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Grogne des militaires : Pour bien comprendre la situation

Le mouvement de grogne des militaires, lancé vendredi dernier depuis Bouaké, atteint des proportions inquiétantes. Circonscrite initialement dans les camps militaires par des tirs d’armes automatiques et des rafales sporadiques, la mutinerie a gagné de nombreuse ville du pays.
A Bouaké, les soldats en colère qui patrouillaient tranquillement dans la deuxième ville du pays en tirant en l’air pour empêcher la population de sortir de chez elle, a corsé sa position en détenant les corridors d’entrée et de sortie de la ville et des artères stratégiques
Cette façon de faire a été appliquée presqu’identiquement dans les villes de Korhogo, Daloa, Man, Séguéla, Guiglo…

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La rencontre de Chérif Ousmane, Wattao et Koné Zakaria à Tiebissou, hier dimanche à Tiebissou (près de Bouaké), avec les mutins, dans l’optique de trouver un compromis a échoué. Les mutins sont sortis de là encore plus en colère. Certainement qu’ils avaient été l’objet de menace ou de chantage de la part des négociateurs de la hiérarchie militaire. Un d’entre eux, visiblement très remonté, avait lancé à l’AFP : “Qu’ils nous envoient ce qu’ils veulent. On est prêts”. En clair, les mutins se disent “prêts à en découdre” avec l’armée loyaliste si elle intervenait. Très irrité, un autre a lancé « On veut l’argent, c’est tout! Il n’y pas à discuter ».
Akouedo et tous les autres camps militaires sont rentrés dans la danse.
Avant cela, le vendredi à Abidjan, un important dispositif loyaliste (Garde Républicaine, police et gendarmerie) avait été déployé à Abidjan, obligeant les mutins d’Abidjan à se retrancher.

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Ce qui a mis le feu aux poudres

Dans le mois de janvier 2017, un mouvement de 8400 militaires avait réclamé 12 millions de francs CFA de primes pour chacun d’eux. Les mutins avaient obtenu le versement dès janvier de 5 millions. On leur avait promis les 7 millions restants par tranche, à partir de ce mois de mai. Contre toute attente, Jeudi dernier, un représentant de soldats, prétendant être le porte-parole des 8400, avait annoncé, lors d’une cérémonie en présence du Président Alassane Ouattara, de renoncer aux revendications financières. Cela a déclenché une colère noire de ses co-légionnaires qui disent ne pas se reconnaitre dans ces déclarations. C’est la raison de ce nouveau mouvement de grogne depuis vendredi.

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Conséquences

Des conséquences énormes et de tous ordres sont à craindre. Déjà, on déplore des blessés et des morts, dans certaines localités. L’indiscipline et la désobéissance militaire pourraient entrainer des sanctions graves aux contrevenants, c’est à dire les mutins. En effet, après la sortie du Général Touré Sékou, Chef d’Etat-major qui a lancé à la RTI un nouvel appel aux soldats indisciplinés, leur demandant de libérer les corridors et de retourner en caserne et de déposer les armes… (sic), les mutins ont ainsi réagi devant le correspondant de l’Afp à Bouaké: ”Ils savent qui on est, ils savent qu’on sait combattre…On ne va pas se battre avec nos frères. Nous sommes des militaires”, affirme le sergent Tahirou Dirassouba. Autour de lui, la plupart de ses camarades étaient plus vindicatifs et bombent le torse “Nous, on est là. Un point c’est tout. En face, ils savent qui on est, qu’on sait combattre. Ouattara est arrivé au pouvoir grâce à nous. S’ils veulent un bain de sang! On espère éviter mais on est là”, expliquent-ils avec une colère froide, en brandissant leurs armes.

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Aujourd’hui, Bouaké est entièrement sous le contrôle des mutins. Plusieurs villes du pays sont paralysées. La situation à Abidjan est alarmante. La Riviera est assiégée. La commune de Bingerville est inaccessible. Le camp d’Akoudo, le camp Gallieni, le nouveau camp, route de Bingerville… sont occupés pour la plupart, par les mutins. La commune d’Adjamé est presque sous couvre-feu, les rues quasiment vides. Le plateau retient son souffle. Au corridor de Gesco, rien ne sort, rien ne rentre. Les écoles sont fermées à Abidjan et dans d’autres localités du pays. A  Abidjan, la grande majorité des travailleurs est restée à la maison…, tous cela, dans un pays durement touché par l’effondrement des cours du cacao…

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Au regard de la détermination que semblent faire montre les mutins qui sont relativement bien équipés avec des fusils semblant en bon état, certains avec des armes lourdes: RPG, bazooka, mitrailleuses, et la fermeté que cache le peu de déclarations des autorités, une situation encore plus inquiétante est à craindre.

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