Espagne : au Pays basque, le risque de la contagion catalane

Région calme, aussi bien politiquement que socialement, après avoir été pendant 40 ans le théâtre d’actions terroristes, le Pays basque espagnol connait ces jours-ci quelques turbulences du fait de l’affrontement entre Madrid et Barcelone concernant le référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre.

De notre correspondant en Espagne,

Des manifestants brandissent le drapeau catalan devant la haute cour de justice à Barcelone, le 21 septembre alors que 24 organisateurs du référendum d’autodétermination de la Catalogne étaient jugés.REUTERS/Susana Vera

Il semble que la donne change au Pays basque espagnol. Le chef de l’exécutif, Iñigo Urkullu, soutient la tenue du référendum au grand dam de Madrid.

Jusque-là, l’exécutif conservateur de Mariano Rajoy pensait avoir un problème de moins, avec la tranquillité au Pays basque où, rappelons-le, ce sont les nationalistes qui gouvernent comme en Catalogne. Or, Inigo Urkullo appuie la consultation des catalans. Certes, il y a une différence de taille ; pour lui et les nationalistes basques, pas question d’un référendum illégal et interdit. Son modèle, ce sont les référendums qui ont été organisés par le passé au Quebec et en Ecosse, où il y avait un accord avec le Canada et le Royaume-Uni.

Que voudraient les nationalistes basques, au juste ?

Ce qui leur importe le plus, c’est d’utiliser la vague séparatiste en Catalogne et toutes les polémiques pour réclamer à Madrid ce qu’ils réclament depuis longtemps, à savoir la reconnaissance officielle de la nation basque. Au sein d’une grande confédération espagnole, un peu comme en Suisse. Alors, pour le gouvernement Rajoy, c’est un problème, parce qu’il gouverne à Madrid en minorité précisément avec les Basque nationalistes. ll a notamment besoin d’eux pour approuver le budget annuel d’ici peu. Alors, un débat sur la plurinationalité, c’est le pire pour le conservateur Rajoy.

Peut-on craindre une contagion de ce qu’il se passe en Catalogne au Pays basque ?

Non, sauf énorme surprise. Pour deux raisons principales. La région est si l’on peut dire encore sous le vaccin de la paix après quatre décennies de terrorisme de l’organisation séparatiste ETA. Les Basques sont fatigués de la violence et apprécient l’actuel climat paisible de concorde. L’autre raison, c’est que les Basques ont ce que les Catalans veulent, à savoir une quasi souveraineté fiscale ; ils reversent bien peu d’argent à Madrid comparé à ce que reverse la Catalogne, alors leur économie est florissante et le chômage très faible. Malgré tout, le pouvoir central à Madrid devrait se méfier. il y a aussi une flamme indépendantiste au Pays basques. Si la situation empire en Catalogne, tous les scénarios sont possibles, y compris la revendication basque aussi d’un référendum d’autodétermination.

Par François Musseau
Rfi.fr