Etats-Unis: l’Alabama s’apprête à élire son sénateur lors d’un scrutin décisif

Le président américain a mis tout son poids dans la campagne pour faire élire Roy Moore dans le fauteuil de sénateur de Jeff Sessions, nommé ministre de la Justice. Roy Moore est un juge très controversé, mais il est surtout accusé d’harcèlement et d’agression sexuelle. Neuf femmes ont témoigné avoir été victimes de comportements scabreux de la part du candidat républicain, certaines victimes d’attouchements sexuels. Une des victimes était âgée de 14 ans à l’époque des faits. Le candidat dément en bloc, et il est soutenu par la Maison Blanche. Ce lundi 11 décembre, un autre poids lourd est entré dans la campagne : Barack Obama est intervenu pour soutenir Doug Jones le candidat démocrate.

Avec notre correspondante à Washington,  Anne Corpet

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Une affiche de campagne du candidat controversé Roy Moore à Birmingham, en Alabama, le 10 décembre. 

Donald Trump s’est dit troublé par les accusations d’agression sexuelle contre Roy Moore qui n’a cessé de nier les faits, mais il s’est finalement pleinement lancé dans la campagne.

Il tweete en sa faveur et a organisé un meeting de soutien la semaine dernière. Depuis dimanche soir, les électeurs de l’Alabama reçoivent aussi ce message par téléphone : « C’est le président Donald Trump et j’ai besoin que les habitants d’Alabama aillent voter pour Roy Moore. Mais si l’Alabama élit le démocrate libéral Doug Jones tous nos progrès seront gelés. Nous avons besoin que Roy aide les sénateurs républicains. »

L’enjeu pour Donald Trump est crucial. Si Roy Moore ne l’emporte pas, les républicains n’auront plus qu’une voix d’avance au Sénat, et cela risquerait de compromettre bien des projets de la Maison Blanche. Mais les frasques sexuelles supposées du candidat ont semé le doute dans cet Etat très conservateur. L’autre sénateur républicain de l’Alabama a annoncé qu’il refusait de voter pour Roy Moore.

« Avec toutes ces accusations… Quand l’histoire de la fille de 14 ans est sortie j’ai dit : ça suffit je ne peux pas voter pour Roy Moore », a déclaré Richard Shelby.

Les sénateurs républicains sont un peu inquiets à l’idée de voir arriver ce trublion parmi eux. D’abord, il est résolument hostile à l’establishment et conspue régulièrement les institutions de Washington. Ensuite, Roy Moore est connu pour ses outrances. Il a par exemple déclaré que l’homosexualité devrait être illéale et que les musulmans ne devraient pas avoir le droit de siéger au Congrès.

Un scrutin qui s’annonce très serré

Une personnalité qui a même réussi à déstabiliser l’électorat très conservateur, comme l’explique Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l’université Paris 2, qui vient de publier « Trumpland, portrait d’une Amérique divisée » :

C’est un homme qui d’abord est connu pour des positions très fortes contre l’avortement et contre l’homosexualité. Je ne vous parle même pas des transgenres. La semaine dernière, il a déclaré que l’Amérique était grande du temps de l’esclavage…
Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l’université Paris 2(Propos recueillis par Victor Zammit)

Si l’Alabama est un Etat très conservateur, les témoignages des femmes qui disent avoir été agressées ont ébranlé une partie de l’électorat. Doug Jones, le candidat démocrate à cette élection a aussi fédéré des soutiens de poids.

Les sondages sont très serrés et Barack Obama s’est finalement lui aussi jeté dans la campagne pour tenter de faire pencher la balance côté démocrate. Il a lui à son tour enregistré un message téléphonique ce lundi à l’adresse des électeurs. Cela vise notamment l’électorat noir de l’Alabama qui pourrait faire la différence, s’il se déplace aux urnes.

Qui est Doug Jones, le candidat démocrate face à Roy Moore ? Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l’université Paris 2, dresse son portrait :

Doug Jones est un avocat qui est un inconnu en politique américaine au plan national, mais qui n’est pas inconnu en Alabama parce que c’est quelqu’un qui a notamment mené un procès assez célèbre contre un leader du Ku Klux Klan et contre le Ku Klux Klan de façon plus étendue. Ce qui fait que la population afro-américaine lui en est très reconnaissante, et cette population afro-américaine est très importante en Alabama puisqu’elle représente 25% du corps électoral.
Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l’université Paris 2(Propos recueillis par Victor Zammit)
RFI