Esplanade des mosquées: un mouvement protestataire issu de la rue palestinienne

Après une semaine d’affrontements meurtriers, Israël a décidé de retirer les détecteurs de métaux installés sur l’esplanade des Mosquées suite à l’attaque du 14 juillet, qui avait coûté la vie à deux policiers. Mais l’alternative sécuritaire proposée, des caméras «intelligentes» dans la Vieille Ville, est également contestée par les fidèles musulmans. Ils se sont réunis mardi 25 juillet en masse pour protester. Avant d’être dispersés violemment par la police.

Avec notre correspondante dans la région, Marine Vlahovic

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Prière de Palestiniens près de la porte des Lions, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 24 juillet 2017.

 

Pour remplacer les détecteurs de métaux autour de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, Israël avait annoncé la mise en place de caméras « intelligentes » dans toute la Vieille Ville. Un plan à 25 millions de dollars. Mais les fidèles demandent le retrait de toutes les mesures de sécurité autour du lieu saint.

Et si les autorités religieuses musulmanes ont initié le mouvement de contestation il y a quelques jours, en appelant au boycott de l’esplanade des Mosquées, il semble que ce sont les habitants de Jérusalem-Est qui désormais mènent la danse. Ce sont eux qui se sont rassemblés mardi soir par milliers pour dénoncer l’alternative aux détecteurs de métaux proposée par Israël.

Les ambiguïtés du Waqf

Le Waqf, « institution cultuelle et culturelle », explique Frédéric Encel, qui gère les lieux saints et prend ses ordres de Jordanie, a adopté une position ambiguë, se cachant d’abord derrière la création d’un comité technique chargé d’évaluer la situation, tout en demandant à ce que la situation revienne « à ce qu’elle était avant le 14 juillet ». Sûrement pour contenter la rue palestinienne, car encore une fois, c’est elle qui donne le ton.

Le Waqf peut exiger qu’il y ait non seulement plus de portique, mais pas non de caméras, et en fait, aucune installation de sécurité. Autrement dit revenir au statu quo ante, ce qui lui permettrait d’obtenir davantage d’autonomie vis-à-vis du pouvoir politique que constitue l’Etat jordanien
Frédéric Encel, maître de conférence à Sciences po-Paris26/07/2017 – par Benjamin Delille

Un mouvement qui se veut indépendant des forces politiques

Dans la foule qui se rassemble pour prier depuis dix jours, on trouve des habitants de différents quartiers de Jérusalem-Est. Pratiquants ou non, ils prennent le micro à tour de rôle pour s’exprimer. Un mouvement de société civile, non violent. Une fois la prière achevée, les appels au calme résonnent de toute part. Les heurts éclatent souvent après que la foule a été dispersée par la police israélienne.

C’est également un mouvement sans logique partisane, et que ses membres disent sans leadership. Ni Fatah, ni Hamas, les deux factions palestiniennes rivales, mais seulement le peuple de Jérusalem-Est, répètent inlassablement les manifestants. Les deux partis essaie pourtant de tirer leur épingle du jeu.

Mardi, le Fatah de Mahmoud Abbas a appelé à poursuivre la mobilisation, tandis que le président de l’Autorité palestinienne lui-même a annoncé le maintien du gel de la coopération sécuritaire avec Israël en Cisjordanie. Une décision lourde, qui pourrait embraser les Territoires palestiniens. Les fidèles de Jérusalem promettent quant à eux de se réunir encore ce mercredi en nombre.


Prière dans la Vieille Ville de Jérusalem, près de la porte des Lions, le 24 juillet 2017.
Rfi.fr