Ghana: les indépendantistes du méconnu «Togoland» devant la justice

Le procès de trois indépendantistes du Togoland s’est ouvert mardi 11 avril devant le tribunal de Ho dans le sud-est du Ghana. Ils ont été arrêtés au début du mois de mars alors qu’ils tenaient un rassemblement, et distribuaient des T-shirts à l’effigie de ce territoire. Le Togoland, un territoire méconnu qui a une histoire ancienne.

Le Togoland allemand avait une superficie de 88 500 kilomètres carrés. Après la Première Guerre mondiale, 2/3 ont été confiés à la France, 1/3 confié aux Britanniques. Cette partie rejoint le Ghana et devient la région de la Volta. (En rose sur la carte).

Par Fabrice Wuimo Wintche,

Le Togoland est un ancien protectorat allemand qui a existé entre 1884 et 1914. Après la défaite de l’Allemagne lors de la Grande Guerre, le Togoland a été divisé entre la France et la Grande-Bretagne sous le mandat de la Société Des Nations. En 1956, Le Togoland français devient indépendant. Quant à la partie britannique, elle est rattachée au Gold Coast (actuel Ghana) après un référendum. C’est dans cette partie ghanéenne que des groupes de nostalgiques réclamant un retour du Togoland ont vu le jour. Ils rejettent le référendum de 1956 et pensent que l’union du Togoland au Ghana n’est toujours pas effective.

L’éveil du sécessionnisme « Togolandais »

Les mouvements sécessionnistes du Togoland existent depuis au moins dix. Ils sont nés et se sont accrus du sentiment d’abandon des populations de l’est du Ghana vis-à-vis des autres parties du pays. Puis les indépendantistes se sont structurés et ont formé le « Homeland Study Group Foundation ». C’est l’entité qui réunit tous les partisans du Togoland. Ils n’avaient pas fait de vagues jusqu’à l’an dernier, où ils ont ouvertement réclamé l’autonomie du Togoland. Depuis, le mouvement mène une campagne pour que la région de la Volta, au sud-est, et certaines parties de la région du nord et de l’est du Ghana se joignent pour former le nouvel Etat.

Il y a un an, au moment des élections générales, les autonomistes ont appelé les Ghanéens de l’est à s’abstenir de voter. George Korku Avotri, le secrétaire général de l’Assemblée locale des indépendantistes à Ho, a déclaré que les activités électorales sur le territoire du Togoland sont illégales et enfreignent certains traités internationaux de l’ONU. Cette nouvelle forme de propagande, plus directe, a provoqué la colère des autorités.

Un procès pour l’exemple

Les gouvernements ghanéens successifs depuis les mandats de John Kufuor s’étaient toujours montrés laxistes envers les mouvements de sécession du Togoland. La donne semble avoir changé aujourd’hui. Les rassemblements du Homeland Study Group Foundation sont interdits. Les autorités sont décidées à ériger ce procès des trois indépendantistes en avertissement pour toutes les autres velléités d’indépendance du Togoland. Ainsi, la justice a retenu le chef d’inculpation de trahison, dont la condamnation peut aller jusqu’à la peine de mort. Mais le Ghana n’applique plus la peine capitale depuis 1993.

Rfi.fr