« Honte », « scandale »: l’autorisation du meeting pro-Erdogan à Metz fait l’unanimité contre elle

À droite comme à gauche la décision d’autoriser la tenue d’une réunion pro-Erdogan en Moselle fait polémique. Jean-Marc Ayrault prône « l’apaisement ».

Le meeting pro-Erdogan du ministre turc en Moselle indigne la classe politique

POLITIQUE – Cette décision fait l’unanimité contre elle. Alors que la France a autorisé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, à participer à un meeting dans le cadre de la campagne pro-Erdogan qui est menée dans plusieurs pays d’Europe, plusieurs personnalités politiques françaises, de droite comme de gauche, ont exprimé leur indignation.

« Il est hors de question d’accepter que des gouvernements étrangers, qui bafouent chez eux la démocratie, utilisent, sans vergogne, nos principes démocratiques pour faire campagne dans nos pays, auprès de leurs ressortissants immigrés chez nous », a déploré dans un communiqué le député Les Républicains Pierre Lellouche.

Fillon cible Hollande

« Dans ce contexte, il est incompréhensible que le gouvernement Hollande-Cazeneuve ait autorisé le meeting électoral prévu à Metz ce dimanche. Ce manque de solidarité des démocraties européennes n’est pas à l’honneur du gouvernement socialiste », a ajouté l’élu parisien. Même son de cloche du côté du candidat de la droite à la présidentielle, François Fillon.

« Il est évident qu’une position commune aurait dû prévaloir pour gérer les demandes turques. Le gouvernement français aurait dû empêcher la tenue de ce meeting », a indiqué l’ancien premier ministre, accusant François Hollande dans un communiqué de rompre « la solidarité européenne ».

 

« De plus, deux de nos plus proches alliés, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont été publiquement insultés de façon inqualifiable par les dirigeants turcs », poursuit le candidat de la droite. Le président turc remercié la France d’avoir autorisé le rassemblement mais a dénoncé le comportement des Pays-Bas rappelant « le nazisme et le fascisme », affirmant que ce pays en « paiera le prix ».

« Honte »

« J’ai honte pour la France aujourd’hui. J’ai honte que notre gouvernement, notre président de la République, laisse organiser un meeting politique pour un apprenti dictateur turc qui méprise les européens, qui nous menace et qui traite de nazie madame Merkel », a dénoncé de son côté Nicolas Dupont-Aignan sur LCI, qui affirme qu’il aurait « interdit ce meeting ».

Nadine Morano a également contesté la décision du Quai d’Orsay qui est une « honte ». Le déplacement du ministre turc en France a été « accepté par le ministère des Affaires étrangères », a indiqué précédemment la préfecture de Moselle.

Le ministre turc des Affaires étrangères a participé dimanche à un meeting à l’invitation de la branche lorraine de l’Union des démocrates turcs européens (UETD), qui organise des meetings électoraux pour le parti AKP du président Erdogan. Dans son allocution, retransmise en directe par des chaînes turques, il s’en pris aux-Pays-Bas, qualifiés de « capitale du fascisme ».

Marine Le Pen s’est à son tour jointe au concert de critiques. « Pourquoi devrait-on tolérer sur notre sol des propos que d’autres démocraties refusent? Pas de campagne électorale turque en France », a tweeté la candidate Front national.

Ces meetings dans plusieurs pays d’Europe sont organisées dans le cadre de la campagne du référendum prévu en Turquie le 16 avril sur le renforcement des pouvoirs présidentiels. Ce projet de présidentialisation du système politique divise profondément jusqu’au Parlement turc, l’opposition dénonçant une dérive autoritaire du président Erdogan. L’exécutif turc misait sur sa campagne en Europe pour toucher la diaspora.

« Si l’Europe voulait signifier une forme de solidarité entre les différents pays européens, ce serait bien que la France soutienne les Pays-Bas ou l’Allemagne qui se font traiter de nazis », a affirmé de son côté Henri Guaino. « Ne serait-ce que pour cela, la France n’aurait pas dû accepter que le ministre des Affaires étrangères turc vienne tenir cette réunion », a ajouté le candidat à la présidentielle interrogé par BFMTV.

Jean-Marc Ayrault prône « l’apaisement »

Et il n’y a pas qu’à droite ou à l’extrême droite que cette autorisation fait réagir. « Le meeting qui se tiendra ce soir à Metz fait de la France un complice implicite de la dérive absolutiste que connaît la Turquie aujourd’hui, aux portes de l’Europe », accuse Europe Ecologie Les Verts dans un communiqué.

Face au tollé, Jean-Marc Ayrault a appelé à ‘ »l’apaisement ». « Il est indispensable de faire preuve de responsabilité et d’éviter les polémiques inutiles », a ajouté le chef de la diplomatie, invitant « les autorités turques à éviter les excès et les provocations ».

« Le fait que le ministre turc puisse tenir son meeting tient aussi de la liberté de réunion », a expliqué une source diplomatique à l’AFP. « La préfecture est chargée de la sécurité de la manifestation et des abords et le fait qu’il n’y ait pas de trouble à l’ordre public, ce qui a priori ne sera pas le cas », a de son côté déclaré Alain Carton, secrétaire général de la préfecture de Moselle.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a volé au secours du président du de la République. « François Fillon tente de tailler un costard à François Hollande sur le meeting turc à Metz pour oublier les siens », a-t-il ironisé sur Twitter, en référence aux révélations du JDD sur les 48.000 euros de vêtements que le candidat de la droite s’est fait offrir.

Romain Herreros
huffingtonpost.fr