Gambie: la présence d’une force de la Cédéao suscite des interrogations

La Cédéao étudie actuellement la situation sécuritaire en Gambie et devrait décider dans les heures qui viennent de la durée effective de la présence de ses soldats sur le terrain. Les forces de la Cédéao sont entrées dimanche 22 janvier en Gambie après le départ en exil de Yahya Jammeh. Une présence qui n’était pas explicitement prévue dans le mandat initial de la force et qui pose un certain nombre de questions. Le président Barrow qui devrait rentrer ce jeudi 26 janvier a souhaité une présence de ces troupes pendant six mois, mais la Cédéao pourrait s’accorder sur un délai plus court.

Des soldats de la Cédéao patrouillent à la frontière sénégalo-gambienne, le 20 janvier 2017. © REUTERS/Thierry Gouegnon

Les diplomates n’aiment guère l’imprévu. Or depuis dimanche la situation en Gambie est une suite d’imprévus. Il n’était pas prévu que les forces de la Cédéao entrent en Gambie après le départ de Yahya Jammeh. Il n’était pas non plus prévu que le président Barrow tarde autant à rentrer dans son pays.

Un diplomate onusien ne cache pas son étonnement face aux inquiétudes sécuritaires avancées par le président Barrow alors que la situation à Banjul est calme. Selon ce diplomate, la Cédéao doit clarifier sa présence au plus vite afin de ne pas perdre sa crédibilité. Des diplomates estiment que la MICEGA, la mission de la Cédéao en Gambie doit être dotée d’un mandat spécifique. Car à l’origine, elles ne devait intervenir que pour chasser l’ex-dictateur gambien et non s’installer dans le pays.

C’est justement ce à quoi s’attache l’état-major de la force en attente ouest-africaine qui est allé mercredi s’enquérir de la situation sécuritaire et devrait préconiser aux instances dirigeantes de la Cédéao un calendrier précis. Adama Barrow a souhaité une présence de ces forces pendant six mois, selon le président de la commission de la Cédéao.

Questionnements autour de la Casamance

Adama Barrow a besoin des troupes de la Cédéao et il l’a clairement fait savoir. Le président, qui n’a pas encore le contrôle effectif des services de sécurité, s’inquiète de la présence possible de mercenaires en Gambie et l’existence de stock d’armes non contrôlées par les autorités.

Dans le collimateur d’Adama Barrow, il y a le village de Kanilaï. Village natal de l’ex-président Jammeh, où sont concentrés des soldats de sa garde rapprochée. On ne sait pas encore quelles sont les intentions de ces soldats et de ces combattants. Et dans le doute, la présence des troupes de la Cédéao est nécessaire, selon l’entourage d’Adama Barrow. Pour autant, certains diplomates onusiens attendent que la CEDEAO clarifie les choses.

A travers ces subtilités se dessinent les réticences de certains pays qui s’interrogent sur les intentions du Sénégal, dont les forces constituent l’armature de la MICEGA. Car sécuriser la Gambie revient aussi à se poser la question de la rébellion casamançaise, dont l’un des fronts, le front Nord est justement basé dans zone de Kanilaï.

Rfi