Dialogue en RD Congo : l’interminable partage du gâteau exaspère les évêques

Plus de vingt jours après la signature de l’accord politique global et inclusif en RDC, les modalités de son application tardent à être adoptées. Principal blocage : le partage des postes. Au grand dam des évêques congolais, médiateurs de ces tractations, qui l’ont fait savoir dimanche.

« La Cenco [Conférence épiscopale nationale du Congo, médiatrice des pourparlers en cours en RDC, ndrl] lance un appel aux négociateurs à se montrer plus sensibles aux besoins du peuple congolais et à ne pas perdre de vue l’objectif principal de ces négociations qui est l’organisation des élections dans moins d’une année ». Dans un communiqué publié le dimanche 22 janvier, les évêques congolais tirent, une fois de plus, la sonnette d’alarme.

« Il n’est pas concevable que les tractations pour mettre en oeuvre un accord prennent plus de temps que les négociations initiales pour signer le même accord », explique à Jeune Afrique un prêtre congolais qui participe aux travaux. « Nous avons de plus en plus l’impression que des politiques se préoccupent plus des postes à conserver ou à occuper qu’à l’intérêt supérieur de la nation », s’exaspère-t-il.

Dans son communiqué, la Cenco revient en effet sur les « avancées enregistrées » jusqu’ici, mais surtout sur les « divergences persistantes », « à plus ou moins 11 mois de l’organisation des élections », l’accord de la Saint-Sylvestre ayant prévu la tenue de la présidentielle, des législatives et des scrutins provinciaux au plus tard en décembre 2017.

Un « triumvirat » à la tête du CNSA

C’est à l’issue d’âpres tractations qu’un accord a été trouvé lundi à Kinshasa sur la répartition des sièges au sein du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA) dont la direction a été confiée à l’opposant historique Étienne Tshisekedi.

Le CNSA sera ainsi composé de 28 membres dont neuf délégués de la Majorité présidentielle (MP), six du Rassemblement, principal regroupement de l’opposition rangé derrière Étienne Tshisekedi, quatre de l’opposition signataire de l’accord de la Cité de l’Union africaine conduite par Vital Kamerhe, quatre du Front pour le respect de la Constitution, deux de l’opposition dite « républicaine » dirigée par Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, et trois représentants de la société civile.

Pour contourner la question de l’ordre de préséance des trois vice-présidents du CNSA, les parties ont convenu de mettre en place un présidium. Il s’agit d’un espace présidentiel qui regroupera le président et ses trois vice-présidents. Ces derniers proviendront chacun de la MP, du Front pour le respect de la Constitution et de l’opposition signataire de l’accord de la Cité de l’Union africaine.

En cas d’absence éventuelle d’Étienne Tshisekedi qui s’apprête à se rendre de nouveau en Belgique pour un « check-up médical », c’est ce présidium qui exercera l’intérim, selon la médiation. « Il fonctionnera sous forme de triumvirat : les trois vice-présidents vont se concerter, avec l’accompagnement de la Cenco », a précisé Mgr Fridolin Ambongo, vice-président de la Cenco.

Interminable partage des postes ministériels

Les évêques catholiques indiquent par ailleurs que les parties peinent encore à s’entendre sur « le mode de la présentation du candidat Premier ministre : le Rassemblement exige de présenter un seul nom, la MP exige au moins cinq noms. » « Il en est de même sur la répartition des postes ministériels du gouvernement (…) », soulignent-ils.

Le prochain gouvernement ne doit pas dépasser la barre symbolique de 50 ministres

À ce stade, les protagonistes se sont tout juste accordés sur « les principes à prendre en compte pour fixer la taille du gouvernement ». « La prochaine équipe gouvernementale ne doit pas dépasser la barre symbolique de 50 ministres », assure une source proche du dossier.

S’inspirant de la formule « 1+4 » (un président et quatre vice-présidents de la République) issue du dialogue de Sun City en 2003, le futur Premier ministre sera entouré de quatre-vice Premiers ministres, « titulaires chacun d’un portefeuille et chargés d’une commission gouvernementale ».

« Décrispation au compte-gouttes »

Quant aux mesures de décrispation attendues, les autorités ne se montrent pas pressées pour prendre des décisions dans ce sens. Les évêques notent toutefois le retour de Roger Lumbala, ex-allié du Mouvement du 23-Mars (M23), la rébellion vaincue fin 2013 dans l’est de la RDC.

« Cette décrispation se passe au compte-gouttes. Ce n’est pas normal ! », a tonné dimanche Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale et cadre du Rassemblement de l’opposition. « La décrispation [du climat politique] ne doit pas attendre un arrangement particulier. Que ce soit la libération des prisonniers politiques, que ce soit la réouverture des médias, elle se fait de manière trop lente », a-t-il dénoncé.

Concernant le cas de Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle, qui a refusé que son sort bloque la conclusion de l’accord du 31 décembre, la Cenco indique qu’une commission ad hoc a été mise en place pour suivre ce dossier. Il en est de même concernant celui de l’opposant Jean-Claude Muyambo.

Quid du calendrier électoral ?

Priorité des priorités, les élections censées avoir lieu avant la fin de l’année ne semblent pas être au cœur des préoccupations des politiques. Il ne reste pourtant que, théoriquement, 11 mois ! Ce qui pousse les évêques à anticiper et à faire une « recommandation particulière » : la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est en effet appelée à publier le calendrier global du processus électoral d’ici le 15 avril.

En attendant, la médiation a fixé, en accord avec les protagonistes, au 28 janvier l’adoption de « l’arrangement particulier », document additif du compromis politique conclu le 31 décembre dans lequel toutes les modalités d’application de l’accord seront définies.

« La Cenco n’est pas prête à conduire les bons offices indéfiniment sans résultats », avertit le communiqué des évêques. Ces derniers appellent, une fois de plus, le camp de Kabila et celui de l’opposition à « se faire les concessions majeures » pour un aboutissement heureux des négociations.

Y parviendront-ils d’ici le 28 janvier, comme l’espèrent les évêques ? Rien n’est moins sûr.

Trésor Kibangula
Jeune Afrique