Des dizaines d’arrestations lors d’une manifestation de faible ampleur à Moscou

Plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu ce dimanche après-midi à Moscou en marge d’une manifestation non autorisée – 31 selon la police, au moins 56 selon OVD-Info, une organisation spécialisée dans le suivi des manifestations. Le rassemblement, qui n’était pas soutenu par les figures de l’opposition, a été bien plus modeste que celui de la semaine dernière contre la corruption du pouvoir. Pour répondre à ces arrestations, juristes et militants de défense des droits de l’Homme se mobilisent.

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La police russe a procédé à quelques dizaines d’arrestations lors de la manifestation de faible ampleur organisée
dimanche 2 avril à Moscou.

Les observateurs ont dénombré ce dimanche 2 avril quelques centaines de personnes sur la rue Tverskaya, l’une des principales artères de la capitale, et sur la place du Manège, à deux pas du Kremlin, où les forces de l’ordre étaient mobilisées en nombre. Il s’agissait de jeunes pour la plupart. Des manifestations se sont également tenues en région mais la participation a été moindre que le 26 mars qui avait connu une forte mobilisation et de très nombreuses arrestations.

Peu de slogans, pas de banderoles. Ceux qui se risquaient à scander des messages ont été immédiatement interpellés. Un jeune homme qui se promenait en silence avec un drapeau russe a lui aussi été emmené par les policiers. Selon l’organisation OVD Info, spécialisée dans la surveillance des manifestations, au moins quatre mineurs ont été interpellés pour « troubles à l’ordre public ». Sur la place du manège, les jeunes, venus manifester contre la corruption ont eu des échanges parfois vifs avec des représentants d’organisations patriotiques venus, selon les termes de l’un d’entre eux, « protester contre les protestations ».

L’organisateur de ce rassemblement demeure inconnu. L’appel à manifester avait été lancé sur les réseaux sociaux, mais les principales figures de l’opposition russe s’en étaient dissociées, à commencer par Alexeï Navalny arrêté dimanche dernier, qui purge 15 jours de prison. L’ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski y voit une provocation claire des autorités, une nouvelle tentative de décrédibiliser le mouvement de contestation, qui a montré dimanche dernier qu’il avait du potentiel.

Memorial aide les manifestants arrêtés à organiser leur défense

Dans les locaux de Memorial, la principale organisation de défense des droits de l’homme du pays, juristes et militants sont venus donner des conseils dimanche. Face à eux, une trentaine de personnes qui prépare leur défense, rapporte notre correspondant Etienne Bouche.

Denis Chedov, juriste de Memorial, explique à RFI la démarche de l’association. « Nous voulons diffuser des connaissances juridiques de base, expliquer avec des mots simples quelle attitude adopter dans les tribunaux, que faire dans cette situation… Parce que dans les semaines à venir, ces gens vont devoir comparaître suite à leur arrestation et aux poursuites engagées. »

La grande majorité des rassemblements organisés à travers le pays avait été interdite. or la participation à une manifestation non autorisée place désormais les personnes interpellées dans le collimateur de la justice.

Alexandre, 26 ans, était dans le rassemblement moscovite. « Je marchais sur la place Pouchkine, raconte t-il, quand deux représentants des forces de l’ordre m’ont pris par les bras – je l’ai compris parce qu’ils portaient un uniforme, un casque et un gilet pare-balles. Ils ne se sont pas présentés, n’ont pas expliqué pourquoi ils m’arrêtaient. Ils m’ont fouillé illégalement, pris mon passeport, puis m’ont embarqué dans un fourgon où il y a avait déjà 25 personnes arrêtées. »

La séance est filmée et diffusée en direct sur internet. L’objectif, c’est de toucher un maximum de personnes.

Rfi.fr