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Dobet GNAHORE, artiste-chanteuse: « Le coupé-décalé va mourir si … ! »

 

Dobet Gnahoré a passé les fêtes de fin d’année à Abidjan. La chanteuse a mis en veilleuse ses tournées européennes pour venir « biberonner» en famille. Le temps de souffler un peu. Nous l’avons trouvée chez ses parents, à Cocody-M’Badon. L’unique « Grammy Award » ivoirienne s’est prêtée à nos questions coquines. Lisez plutôt !

On est content de te retrouver dans ta tanière…

Oui, chez papa !

Là, on est dans ton mini château. Normal pour quelqu’un qui engrange beaucoup d’argent de nombreux concerts dans le monde…

Cette  maison, je l’ai offerte à mes parents. Quand j’ai fini de faire le tour du monde, c’est ici que je  viens me ressourcer. C’est un cadeau que j’ai offert à mes parents. Quand mon timing me le permet, je  viens prendre un peu d’énergie. C’est ici que je prends également toute mon inspiration.

On est curieux de savoir ce que tu manges pendant ces temps de répit, au pays ?

Je mange un peu de tout. Maman sait ce qu’elle doit faire pour me contenter. Sauf de la viande ; je ne mange plus de viande.

Végétarienne ?

Non, pas végétarienne. Parce que je mange encore du poisson

Parle-nous de ton séjour

J’ai rencontré les vieux amis, les vieux collègues de travail du Village Kiyi. J’ai rencontré Wêrê-Wêrê Liking. Je me suis reconnectée à de nombreuses personnes que je n’avais pas vues depuis tant d’années. Je me suis reposée, j’ai pris du temps pour moi aussi. J’ai beaucoup prié aussi.

C’est vrai que  tu serais bouddhiste ?

Oui, un peu bouddhiste. Je fais aussi du yoga. Mais, je suis maintenant chrétienne.

A propos de spiritualité, au Village Ki Yi, la formation, dit-on, intègre les rites un peu spéciaux…

On faisait beaucoup de méditation. Pour être artiste, il faut être lié au Divin. D’où des exercices de yoga. Le truc, c’était de s’inspirer du divin pour être dans la création, pour être artiste. C’est très important.

On te voit faire certains rites avant tes shows…

C’est juste de la danse. Je suis aussi danseuse. L’énergie, elle existe. Elle est là. Il faut savoir la capter pour mieux s’en servir. Trop stressé avant de monter sur scène, il peut arriver qu’on ferme les yeux pour se concentrer sur le sujet. Avant tout, on est des humains…

 

Certains artistes fument avant leurs prestations. Toi, c’est quoi ton moteur ?

C’est la prière. Je prie avant de monter sur scène. Avant, j’ai essayé beaucoup de choses…

Quoi ?

J’ai fumé un peu l’herbe. Mais, je n’ai jamais touché l’autre là… (Elle hésite).

La cocaïne ?

Oui, ça je n’y ai jamais touché… J’ai fumé de l’herbe. Pas avant de monter sur scène. On est dans un milieu où on touche à certaines choses, on rencontre des gens. Mais après, on se rend compte que ça ne nous va pas du tout. Là, je ne bois plus comme avant, je ne mange plus de viande. Je fais mes prières et j’essaie de rester le plus zen possible.

La dernière fois, je t’ai vue toute frigorifiée devant les éloges de Jacob Desvarieux qui t’exprimais sa fierté pour le Grammy que tu as trusté en 2010…

C’est un ami qui m’a invitée à rencontrer Jacob Desvarieux. J’étais toute heureuse d’être devant lui. Tout ce qu’il a pu me dire m’a touchée. Ça me donne envie de bosser pour avancer. Pour que mon père ou Jacob Desvarieux soient fiers.

Le papa Dobet Gnahoré et le petit frère est membre du groupe  Kiff No Beat, leader du hip hop en Côte d’Ivoire. C’est le règne des Gnahoré sur la musique ivoirienne…

On a eu la chance de grandir au village Kiyi avec notre père. C’est peut-être une chance pour nous d’avoir été élevés dans l’art. C’est juste une chance.

On a appris que tu prépares un nouvel album. Peux-tu nous en dire quelque chose ?

Pour le moment, je ne peux rien dire. Nous sommes au stade de la maquette. Parfois, ça prend du temps plus que l’enregistrement. Vous serez informé à temps opportun.

Quel est le regard que tu portes sur la musique ivoirienne dans son ensemble ?      

Je regrette une chose, c’est l’absence de plate-forme où l’on valorise la musique ivoirienne. Le patrimoine n’est pas valorisé. Beaucoup d’artistes ont disparu de la scène. Tiens, par exemple, j’ai rencontré Séry Simplice, l’autre fois. Il ne chante plus. Or, des artistes français de la trempe de Johnny Hallyday sont encore en activité. Tout simplement parce que les Français soutiennent leurs œuvres. Séry Simplice, par exemple, ne chante plus. Et c’est dommage. Je crois que s’il était soutenu, il ne se serait pas retiré aux Etats-Unis. En Côte d’Ivoire, nous avons un patrimoine pas encore bien exploité. Nous avons une richesse folklorique extraordinaire qu’il faudra mettre en valeur.

As-tu des solutions à proposer ?

Il faut que les politiques encadrent la musique, avec la création d’espaces d’expression. Des espaces où le théâtre et les autres arts peuvent être valorisés. Quand j’étais petite, j’ai appris qu’Ernesto Djédjé avait bénéficié de moyens de l’Etat de Côte d ‘Ivoire pour lancer sa carrière, à partir de la ville de San-Pedro. Le ministère de la Culture doit mener des actions pour soutenir la création.

Que penses-tu de la chanson féminine ivoirienne ?

Il y en a qui se débrouillent très bien. Il y a Josey. Il y a aussi Ayidissa. La Côte d’Ivoire doit  pouvoir exploiter son riche patrimoine. Regardez le coupé décalé ! Il est en train de s’effriter. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’encadrement. Les techniques de chant n’évoluent pas. On ne chante pas vraiment. Ça va s’effriter, ça va mourir, si rien n’est fait. Remarquez que les Nigérians, qui se sont inspirés du coupé décalé, chantent. Ils ont de beaux clips. Ils font des concerts en live. Ils bénéficient de l’encadrement et de gros moyens.

Toi qui tourne beaucoup. Est-ce qu’il t’est arrivé de faire un flop. Un concert zéro pointé ?

Oui, quelque part, en Europe, lors d’une tournée, il y avait seulement que deux personnes dans la salle. Mais, on a joué quand même.

On va se quitter, en espérant te retrouver avec un album détonnant…

Je vais faire un album qui me plaît. Et je pense que cet album  plaira aussi aux Ivoiriens et au monde.

Moses DJINKO

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