –

Après avoir échoué à organiser un référendum révocatoire contre le chef de l’Etat, héritier politique du défunt Hugo Chavez, l’opposition s’en remet à la médiation du Vatican pour dialoguer avec chef de l’Etat.

Cette trêve, qui intervient après des mois d’escalade, décontenance une partie des Vénézuéliens, dont Nancy Colina, 50 ans, qui fait la queue devant un supermarché de l’est de Caracas.

« Ils faiblissent et ça ne devrait pas être le cas. Il doivent être plus directs pour que ça se termine d’une bonne fois pour toute, que ce soit d’un côté ou de l’autre », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Les analystes faisaient également preuve de scepticisme.

« Maduro ne va pas céder aux demandes de l’opposition, qui mettent toutes en péril son mandat (…) les négociations vont échouer dans les prochaines semaines », prévient le cabinet Eurasia.

Ces changement de « stratégie » de la MUD risque aussi de faire retomber le soutien de la rue, alors que des centaines de milliers de personnes ont défilé fin octobre contre le dirigeant socialiste, juge Eurasia.

« Une fois que les discussions auront avorté, l?opposition devrait à nouveau appeler à manifester. Mais cette interruption devrait affaiblir sa capacité à mobiliser (…) Maduro sera probablement à même de se maintenir au pouvoir » jusqu’à la fin de son mandat, qui court jusqu’en janvier 2019, écrit le cabinet.

Conscient du risque, Jesus Torrealba a appelé ses partisans à « ne pas jeter l’éponge ».

Malgré ce répit apparent, les tensions restent vives au Venezuela et la moindre étincelle menace de faire repartir le conflit de plus belle.

Ainsi, l’opposition a dénoncé mercredi le « coup » porté au dialogue par le président Maduro. La veille au soir, lors de son émission télévisée hebdomadaire, le chef de l’Etat a qualifié de « groupe terroriste » l’aile dure de la MUD incarnée par Leopoldo Lopez, une des figure de l’antichavisme actuellement emprisonnée.

Voluntad popular, son parti qui appartient à la MUD, a rejeté les discussions avec le gouvernement, préférant miser sur la rue.

Mardi soir au Parlement, ce parti a est toutefois rentré dans le rang en votant, avec le reste de l’opposition, la suspension de la procédure de défiance contre le chef de l’Etat.

Par Maria Isabel SANCHEZ – © 2016 AFP