Guerre antidrogue aux Philippines: le Sénat enquête sur la mort d’un adolescent

Pas de répit pour la guerre antidrogue au pays du président Rodrigo Duterte : l’archipel des Philippines vient de connaître sa semaine la plus meurtrière avec au moins 80 tués la semaine dernière. Parmi eux, un lycéen de 17 ans, Kian Delos Santos, abattu par des policiers en civil après une chasse à l’homme selon les accusations. Le Sénat a décidé de lancer une enquête sur cette affaire. Trois témoins que l’Eglise catholique aide à protéger doivent être entendus à partir de ce matin.

Avec notre correspondante à Manille, Marianne Dardard

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Soldats philippins engagés dans la guerre contre les trafics de drogues.

L’affaire Kian Delos Santos relancera-t-elle l’enquête sur les tueries extrajudiciaires ? C’est du moins ce qu’espère la sénatrice d’opposition Risa Hontiveros. « Je m’attends à ce que le président de la commission d’enquête finisse par trouver de quoi prouver qu’il s’agissait bien d’une tuerie extrajudiciaire, explique cette dernière. Je crois qu’il est possible de mener cette enquête jusqu’au bout avec justice. »

Une campagne antidrogue de plus en plus meurtrière

La sénatrice Risa Hontiveros s’exprime côte-à-côte avec l’Eglise catholique pour dénoncer une campagne gouvernementale antidrogue de plus en plus meurtrière. L’Eglise catholique philippine, elle, était représentée par l’évêque de Caloocan Mgr. Pablo Virgilio David, récemment élu vice-président de la conférence des évêques philippins : « S’il s’agit d’individus tués lors d’opérations policières, comment se fait-il qu’il y ait des signes montrant que ces individus étaient prisonniers ? Est-il légitime pour les policiers d’agir sous couvert pour enlever puis tuer les gens ? » 

« Tueries injustifuées »

Pour l’évêque, impossible d’imaginer que la police ne soit pas complice, sinon responsable, de tueries extrajudiciaires. Jusqu’ici pourtant, aucune enquête n’a permis d’établir de liens formels ni directs entre le président Rodrigo Duterte et les tueurs à gages chargés d’exécuter tous ceux qui sont suspectés de narcotrafic

Désormais des sénateurs de la majorité présidentielle condamnent pour la première fois eux aussi des « tueries injustifiées ».

Rfi.fr