Donald Trump limoge la ministre de la Justice par intérim

Lundi soir, Sally Yates a reçu en main propre une lettre d’une ligne seulement, lui indiquant qu’elle devait quitter son poste. La ministre par intérim de la Justice des États-Unis a été limogée pour avoir ouvertement montré son hostilité au décret anti-immigration signé vendredi par son nouveau président. «Sally Yates a trahi le département de la Justice en refusant d’appliquer un décret destiné à protéger les citoyens des États-Unis», s’est justifié la Maison-Blanche dans un communiqué, qualifiant Yates de «faible sur les frontières et très faible sur l’immigration illégale».

Sally Yates, alors vice-ministre de la Justice des Etats-Unis, lors d\'un conférence de presse à Washington, le 28 juin 2016.

Fonctionnaire de l’ancienne administration Obama, Sally Yates assurait l’intérim en attendant la confirmation par le Sénat de la nomination du futur ministre de la Justice, le sénateur de l’Alabama Jeff Sessions, choisi par Donald Trump et connu pour ses positions très dures en matière d’immigration clandestine. Yates avait ordonné aux procureurs de ne pas défendre le décret sur la «protection de la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis» qui interdit pendant 90 jours l’entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, pendant 120 jours l’accueil de tout réfugié et qui suspend sine die l’accueil de tous les réfugiés syriens. Sally Yates disait douter que ce décret soit «en ligne avec l’obligation solennelle de l’institution de toujours rechercher la justice et défendre ce qui est juste». Lundi, Donald Trump a également remplacé le chef intérimaire du service de l’immigration et des douanes, Daniel Ragsdale, lui aussi ancien de l’administration Obama.

Son successeur soutiendra le décret sur l’immigration

Le limogeage express de Sally Yates pourrait transformer la confirmation prochaine de Jeff Sessions au Sénat en un référendum pour ou contre le décret anti-immigration, estime le New York Times. En attendant, Dana Boente, procureur du district est de la Virginie, a été choisi pour remplacer Sally Yates jusqu’à l’entrée en fonction de du sénateur de l’Alabama. Boente a assuré qu’il soutiendrait l’ordre présidentiel et a immédiatement annulé les instructions de Sally Yates. «Je donne instruction aux hommes et aux femmes du département de la Justice de faire leur devoir comme nous l’avons juré et de défendre les ordres légaux de notre président», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le décret, mis en application immédiatement a provoqué de nombreux désordres dans les aéroports, bloquant certains voyageurs loin de chez eux. Il a suscité un tollé aux États-Unis comme dans le reste du monde. L’ancien président américain Barack Obama est sorti de son – court – silence lundi pour dénoncer toute discrimination fondée sur «la croyance ou la religion» et encourager les Américains à manifester en défense de la démocratie. Plus de cent diplomates du département d’État ont signé un mémo s’opposant à ce décret, soutenant qu’il ne dissuadera pas les attaques sur le sol américain, indique pour sa part le Washington Post.

En Europe, la chancelière allemande a affirmé que cette décision allait à «l’encontre de (sa) vision des fondements de l’aide internationale aux réfugiés et de la coopération internationale». Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a quant à lui dénoncé une situation «inacceptable et très pénalisante pour les personnes concernées».

Sur Twitter, le président américain a notamment rejeté la faute des problèmes rencontrés dans les aéroports sur les milliers de manifestants et sur un problème informatique chez la compagnie aérienne Delta.

Anne-Laure Frémont
LeFigaro.fr