France: le gouvernement annonce le retour de la police de proximité

Elle sera mise en place « avant la fin de l’année », promet le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb (Le Figaro). Et, quatorze ans après sa disparition, portera le nom de « police de la sécurité du quotidien ».

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Les forces de l’ordre ont accueilli avec scepticisme l’annonce de la mise en place d’une police du quotidien en France.

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Alors candidat, l’actuel président de la République disait souhaiter « construire avec les élus de terrain, avec la population et l’ensemble des acteurs, les solutions de sécurité. » Dans les colonnes du journal Le Figaro, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, officialise le projet, mais ne donne aucun détail, en revanche, sur ce que sera effectivement cette police, aucune précision sur les effectifs ou le budget qui sera alloué à la création de cette force.

Créée sous le gouvernement de Lionel Jospin, dans les années 1990, sur le modèle québécois, la « Pol Prox » avait été enterrée, avec pertes et fracas, en 2003 par Nicolas Sarkozy. A l’époque ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, le locataire de la place Beauvau prône la culture du résultat.

Le 3 février 2003, Nicolas Sarkozy est en déplacement à Toulouse (sud-ouest) et se rend dans un commissariat en zone sensible, le Mirail, où les policiers travaillent depuis plusieurs années à cette police de proximité. Le ministre et futur président tance les policiers. 

Le travail de prévention que vous faites est très utile, mais vous n’êtes pas des travailleurs sociaux, maintenant, il faut se mobiliser, matin, midi et soir.
Reportage: Nicolas Sarkozy en déplacement à Toulouse dans un commissariat de police d’un quariter sensible.17/08/2017 – par Raphaël Reynes

Pour tenir ces propos, Nicolas Sarkozy s’appuie, à l’époque, sur plusieurs rapports dont celui, en 2001, de l’Inspection générale de la police nationale. L’IGPN juge la police de proximité « inadaptée », avec des policiers « inexpérimentés », « exposés » et « sous-encadrés ».

Aucun des piliers fondateurs de la police de proximité n’est épargné par la critique. L’action de terrain, d’abord. Le policier « de proximité » devait reprendre possession de la rue. C’est raté, estime l’IGPN qui souligne que les gardiens de la paix s’estiment, à tort ou à raison, « seuls ».

La polyvalence des hommes, ensuite. Les policiers, version « Pol Prox » devaient être capables de patrouiller, discuter avec la population, rassurer et réprimer quand nécessaire. Raté, là encore, notait la police des polices en 2001.

La fidélisation des hommes sur leur secteur, enfin. L’IGPN écrit que « les jeunes gardiens de la paix en quête de mutation rapide pour fuir la région parisienne n’apportent rien de durable dans les villes où ils sont affectés ».

Les policiers sceptiques

Le constat est sévère. La police de proximité est enterrée et l’annonce de son retour rend les policiers sceptiques. Cette nouvelle force sera-t-elle composée des 10 000 policiers supplémentaires promis par Emmanuel Macron durant la campagne ? Sera-t-elle plus proche des 20 000 hommes prévus à l’époque de Lionel Jospin ? Comment sera-t-elle financée alors que leur ministère de tutelle a vu son budget raboté d’un peu plus de 520 millions d’euros pour 2017 ?

« C’est un changement de mentalité, cela va prendre un peu de temps », estime Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa-Police. « Il faut mettre un terme aux zones de non-droit » estime, de son côté, Yves Lefebvre, secrétaire général de SGP Unité-Police, qui dénonce « une grossière erreur ». A Alliance Police Nationale, Benoit Baret, secrétaire général adjoint, renchérit : « aujourd’hui, le sujet, c’est le problème des impunités. »

Il faut tirer les leçons du passé, préviennent les syndicats. L’Unsa-police appelle à une expérimentation de 6 mois dans des territoires ciblés.

Raphaël Reynes
Rfi.fr