Exactions aux Kasaï en RDC: des questions autour d’un enregistrement sonore

En RDC, un enregistrement audio diffusé sur les réseaux sociaux soulève nombre d’interrogations. Il contient deux conversations téléphoniques, où l’on entend un échange supposé entre Clément Kanku, député et ancien ministre, et un présumé milicien Kamuina Nsapu dans les Kasaï qui l’informe sur les détails d’une attaque en cours. Le New York Times a révélé l’existence de cet enregistrement, qui se trouvait dans l’ordinateur de l’experte de l’ONU, Zaida Catalan, tuée en mars dernier avec son confrère, Michael Sharp. Mais au-delà de l’article du NYT, ces deux conversations enregistrées posent beaucoup de questions.

La Monusco, le 20 février 2017 à Tshimbulu, dans le Kasaï central, pour tenter de promouvoir le dialogue (photo d’illustration).

Première question: qui a choisi de rendre publiques ces deux conversations téléphoniques et de les mettre en ligne, sachant que ce n’est pas le New York Times ?

Ces enregistrements, qui font état de l’implication potentielle du député Clément Kanku dans une attaque de miliciens, dans les Kasaï, sont en fait des écoutes téléphoniques réalisées par les Services congolais de renseignements. Ils sont normalement tenus secrets. Comment alors se sont-ils retrouvés sur les réseaux sociaux ?

Autre question: pourquoi ces enregistrements qui font état d’actes graves, n’ont-ils pas eu d’autres conséquences que celle d’une convocation de Clément Kanku par les autorités, quelques jours après les faits, pour s’en expliquer devant témoin ?

Depuis, en effet, il n’y a eu ni poursuite, ni procédure judiciaire.

Enfin, plus étrange encore, alors que les autorités connaissaient l’existence de ces enregistrements pour les avoir réalisés, Clément Kanku a été nommé ministre du Développement en décembre dernier, jusqu’à la démission de son gouvernement début avril.

Le député Clément Kanku lui-même ne s’est pas encore exprimé sur l’affaire. Sa conférence de presse a été reportée à mardi. Aucune réaction, pour le moment, également du côté des autorités.

Rfi.fr