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In Memoriam / Pape Diouf: Il était une fois Mababa Diouf…

Son nom restera gravé à jamais dans l’histoire, particulièrement celle du football.

Mababa Diouf, plus connu sous le sobriquet de Pape Diouf (papa Diouf), a successivement été journaliste sportif, agent de joueurs puis dirigeant de club. Son acharnement au travail, son sens pointu de l’analyse ont été des valeurs qui lui ont permis de se démarquer aisément du lot.

Le Mardi 31 Mars dernier, l’homme de 68 ans s’est éteint au Sénégal, des suites d’une infection au Covid-19.
Il a été le premier cas détecté au Sénégal à passer de vie à trépas.
Son départ laisse indubitablement un grand vide dans l’univers sportif…

Redécouvrons son histoire…

Globe trotter…

Mababa Diouf naît le 18 Décembre 1951 à Abéché au Tchad d’Aminata et Demba Diouf.
Son père, militaire sénégalais d’origine, était porte-drapeau des forces françaises et gaulliste.
À ses six mois, la famille entière retourne s’installer au Sénégal.
Le petit garçon grandit et part vivre chez son oncle (Jean-Paul) à Richard-Tall (bastion sucrier du Sénégal).
Puis, il est emmené en Mauritanie, pays où il poursuit sa scolarité jusqu’à ses 10 ans, avant de se replier sur Dakar (Sénégal) peu avant la classe de CM1.

Révolte et arrivée à Marseille…

Alors en classe de Seconde, les résultats scolaires du jeune garçon ne sont guère honorables. Il est décrit en ce moment là comme un élève indiscipliné, ce qui a le don d’attiser le courroux de son père (très strict) qui décide de le faire partir vers la France pour le Bac et une formation militaire en parallèle.
Mais Mababa, âgé à l’époque de 17 ans, se révolte à cette idée. Il s’insurge contre cette décision, et coupe quelque peu les ponts avec les siens. Non sans peine, il atterrit toutefois finalement à Marseille selon les recommandations de son père qui s’est vaillamment battu pour la France durant la Seconde guerre mondiale et espère le même parcours pour son garçon.

Le jeune garçon enchaîne les petits boulots ça et là sur la France, passe son BAC et intègre Sciences Po Aix-en-Provence (institut d’études politiques).
Manquant cruellement d’argent à cause notamment de ses échauffourées avec ses parents, il ne peut poursuivre cette branche et abandonne ses études après une entrée aux PTT.

Débuts dans le journalisme sportif…

Tony Salvatori, un nom que n’oubliera jamais Mababa Diouf.
C’est à ce multiple champion de France et international de chasse sous-marine qu’il doit son entrée au journal communiste La Marseillaise.
Embauché dans un premier temps comme pigiste, ses prouesses mènent ses employeurs à l’engager à temps plein avec pour mission de couvrir l’actualité de l’Olympique de Marseille.
Douze années plus tard, aiguillé comme jamais, l’homme intègre Le Sport, un nouveau quotidien sportif lancé par Xavier Couture qui malheureusement dépose bien vite le bilan.

Agent de joueurs, pourquoi pas?

Largué par ce récent aléa professionnel, Pape Diouf commence à organiser des tournois de football en Afrique.
Chemin faisant, une idée se fait jour dans son esprit ; celle de se reconvertir en agent de joueurs. L’ivoirien Basile Boli et le franco-camerounais Joseph-Antoine Bell sont les premiers footballeurs à lui faire confiance.

Tous deux évoluent alors à l’Olympique de Marseille.
Son écurie s’agrandit peu à peu avec Marcel Desailly, Jean-Michel Ferri, Grégory Coupet, Sylvain Armand, Laurent Robert, Roger Boli, Abedi Pélé, Marc-Vivien Foé, Frédéric Kanouté, Noureddine Naybet, Didier Drogba, William Gallas, Samir Nasri.

Manager puis président de l’Olympique de Marseille…
Au cours de l’année 2004, l’agent rejoint l’OM en tant que manager général du club, en charge des affaires sportives.

En Automne 2004, après le départ de Christophe Bouchet, le sénégalais est nommé président du directoire de l’OM par le conseil de surveillance du club.

