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Manu Dibango : »Ce concert, c’est pour faire plaisir »

En prélude à la 9e édition du Marché des Arts et du Spectacle Africain dénommé (MASA) 2016 qui se tiendra du 05 au 12 mars prochain, le célèbre artiste camerounais Manu Dibango est depuis hier à Abidjan. A son arrivée, nous l’avons rencontré à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët.

 

Akwaba en Côte d’Ivoire Manu. Que ressentez-vous aujourd’hui de ce retour aux sources à après plusieurs années d’absence de la Côte d’Ivoire qui vous a vu éclore?

J’entamerai mon propos en saluant la Côte d’Ivoire et surtout ceux qui ont voulu que je sois là aujourd’hui. La Côte d’Ivoire, pour moi, c’est plusieurs boucles. Mais, je vais faire court, car ma vie est longue, pour exposer tout ici. Rire!

          « J’étais à la l’indépendance de la CI »

Mon premier voyage en Côte d’Ivoire, c’était en 1960 au moment de la fête de l’Indépendance. J’ai eu la chance de participer à cette fête-là. Je suis venu ici avec un jeune orchestre composé d’étudiants qu’on avait baptisé « Kokobliko » à cette époque-là. J’ai une pensée pour ces derniers. Certains sont devenus Ministre, Ambassadeur… Bref, chacun a fait sa vie.

La seconde fois, j’étais venu pour voir des amis qui me sont chers, mais qui ne sont plus là, aujourd’hui. La liste serait longue parce j’ai eu dans ma vie beaucoup d’amis africains, mais plus d’Ivoiriens. A notre époque, il y avait la Haute Volta et la Côte d’Ivoire. Donc, j’avais des amis des deux bords plus qu’en Afrique Centrale dont je suis originaire.

« J’ai conçu le premier générique de Radio Côte d’Ivoire » 

La vraie fois où je suis venu et que je suis resté longtemps, c’était à cause du football. Il y a eu, dans le temps, la 8e Coupe d’Afrique des Nations de Football au Cameroun en 1972, que nous avons évidemment perdue. Et j’avais composé un hymne. La face B de cette œuvre est celle qui est devenue un standard aujourd’hui. Et donc, nous avons gagné de ce côté-là.

« Soul Makossa » est arrivé et je suis allé aux Etats Unis. Et des amis ici ; jusqu’au plus haut sommet, se sont dit qu’il fallait que je revienne m’occuper de l’orchestre de la RTI. Il y avait Bonkana Maïga, que je salue de passage, qui s’occupait du Centre des arts. Voilà grosso modo… Je suis donc parti, mais j’ai toujours eu des attaches solides, ici. Ma boucle est bouclée tout en sachant que c’est moi qui ai fait le premier générique de la Radio Côte d’Ivoire en 1960. Je sais qu’il en a beaucoup qui n’étaient pas encore nés…. Et donc je suis très honoré pour cette boucle-là!

« Un artiste ne court pas derrière une décoration, mais plutôt derrière les notes »

Qu’est-ce que cela vous fait de recevoir une décoration?

… Je pense que nous les artistes, nous ne faisons pas la musique pour courir après les médailles, car nous courons plutôt après les notes. Mais, à un moment donné, il y a des personnes autour qui s’arrêtent et disent que celui-ci mérite peut-être décoré. Et c’est mon cas. Et donc, je suis très heureux de cela…

J’ai passé 4 années ici, qui ont été décisives pour moi, parce que ça m’a beaucoup apporté. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est au top  de sa musique et je suis très heureux de cela, car j’ai été un artisan du départ de cette affaire. Je suis donc heureux de ce retour-là, vu que l’événement pour lequel je suis là épouse ma vision des choses à travers le thème « réinventons les arts de la scène « . Cela me va droit au cœur car, sans réinvention, il n’y a pas d’assise, ni d’histoire et origine. Il y a donc une volonté de créer une histoire.

Pourquoi avoir mis un si long temps avant de revenir en Côte d’Ivoire, vu que vous êtes un pionnier de la musique ivoirienne?

Rire! Le moment il est long ou  court, mais c’est le moment. Rire! Vous êtes en tête de la musique urbaine ou populaire actuellement. Et donc, vous êtes au top en ce moment. Et donc l’évolution a été foudroyante en mon absence. C’est d’ailleurs suite à mon départ qu’est arrivé Alpha Blondy. Et la musique ivoirienne est montée en grade jusqu’à maintenant et c’est très bien. 

« Le choix du saxo, c’est l’amour… »

Dans quelle génération d’artiste pouvons-nous classer Manu Dibango et pourquoi le choix du saxophone?

Le choix du saxophone, c’est l’amour, non? Rire! Lorsque vous épousez une femme, est-ce que l’on vous demande pourquoi vous l’avez épousée? Rire! Pour revenir à la question, je m’interrogerai, est-ce qu’on naît musicien ou on devient musicien? Il y a donc l’environnement dans lequel vous vivez qui peut faire de vous un amoureux d’instruments occidentaux ou un amour d’instruments traditionnels. Mais, vous êtes né pour faire la musique. Aussi, on peut naître musicien, hein! Il y a toujours un débat à ce niveau.

Moi, j’ai toujours aimé la forme du saxo. Je n’avais pas les moyens de me le payer et j’étais fasciné par cet instrument. Et je suis d’ailleurs toujours fasciné. Et j’ai toujours le même amour qu’au premier jour. J’ai eu la chance de faire fusion avec lui. Il a prêté attention à mes doigts et nous bavardons depuis un certain temps. Vous savez, j’ai 82 ans. Et donc, il y a longtemps que je fais la musique. Et je souhaite cela à beaucoup d’artistes. 

« Ce concert, c’est pour faire plaisir »

Manu jouera seul avec des musiciens sur place ou est-il venu avec son orchestre?

Pour une fois que je reviens, c’est mieux que je vienne avec mon orchestre, non! C’est un honneur qui m’a été fait par le Masa et donc j’ai droit à faire plaisir, car ce concert c’est pour faire plaisir d’ailleurs… Les concerts qui passent à la télé, c’est autre chose et le live c’en est autre.

A quoi s’attendre à un concert de Manu Dibango, surtout pour la jeune génération qui n’a pas pour habitude de vous voir sur scène?

Un musicien est toujours connu par un ou deux morceaux. Lorsque Ray Charles faisait des concerts, il fallait absolument qu’il joue « Georgia on My Mind » ou « What’d I Say « , parce que c’est sur ces notes que les gens l’ont connu. Il y a toujours un aller et retour à travers des classiques pour se remémorer de vieux souvenirs et des nouveautés. Il y aussi la réactualisation de certains titres, car un morceau n’est jamais mort. Actualiser un morceau qui a 30 ans avec une couleur actuelle… Il faut aussi essayer dans son existence de faire la musique au-delà des modes. Ce n’est pas facile, mais c’est là où nous autres habitons…

Nous sommes étonnés de la fraîcheur de cet homme qui a aujourd’hui 82 ans. Alors, peut-on connaitre le secret de Manu Dibango pour rester aussi jeune, malgré ses 82 piges?

Rire…! Si c’est un secret que je vous le dis, ce n’est plus un secret. Rire! Je ne sais pas, mais chacun a son carma dans la vie. Il faut peut-être souhaiter que chacun voie beaucoup de choses dans la vie. Moi, j’ai la chance d’être reçu cette fois-ci encore ici en Côte d’Ivoire. Je suis donc très content, car c’est mieux qu’à titre posthume. 

Propos recueillis à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny par Athanase Konan

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