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Et si Arafat chantait ?…

L’année 2015 aura été une année de consécration pour Dj Arafat. Sur le continent, aussi bien qu’aux Etats-Unis, au Canada et en Europe, le chanteur ivoirien a confirmé sa marche ascensionnelle. Son talent, il le doit à sa puissance de souffle. Et à l’explosivité de son encodage musical arrimé à un hallucinant débit de paroles saccadées. N’en déplaise aux puristes, Arafat a été bombardé N°1 du classement du magazine FORBES et de la chaîne musicale TRACE TV, sans véritablement être un chanteur à voix. Et s’il chantait maintenant ?

Aux derniers Kora Music Awards, à Abidjan, Dj Arafat a trusté deux trophées. Il était le seul artiste à glaner deux titres à cette édition. Une chose qui faisait de l’héritier de Houon Pierre le « roi » d’Afrique, côté chanson. A l’image de Koffi Olomidé, lui, bombardé de quatre trophées à cette édition, et qui ne cesse de s’enorgueillir, DJ Arafat s’est lui précipité en studio pour l’autocélébration attendue. Et depuis, ce sont des piques envoyées régulièrement à ses « adversaires ». « Je suis deux fois koraman, celui qui va essayer de se mesurer à moi va dormir ». Ou encore : « Vous voulez me tuer, mais seule la volonté de Dieu peut le faire ». Ces attaques en règle sont légion dans les chansons d’Arafat. Un peu comme celles d’un Koffi Olomidé constamment braqué contre certains chanteurs congolais dans ses chansons. Les pseudonymes ronflant du « Rambo » du Zaïre, autoproclamé « Le professeur des Elèves », « Lettre A », ou « Quadra Koramen » s’inscrivent chez lui  dans le paradigme du narcissisme. A tort ou à raison ?

Quand Arafat domine l’Afrique …

Sans se hasarder à faire un parallélisme entre Arafat et Koffi Olomidé, il y a cependant beaucoup de similitudes entre les deux artistes chanteurs. A quelques différences près. Le chanteur congolais a une riche carrière couronnée par le succès continental. Toute l’Afrique s’est laissé gagner par le swing de l’homme à la voix gutturale et de sa musique entraînante. Arafat, qui commence sa carrière, connaît le même succès. En témoigne le plein des stades à mettre au compte de sa musique électrisante. Les jeunesses du continent ne jurent que par lui. De Bamako à N’Djaména, en passant par Ouaga, Lomé, Cotonou, le fils de Tina Spencer passe pour être incontestablement la nouvelle coqueluche de la chanson africaine. En témoigne le dernier classement de la chaîne  musicale TRACE TV et du classement Forbes,  qui font d’Arafat le N°1 de la musique continentale. Et ce, devant des grands ténors et non des moindres de la musique africaine. Un clin d’œil sur ce classement fait observer que l’influence continentale d’Arafat dépasse de très loin celle d’un  Youssou Ndour, d’un Alpha Blondy ou du groupe nigérian P-Square.

Seulement voilà ! Il s’en trouve des puristes pour qui le succès d’Arafat ne repose en rien sur des données cartésiennes. Pourquoi ? Pour beaucoup d’observateurs, Arafat ne chante véritablement pas. Contrairement à un Koffi Olomidé ou le groupe Magic System,  relégués très loin derrière Arafat dans le classement des artistes les plus influents d’Afrique de l’année 2015, le « Termistocle » ne chante véritablement pas. Il se contente de partitions phonographiques dans lesquelles il psalmodie des paroles presque insensées. Le tout soutenu par des incantations dont lui seul connaît la signification. Le mode opératoire d’Afarat est comparable à celui de Bill Callonge alias  Bill Clinton, l’ex-célèbre animateur de Wenge Musica version Werrason. Ils ont le même débit vocal. Le même tranchant dans le rendu de l’animation. Dans ses « Atalaku » (Ndlr : les animations) désordonnés que Arafat débite dans ses chansons, aucun respect des limites. Du moins dans les textes. A part celui des lignes mélodiques. En clair, Arafat est un chanteur complètement atypique. Non seulement son débit hallucinant insensé plaît, les chorégraphies qui accompagnent ses créations musicales enfièvrent les foules. On aurait dit de la pure magie.

Si et seulement si,  il chantait ?

Observons les Featuring d’Arafat avec les autres chanteurs ! Dans ses collaborations, les prestations du prénommé « Zeus » ne volent pas haut. Dans son duo avec Davido, par exemple,  Arafat s’est montré très moyen.

Idem avec l’autre chanteur nigérian,  J Martins.

Que dire de son duo avec le groupe togolais Toofan, où le double Koraman est complètement passé à côté de la plaque ?

Le dernier Arafat-Yémi Aladé achève de convaincre que Houon Didier est peu à l’aise dans les « confrontations » où traditionnellement les chanteurs à voix prennent un réel plaisir à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Dans ce type d’exercice, personne ne veut se laisser écraser par « l’adversaire » du jour. Or, Arafat apparaît complètement phagocyté dans tous ces duos. A moins qu’il triche dans ses collaborations. Afin de tout garder pour lui.  Un peu à l’image des attaquants de pointe en football, dont l’efficacité est guidée par un principe sacrosaint, l’égoïsme.

En dépit de tout ce qui précède, Arafat est bombardé N°1 de la chanson africaine. Sans vraiment être un chanteur à voix. Le jour où il optera pour le chant pur adossé à des lignes mélodiques, alors, ne serait-il catapulté sur la planète mars ?

Moses Djinko

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