France: jusqu’à 16 000 nouvelles places de prison d’ici 2025.

Les prisons françaises sont bien trop peuplées. Record battu cet été : près de 70 000 détenus. Il y a quelques jours, le Premier ministre Manuel Valls a réclamé la construction de 10 000 places dans les années qui viennent. Le but, à terme, est d’avoir des cellules individuelles pour tous. Mais le ministre de la Justice va plus loin, puisqu’il a annoncé ce mardi 20 septembre entre 10 000 et 16 000 nouvelles cellules à l’horizon 2025.

Il va falloir construire entre 10 309 et 16 143 nouvelles cellules d’ici au 1er janvier 2025, a déclaré le ministre français de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, lors d’une visite à la maison d’arrêt de Fresnes, près de Paris. Objectif : permettre la généralisation de l’encellulement individuel dans les prisons, un principe inscrit dans le droit depuis 140 ans, mais jamais respecté. Aujourd’hui, seuls 38 % des détenus sont seuls dans leur cellule.

La situation s’est aggravée ces dernières années. Par exemple, à Fresnes, comme le garde des Sceaux l’a rappelé, 2 829 personnes sont incarcérées, alors que l’établissement ne compte que 1 707 places. C’est dire si l’objectif d’une personne par cellule semble loin. Une seule solution pour le ministre : il faut construire, mais aussi mieux exploiter les places inoccupées.

Trois régions prioritaires pour de nouvelles prisons

Car c’est un paradoxe : au 1er août dernier, 2 300 places étaient vacantes, alors que 1 500 détenus dormaient sur des matelas posés au sol. Pour atteindre son objectif, Jean-Jacques Urvoas a insisté sur la nécessité du consensus politique. Au lendemain des échéances électorales, la réalité carcérale s’imposera, a-t-il déclaré. Il souhaite ainsi lancer la création de 3 900 nouvelles cellules dès 2017.

Trois régions prioritaires seront concernées : Île-de-France, Toulouse et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). Pour cela, il faudra débloquer plus d’un milliard d’euros de budget. A sept mois de l’élection présidentielle, Jean-Jacques Urvoas insiste pour en finir avec la surpopulation carcérale. Selon lui, il faut dépasser les querelles partisanes. Pour cela, le ministre prône « un engagement législatif durable : une loi de programmation qui enjambe les élections et les partis ».

Mais en marge de la visite, devant la prison où s’étaient réunis quelques représentants syndicaux, le surveillant Cédric Boyer ne se fait guère d’illusions : « Cela fait des années que l’on nous fait des promesses. Moi, je ne crois plus au père Noël. »

Des associations dénoncent le tout sécuritaire

Plusieurs associations dont l’Observatoire international des prisons, Emmaüs ou encore le syndicat de la magistrature ont réagi aux propositions de Jean-Jacques Urvoas lors d’une conférence de presse qui s’est tenue dans un centre de réinsertion. Pour Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature, tout le budget est englouti dans la construction de cellules. Elle dénonce une politique du tout carcéral qui ne résout rien. Pour les associations, il faut avant tout mettre l’accent sur les alternatives à la prison, comme les aménagements de peines ou encore le placement sous bracelet électronique, qui permettent de limiter la récidive.