Entre Le Pen et Macron, la guerre est déclarée

 À dix jours du vote, la campagne présidentielle s’emballe. Dans le Nord de la France, les deux finalistes se sont livrés un duel sans concession, sur fond de conflit social à l’usine Whirlpool. Mis à l’épreuve par Marine Le Pen, Emmanuel Macron a ensuite durement répliqué lors d’un meeting dans le Nord de la France.

« Pas ça, pas ça, pas ça ! » : c’est un Emmanuel Macron exalté qui a sonné la charge contre son adversaire du second tour de la présidentielle lors d’un discours devant des centaines de personnes réunies à Arras (Pas de Calais), l’un des territoires où Marine Le Pen a réussi ses meilleurs scores. « J’ai mal dans ma chair et dans mes racines de voir le chiffre du Front national dans les Hauts-de-France », explique le leader d’En marche ! devant les militants nordistes. Et de faire référence aux guerres mondiales qui ont sévèrement touché la région : « au nom de quoi ces femmes et ces hommes sont tombés ? Des discours de haine, de la bêtise humaine. […] Madame Le Pen et ses amis seront réfugiés au château de Montretout, mais vos enfants iront faire la même guerre. Alors, ne cédons pas à cela, alors ils ne passeront pas ! ».

Leçons de morale

Un peu plus tôt dans la journée, le vainqueur du premier tour avait subi un accueil très particulier à son arrivée à Amiens (sa ville natale), devant l’usine Whirlpool menacée par la direction américaine de fermeture et de délocalisation en Pologne. Des sifflets, des huées de la part de personnes scandant le nom de Marine Le Pen, sous le regard de nombreuses caméras de télévision. « Continuez à manger ce que vous donne Madame Le Pen, à la faire grandir, et après à donner des leçons de morale aux autres », lance Emmanuel Macron à la meute des journalistes. Car il s’était fait griller la politesse par sa dauphine, arrivée dès la mi-journée sur le parking de l’usine, expliquant que son adversaire est « du côté de l’oligarchie », alors qu’elle est « du côté des salariés français. » Présent également lors de cet après-midi surréaliste, le réalisateur François Ruffin, qui se présente aux législatives pour la gauche dans cette circonscription, « regrette » que les candidats ne soient pas venus dès l’annonce de la délocalisation de l’usine au mois de janvier.

« France soumise »

Dans ce contexte, le Front national cherche des soutiens pour le second tour. Son vice-président Florian Philippot, interrogé sur Public Sénat, souhaite un accord avec Nicolas Dupont-Aignan, qui a un projet « quasi identique » et qui fait partie « des amis » du FN. Florian Philippot fait aussi de l’œil aux électeurs de Jean Luc Mélenchon, et aux insoumis qui ne « voudront pas d’une France soumise à toutes les tutelles de la banque, du banquier de Monsieur Hollande », saluant le geste de Jean-Luc Mélenchon, « beaucoup plus cohérent et sincère que ce qu’a fait Monsieur Fillon ».

Contrairement à l’ex-candidat Les Républicains, celui de la France insoumise a en effet décidé de ne pas donner de consigne de vote, quel que soit le résultat de la consultation par internet de ses militants, provoquant la colère de la socialiste Ségolène Royal. « Il faut qu’il fasse le deuil de son élimination au premier tour, qu’il se ressaisisse pour appeler à un vote contre l’extrême-droite ».

Bruno Faure
Rfi.fr