Espagne: plongée dans l’incertitude, la Catalogne vote pour son avenir politique

Les bureaux de vote ont ouvert ce jeudi matin à 9h, heures locales. Les votants vont se rendre dans les divers collèges de la région, jusqu’à 20 heures. Mais après cela, ce sera l’incertitude, souligne notre correspondant à Madrid, François Musseau. Car il est fort probable que les sondages de sortie des urnes ne renseignent pas beaucoup, voire même que les tendances soient trompeuses.

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Une urne dans un bureau de vote à Barcelone, la veille du scrutin, à Barcelone, le 20 décembre.

Les écarts sont en effet faibles entre les principales formations, Esquerra et Junts pel Sí pour le camp séparatiste, socialistes et Ciudadanos pour le camp espagnoliste, avec entre les deux, comme arbitre, la gauche radicale de Podemos.

Pour savoir qui emportera la mise, il faudra attendre les résultats définitifs tard dans la soirée. Mais, même à ce stade, personne ne sera certainement au clair sur l’avenir politique de la Catalogne.

Car si comme c’est probable, le parti qui arrive en tête ne peut tisser d’alliance pour former une majorité absolue, alors il faudra attendre des semaines de négociations. Et finalement savoir qui des séparatistes ou des unionistes a emporté la mise. Les observateurs sont pour la plupart pessimistes et pensent que le résultat aboutira à de nouvelles législatives. 

Madrid plutôt unioniste

Chacun est donc conscient de la grande incertitude qui prévaut avec les deux blocs, rappelle notre envoyée spéciale, Juliette Gheerbrant. Mais à Madrid, le sentiment qui domine est très largement en faveur de l’unité de l’Espagne. Avec des nuances toutefois : les électeurs conservateurs défendent la mise sous tutelle de la région autonome par le gouvernement ; ceux de l’opposition dénoncent le blocage qu’ils imputent à une mauvaise gestion de la crise par Mariano Rajoy.

Tous en tout cas critiquent la démarche unilatérale des indépendantistes. A de rares exceptions près, l’incompréhension domine face au désir de sécession. « On les aime les Catalans, et il faut qu’ils comprennent qu’on est mieux ensemble », disait un Madrilène ce jeudi matin. Et comment expliquer cette volonté de se séparer de l’Europe malgré tous les risques économiques que cela implique ?

Aucun parti ne devrait obtenir la majorité

Beaucoup aussi ont hâte de voir la crise se terminer. Une jeune femme se disait fatiguée par cette situation, et craignait en même temps que ces élections ne résolvent rien.

Car dans tous les cas, aucun parti n’obtiendra la majorité absolue et les tractations pour mettre en place un gouvernement s’annoncent très longues et compliquées. Même si pour beaucoup de Madrilènes, le risque de démarche unilatérale semble écarté, les questions liées à l’autonomie fiscale et aux revendications de davantage d’indépendance vis-à-vis de Madrid vont rester.

Pour moi, le nationalisme, c’est égoïste et anachronique. Je ne suis pas pour les indépendantistes et ils ont géré les choses de façon catastrophique, mais le gouvernement a été encore pire.
par Juliette Gheerbrant
Rfi.fr