En 2005, à la faveur de l’actionnaire majoritaire, il devient président de l’Olympique de Marseille.
Une fonction qu’il assurera pendant 4 années avec abnégation, passion, sérieux et détermination.
Sous sa présidence, le club marseillais se bonifie considérablement avec le temps, il progresse régulièrement dans la hiérarchie française (5e en 2005-2006, 2e en 2006-2007, 3e en 2007-2008 et 2e en 2008-2009).
Le club se qualifie d’ailleurs régulièrement en ligue des champions et accède deux fois à la finale de la coupe de France.

Si certaines choses lui ont été reprochées durant ses années d’exercice, il n’en demeure pas moins qu’il a forcé l’admiration d’un point de vue général.
Par la suite, actionnaire au sein de l’Institut Européen de journalisme et à L’European Communication School à Marseille, ce bout-en-train s’est également lancé en politique en se présentant aux élections municipales de Marseille…

Témoignage de ses pairs…

Ce père de cinq enfants avait le cœur sur la main. Oui, un cœur si grand qu’il était souvent cité en exemple
par ses pairs. Tous admiraient sa force de caractère, son grand engagement dans le domaine sportif, sa passion invétérée.

« Ça faisait un moment qu’on se réunissait, mais ça ne prenait pas. Il nous fallait une personnalité pour incarner ce mouvement. On a pensé à Imothep du groupe IAM, mais ce n’était pas possible. Certains ont évoqué Pape Diouf, je me suis dit « oh non, pas un footeux », j’étais très sceptique. Lorsque nous l’avons rencontré, j’ai été très impressionnée par son écoute et sa capacité de synthèse. Il parvenait à rassembler les idées de chacun en donnant de l’importance à chaque propos. Il a pris son temps. C’était quelqu’un de très mesuré, il ne prenait aucune décision à la hâte. Il était très réfléchi et c’est pour ça qu’il avait autant de sens. » raconte Kaouther Ben Mohamed, une citoyenne militante à Marseille, en prélude aux élections municipales de 2014, auxquelles Pape Diouf était candidat.

Pape Diouf souhaitait insuffler l’espoir chez les minorités. « Un jour, il m’a dit :  » Tu sais Michèle, les jeunes Noirs on vient les chercher pour les faire jouer au foot, et ils jouent très bien. Mais il n’y a que très peu d’entraîneurs ou de présidents de club noirs. C’est là que ça ne va pas », relate à son tour Michèle Rubirola.

 » Peu de personnes dans le monde du football m’ont touché ou ont eu un impact comme tu as pu l’avoir dans ma vie ou dans ma carrière. Tu as toujours été un mentor, tu as été mon premier agent, tu as été mon président ». Confie à son tour l’un de ses premiers protégés en tant qu’agent de joueurs, Samir Nasri.

Quant au footeux Sylvain Armand, il témoigne ainsi de l’homme : « Je lui dois la carrière que j’ai eue. C’est lui qui, financièrement, sur les contrats, m’a invité à gagner moins pour gagner plus par la suite. Il m’a parfaitement conseillé au début de ma carrière. J’étais loin de ma famille, de mes parents qui étaient à Saint-Étienne, et il m’a encadré. Il me raisonnait, notamment sur les premiers gros achats d’appartements, de voitures… Il était souvent là, il regardait tout, il voulait tout savoir pour m’accompagner au mieux dans la vie extérieure.

Le calme, la bienveillance, le fait de toujours vouloir réussir… C’est ce qu’il m’a aussi inculqué, à force de me reprocher certaines choses que je faisais quand j’étais joueur : me dire de ne pas faire ça, de me dire que tel choix était le bon, qu’il fallait garder ce chemin-là… ».

Les témoignages concernant l’homme sont légion mais nous gardons de lui sa disponibilité, sa grandeur d’âme, sa bonté…

L’homme s’est éteint à jamais mais juste physiquement car son aura lui survivra pendant de nombreuses décennies.
Adieu Mababa Diouf, Adieu Papa Diouf, Adieu Pape Diouf….

Carole G

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